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Manuel Valls désavoué par François Hollande sur le financement de l'islam : le duo exécutif pourra-t-il tenir jusqu'à la fin du quinquennat ?
©Reuters

Un duo, jusqu'à 2017 ?

Manuel Valls désavoué par François Hollande sur le financement de l'islam : le duo exécutif pourra-t-il tenir jusqu'à la fin du quinquennat ?

En suggérant un financement français du culte musulman, Manuel Valls a pu chercher à jouer son propre jeu et à préparer le terrain dans l'hypothèse d'une non-candidature de François Hollande en 2017. Néanmoins, malgré les prises de positions physiques et verbales extrêmement fermes qu'a pu adopter le Premier ministre, son bilan sera nécessairement confondu avec celui du président de la République.

Dominique Jamet

Dominique Jamet

Dominique Jamet est journaliste et écrivain français.

Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais.

Parmi eux : Un traître (Flammarion, 2008), Le Roi est mort, vive la République (Balland, 2009) et Jean-Jaurès, le rêve et l'action (Bayard, 2009)

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Atlantico : François Hollande a confié à la presse se soucier davantage de la trace qu'il laissera que des polémiques politiciennes liées à l'instant présent. En ce qui concerne Manuel Valls, quelle trace compte-t-il laisser de son passage à Matignon au poste de Premier ministre ? Sera-t-elle différente de celle de François Hollande ? 

Dominique Jamet : Manuel Valls est arrivé à Matignon avec une relative candeur, en dépit du fait qu'il soit un homme politique expérimenté. Il a enfilé le costume de Premier ministre tout feu tout flamme, scandant un discours comparable à "vous allez voir ce que vous allez voir, je tiens de Clémenceau qui est mon modèle", persuadé qu'après tout, Matignon ce n'était pas rien. Malheureusement pour lui, ce n'est pas ainsi que fonctionne la pratique de la Vè République à Matignon. Depuis le départ du Général de Gaulle tout particulièrement, cette dernière fait du Premier ministre un acteur sans la moindre autonomie mais qui, néanmoins, accumule les obligations et les ennuis. Malgré les prises de positions physiques et verbales extrêmement fermes qu'a pu adopter Manuel Valls, son bilan sera nécessairement confondu avec celui de François Hollande. Il y a, dans l'exercice du rôle de Premier ministre, quelque chose de très impersonnel et c'est pour cela que son bilan ne sera pas plus retenu que celui de François Fillon sous Nicolas Sarkozy ; ou que Michel Rocard sous François Mitterrand.

La pratique de la Vè République n'est pas nécessairement conforme à l'esprit de la constitution. Elle fait du Premier ministre un être souffrant, malheureux, soumis en tout point aux volontés de son supérieur hiérarchique. Manuel Valls, contrairement à ce qu'il avait pu espérer et penser, ne se distingue nullement de ses prédécesseurs. Le poste a beau être prestigieux, le passage de Manuel Valls à Matignon ne laissera pas plus de traces que celui de François Hollande à l'Elysée : il va se confondre dedans. Quant à la trace que laissera François Hollande, elle sera similaire, à mon sens, à celle des escargots.

Alors que Manuel Valls a ouvert la porte ces derniers jours à un financement public du culte musulman (et notamment des mosquées), François Hollande a écarté cette hypothèse face à la presse. Si l'on peut penser qu'il s'agisse d'un recadrage du Président envers son Premier ministre, dans quelle mesure peut-on aussi considérer que Manuel Valls, qui ne pouvait sans doute pas ignorer l'avis de François Hollande sur ce dossier, a maintenu sa position dans le but de se démarquer de lui ? Voyez-vous une autre explication ?

On peut toujours trouver d'autres explications, qui ne sont pas forcément les bonnes. Il arrive, au gouvernement comme ailleurs, qu'il y ai des couacs, des erreurs, lesquelles ne sont pas nécessairement préméditées. S'agissant d'une question aussi importante que le financement public du culte musulman, à l'ordre du jour depuis déjà un moment, cette explication par le hasard ne me semble pas être la bonne.

