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Massacre au Texas : pourquoi on ne comprend pas Donald Trump quand il affirme que "les armes ne sont pas le problème"
©Reuters

Gun Nation

Massacre au Texas : pourquoi on ne comprend pas Donald Trump quand il affirme que "les armes ne sont pas le problème"

La déclaration de Donald Trump est intervenue après la tuerie de masse qui a fait 26 victimes le 5 novembre lors d'un office baptiste près de San Antonio au Texas.

Alain Bauer

Alain Bauer

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai. Dernier livre paru : Vivre au temps du coronavirus (Cerf)

Il est également l'auteur de Les polices en France (Puf, 2010), Les politiques publiques de sécurité (Puf, 2011), Dernières nouvelles du crime (Cnrs, 2013) et Le terrorisme pour les Nuls" coécrit avec Christophe Soullez (First, 2014).

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Atlantico : Suite à la tuerie de masse ayant eu lieu ce dimanche 5 novembre dans une église du Texas, à Sutherland Springs, Donald Trump a déclaré que "les armes ne sont pas le problème". Comment expliquer cette déclaration ? 

Alain Bauer  : Il s'agit de la même ligne de défense que l'industrie du tabac, ou de l'industrie automobile, qui consiste à dire que le problème, ce n'est pas le tabac, ou l'automobile, mais le fumeur ou le conducteur. C'est un classique de la défense des grands groupes d'intérêts américains pour éviter les amendes au civil et les procès au pénal. Il n'y a ici rien de nouveau ; ils ont toujours utilisé ce processus qui est cohérent avec des processus moraux de la droite chrétienne basée sur la responsabilité personnelle ; "la question n'est pas les armes mais ceux qui tirent". Seuls des non américains peuvent ne pas comprendre ce qu'exprime Donald Trump. Par contre, pour son électorat et pour ce qui est le cœur de l'Amérique, c'est un langage archi-connu. Le mode d'expression de Donald Trump est donc cohérent avec l'électorat américain.

Ensuite, dans les pays ou les armes sont très réglementées, il y a quand même des assassinats, et notamment en France. Cela n'empêche pas les assassins d'assassiner, des terroristes de terroriser, et que les gens puissent se procurer des armes. Il faut penser que la réglementation ne répond pas à l'intégralité du problème que pose les armes car il est toujours possible de s'en procurer. Cela est plus ou moins facile et plus ou moins cher, mais cela reste possible. Cependant lorsqu'on se pose la question de savoir s'il y a plus de crimes là où il y a plus d'armes, la réponse est oui. Mais dans les endroits où il y a moins d'armes, il y a juste "moins de crimes" et non 0 crime. Cela est valable en Grande Bretagne ou en France. Le débat qui existe est celui de l'équilibre de la terreur, c’est-à-dire de savoir s'il faut qu'il y ait des armes pour faire peur à ceux qui ont des armes. Il s'agit du principe de la dissuasion qu'il est extrêmement compliqué de théoriser. Mais les études que j'avais pu faire sur l'Amérique, la violence et le crime démontraient que plus il y avait d'armes, plus il y avait de morts, d'homicides, de suicides et de peines de mort, et inversement. Il y a donc bien un effet sur la réglementation des armes.

2 tiers des tués par armes à feu aux États Unis le sont par suicide. De son côté, la France connaît un taux de suicide supérieur à celui des États Unis, la pendaison étant la "méthode" la plus répandue. N'y a-t-il pas un leurre avec les chiffres concernant les armes aux États Unis ?

C'est exactement la nature du problème et de la réalité de la difficulté d'interpréter de manière cohérente et scientifique la question de l'armement par rapport à la mortalité.  

Les politiques de restriction mises en place en Australie et Grande Bretagne sont régulièrement citées en exemple pour la lutte contre les armes. Que peut-on apprendre de ces exemples et quelles en sont les limites ?

D'abord que le contrôle social est beaucoup plus important et que la logique "conquête de l'ouest" est moins présente dans ces pays. En contrepartie, il y a de la violence en Australie et en Grande Bretagne mais le contrôle social est beaucoup plus structuré et plus efficace, mais qui n'ont pas empêché d'avoir les événements "hooligans" qui ont marqué les esprits en Grande Bretagne, les violences structurelles et des attentats. Mais en quantités globales et en proportions, la situation de la Grande Bretagne, de l'Australie ou de la France est bien meilleure.

En ignorant la question des moyens, c'est à dire les armes à feu, que sait-on des motivations, des causes d'un phénomène qui reste apparemment très ancré sur le territoire américain ? Peut-on faire un lien avec la hausse des suicides, des overdoses, et l'anxiété perçue au sein de la société américaine, comme le révélait l'association américain de psychologie, révélant que 59% des américains considéraient l'époque actuelle comme "le point le plus bas" dont on peut se souvenir ? 

Il y a clairement une tension, une anxiété, une division, des processus haineux qui sont particulièrement élevés et dont l'élection de Donald Trump était le révélateur. La situation est générique, c'est à la fois un problème social et sociétal. Mais cela a aussi provoqué la naissance d'un courant "Sanders", ouvert, social, écolo, car il y a l'Amérique dont on parle mais il y a aussi celle dont on ne parle pas. On parle plus des trains qui arrivent en retard que de ceux qui arrivent à l'heure. Ce qui est dit est donc exact et la tension qui existe dans la société américaine est puissante et en contrepartie cela ne les a pas empêché d'élire un président noir. Aux dernières nouvelles, cela n'est pas tout à fait à l'ordre du jour en France. Je suis souvent aux États Unis, j'y enseigne et je vois à la fois les extrêmes des tensions mais aussi ceux des évolutions intéressantes. 

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