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Mauvaise nouvelle pour l'économie mondiale : la timide hausse de la production pétrolière décidée par l'Opep n'empêchera pas les hausses de prix
©RYAD KRAMDI / AFP

Or noir

Mauvaise nouvelle pour l'économie mondiale : la timide hausse de la production pétrolière décidée par l'Opep n'empêchera pas les hausses de prix

La réunion des membres des pays de l'OPEP, ce vendredi 22 juin, a abouti à une décision d'augmenter la production pétrolière, conformément à ce que souhaitait notamment l'Arabie Saoudite, mais l'opposition de certains pays ne permettra pas à cette hausse d'être significative.

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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Atlantico : La réunion des membres des pays de l'OPEP, ce vendredi 22 juin, a abouti à une décision d'augmenter la production pétrolière, conformément à ce que souhaitait notamment l'Arabie Saoudite, mais également ce que demandait le président américain, Donald Trump. Que nous dit cette décision des rapports de force internes entre pays producteurs ? Qui sont les gagnants et les perdants de cette résolution ?

Stephan Silvestre : Comme nous l’avons évoqué avant-hier, un groupe de pays (l’Arabie Saoudite et ses alliés du Golfe, plus la Russie) souhaitait relâcher la restriction de production de décembre 2016 afin de s’ajuster à la hausse de la demande et d’éviter un envol des prix au-delà de 80$/baril. Avant la conférence, il était question de rehausser les quotas de +1,8 Mbpj. Face à eux, l’axe Iran-Irak-Venezuela qui, dans l’incapacité d’augmenter sa production, préférait conserver cette restriction pour faire grimper les prix. Le cartel a donc tranché la poire en deux en proposant un rehaussement des quotas de +0,9 Mbpj, espéré suffisant pour enrayer l’emballement des prix, mais suffisamment modeste pour prévenir un effondrement. Mais, derrière ce chiffre officiel, se cache en fait une hausse réelle de la production qui sera bien plus faible, entre 0,6 et 0,7 Mbpj car les pays récalcitrants seront de facto dispensés d’augmenter leur production. Cet accord permet à tous les acteurs de sauver la face : les tenants de la hausse peuvent l’annoncer publiquement, tandis que les opposants pourront se rassurer sur la modestie de cette hausse.

Une telle hausse de la production sera-t-elle suffisante pour enrayer la hausse des prix qui est perçue comme une menace pour la stabilité de l'économie mondiale ?

Non, cette hausse de la production sera trop faible. Je rappelle que le différentiel entre l’offre et la demande devrait atteindre 3,4 Mbpj en 2019 par rapport à la situation actuelle. Il faudra donc que les quotas soient de nouveau rehaussés à l’occasion de la prochaine réunion de l’OPEP qui se tiendra en décembre.

Comment analyser la situation spécifique de l'Iran dans cette décision, notamment au titre de ses revenus ? Quels sont les risques pour le pays ?

L’Iran avait un double avantage au gel des quotas et à la hausse des prix : augmenter ses recettes sans produire davantage et punir l’Occident, en particulier les États-Unis, pour leur actuelle campagne de sanctions. Téhéran peut donc s’estimer assez satisfait de cet accord. Le risque associé à un retournement économique en Occident est moindre pour l’Iran qui, nous l’avons vu, vend surtout son pétrole à des pays émergeants dont la dynamique de consommation repose surtout sur la démographie et la croissance du taux d’équipement des ménages en automobiles. À long terme, le risque est que les émergeants accélèrent leur conversion aux motorisations non pétrolières et délaissent le brut iranien. Mais cette perspective est assez lointaine et ne préoccupe pas Téhéran pour le moment.

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