Tout cela débouche naturellement sur une question : est-ce que François Hollande, parmi beaucoup d'autres inflexions tactiques de son comportement, ne trouve-t-il pas une occasion de plus de taper sur la tête de Manuel Valls pour rappeler qui détient l'autorité entre eux ? C'est là l'hypothèse qui me semble la plus vraisemblable : le Premier ministre a droit au rappel de qui est le patron, après s'être avancé sur différentes mesures. Tout ceci se joue dans un double contexte qu'il est important de noter. Depuis son arrivée à Matignon, le caractère de Manuel Valls, c'est celui du mouvement de menton perpétuel, l'impulsivité, la parole autoritaire. Il s'avance sans avoir toujours pris les précautions qu'il devrait. À l'inverse, François Hollande cherche à se poser comme le gardien de la loi 1905, de la laïcité, comme l'homme sage que n'est pas son Premier ministre.

Le fait est que c'est quelque chose qui se produit trop fréquemment ces derniers temps. Il y a un mois déjà, Manuel Valls souhaitait interdire une manifestation contre la loi El Khomri, en vertu de l'état d'urgence. Il a été désavoué dans l'après-midi par François Hollande. Nous ne sommes pas non plus sans savoir que le Premier ministre, excédé par le ministre de l'Économie, a souhaité s'en débarrasser… mais l'arbitrage rendu par le président de la République a été favorable à Emmanuel Macron. De la même façon, Valls a fait savoir sa volonté d'interdire le voile à l'université, sans être suivi par François Hollande qui s'est empressé de faire savoir qu'il n'était pas partisan de cette mesure. Ainsi, le Premier ministre avale bien des couleuvres. C'est le fameux enfer de Matignon.

Pour autant, je ne crois pas que Manuel Valls cherche à se démarquer de François Hollande. Il est dans une situation où il ne peut plus faire le choix de la rupture sans savoir si François Hollande se présentera ou non. Manuel Valls est depuis trop longtemps engagé à ses côtés pour se démarquer. En même temps, il se prépare et ne peut pas ne pas y songer. Sans aller jusqu'à la rupture, on ne peut pas exclure que Manuel Valls cherche à jouer – au moins un petit peu – son propre jeu.

Alors que le quinquennat de François Hollande entre dans sa dernière ligne droite, quel intérêt Manuel Valls a-t-il à prendre ses distances avec François Hollande ? Peut-il vraiment faire passer au public l'idée que lui et le Président ne sont pas forcément dans le même bateau ?

Manuel Valls, plutôt que de jouer la carte de la dissidence, a décidé de jouer la carte de la loyauté. Il est lié à François Hollande, lui a fait acte d'allégeance, et n'a d'autre choix que celui de lui rester fidèle jusqu'au bout… si tant est que celui-ci fasse le choix de se présenter une nouvelle fois. C'est pourquoi il se tient en réserve, le cas échéant. Après deux ans passés en tant que Premier ministre et compte-tenu du rôle qu'il a joué au gouvernement, Manuel Valls n'est pas en situation de manquer de loyauté à son président de la République. Il a toutefois conscience du fait que si François Hollande ne se présente pas, il devra se précipiter pour briguer sa succession. En un sens, il est dans la situation d'un héritier loyal qui n'accélère pas le décès d'un père dont il attend l'héritage.

Quant à savoir s'il peut faire passer l'idée au public qu'il n'est pas dans le même bateau que François Hollande ; cela me paraît très compromis… et pour cause ! Ils sont dans le même bateau depuis deux ans, peut-être deux ans et demi. Il n'est ni dans l'intérêt ni dans l'intention de Manuel Valls de s'inscrire maintenant en rupture avec François Hollande. En vérité, une telle attitude lui ferait plus de tort que de bien. Il doit être solidaire vis à vis de François Hollande jusqu'au dernier moment, puisqu'il ne sera pas son rival mais envisage néanmoins de briguer sa succession. C'est une situation délicate.

Manuel Valls ne sera délié de toute obligation de loyauté et libre de sa parole que le jour où François Hollande annoncera sa volonté de ne pas se présenter. Il n'en est pas question auparavant… Or, de nombreux indices laissent à penser que le président de la République envisage fortement de se présenter à sa succession. Manuel Valls a vraisemblablement plus d'éléments que nous à ce titre et il n'est pas exclu que c'est aussi pour cette raison qu'il ne s'ancre pas plus en rupture ; qu'il accepte les camouflets et avale les couleuvres.

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