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Marcel Petiot : la clinique de la mort
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36 quai des Orfèvres

Marcel Petiot : la clinique de la mort

L'affaire Marcel Petiot constitue le dossier criminel le plus important de l'après-guerre. Dans son livre, "36 quai des Orfèvres, des hommes, un mythe" dont Atlantico publie les bonnes feuilles, Mathieu Frachon s’intéresse à ce macabre docteur. Episode 1, la découverte du sinistre cabinet de la mort.

Matthieu Frachon

Matthieu Frachon

Matthieu Frachon est journaliste, spécialiste de l’Histoire de la police.

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Depuis toujours, il y a un personnage central dans toutes les enquêtes criminelles, un homme en blouse blanche. Celui rattaché au 36 travaille sur un autre quai, le Quai de la Rapée, siège de la morgue, de l’IML, l’Institut médico-légal. L’endroit est dédié aux autopsies ; ici, les morts parlent. Durant l’Occupation, le Dr Paul reçoit d’étranges clients. La brigade fluviale repêche dans la seine, depuis 1942, des restes humains parfaitement découpés. Un fait trouble le célèbre légiste : une marque, une entaille dans la cuisse.

« Beau travail, c’est un confrère qui a fait ça. Cette entaille, c’est la marque d’un bistouri. Il l’a planté là pour ne pas le perdre pendant qu’il découpe le corps, c’est un réflexe, je fais pareil durant certaines autopsies. »

Charles Paul n’affirme rien à la légère. C’est un praticien reconnu, il a travaillé sur l’affaire Landru. Il a notamment brûlé dans une cuisinière semblable à celle du tueur des têtes de moutons pour démontrer qu’il est parfaitement possible de réduire une femme en cendres en quelques heures. Le Dr Paul a été dépeint par Simenon, encore lui, dans ses Maigret, tel quel avec son sens de l’humour. Il adore raconter des histoires cochonnes durant ses autopsies ; il tonne à la barre du tribunal ; vocifère quand l’avocat de la défense met en doute son expertise. Ce dimanche 12 mars 1944, il est appelé en urgence au 21, rue Le sueur dans le chic XVIe arrondissement, près de la place de l’Étoile. Il y découvre un charnier :

« D’où vient ce merdier ? »

Un agent lui répond:

« Deux collègues sont venus pour un feu de cheminée, les pompiers sont rentrés, c’était l’horreur ! Il y en a partout au sous-sol. C’est comme un abattoir. »

Quelques minutes plus tard, Charles Paul décèle la même marque de bistouri que sur les restes extraits de la seine. Il sourit : l’hôtel particulier appartient à un médecin, le Dr Valéry, alias Marcel Petiot.

Le patron de la criminelle est sur place, il a la tête des mauvais jours. Les deux agents présents viennent de lui avouer qu’un homme à vélo est passé et s’est présenté comme le frère du propriétaire de cet hôtel particulier. Ils l’ont laissé repartir, lorsque l’homme a glissé :

« Vous êtes de bons français ? Je suis de la résistance, ces cadavres sont ceux de collabos. Je dois détruire certaines preuves, c’est grave. »

Le commissaire Massu fulmine, il est sûr que c’est Marcel Petiot lui-même que ses agents ont laissé filer.

« Cette affaire pue ! »

L’as de la Crim va de surprise en surprise. Un mur a été construit dans la cour, afin que nul regard indiscret ne puisse voir ce qui se passe. Une pièce a été aménagée, une chambre aveugle, avec une fausse porte, un bouton de sonnette factice ; une sorte de périscope permet de voir à l’intérieur de cette pièce étanche. Au sous-sol, on trouve une table à découper, une chaudière qui contient des restes humains, une fosse remplie de chaux avec une poulie et une corde pour y plonger les cadavres. Un bras émerge encore du trou.

Massu tire sur sa pipe. Cette maison ressemble à une officine de torture. Il pense que les allemands vont bientôt débouler, imagine une annexe de la gestapo. Toute la journée, les hommes de la criminelle fouillent le bâtiment. On se rend chez Petiot, sa femme dit qu’il est sorti. Le commissaire pousse un soupir de soulagement lorsqu’on lui tend un télégramme de la préfecture : « Ordre des autorités allemandes – stop – arrêter Petiot – stop – fou dangereux – stop. »

L’affaire ne semble pas politique. Massu n’aura pas à se dessaisir du dossier, c’est un criminel « normal » qu’il doit désormais traquer. Mais d’abord, il veut comprendre le pourquoi de ces crimes, connaître ce Dr Petiot. La presse s’empare de l’affaire, poussée par les Allemands qui trouvent là une bonne occasion de faire parler d’autre chose que de leurs revers militaires. Bien entendu, on fait de Petiot un communiste ; on raconte qu’il est membre d’une association terroriste, qu’il s’est caché dans un maquis ; on le baptise « Docteur Satan ». Massu se plonge dans la vie de cet assassin peu ordinaire. Il ne sera pas déçu.

36 quai des orfèvres, des hommes, un mythe, Mathieu Frachon (Editions du Rocher, 2011)

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