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Manque de militants, primaires déconsidérées : mais comment les “vieux” partis feront-ils pour désigner leurs candidats à la présidentielle ?
©DAMIEN MEYER / AFP

35 000 électeurs pour le 1er secrétaire du PS, 100 000 pour le président de LR

Manque de militants, primaires déconsidérées : mais comment les “vieux” partis feront-ils pour désigner leurs candidats à la présidentielle ?

Alors que les adhérents du parti socialiste viennent de désigner Olivier Faure pour le poste de premier secrétaire du parti, on observe une chute du nombre de votants, passant de 70 000 à 35 000 entre 2015 et 2018. Dans le contexte d'un trop faible nombre d'adhérents participant au vote, les élections internes ressemblent à une simple bataille d'écuries.

Christian  Bidegaray

Christian Bidegaray

Christian Bidegaray est politologue. Il enseigne les sciences politiques à l'Ecole de Journalisme à Nice.

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Atlantico : Alors que les adhérents du parti socialiste viennent de désigner Olivier Faure pour le poste de premier secrétaire du parti, on observe une chute du nombre de votants, passant de 70 000 à 35 000 entre 2015 et 2018. Dans un tel contexte d'un trop faible nombre d'adhérents qui participent au vote, ayant pour effet de ressembler à une simple bataille d'écuries internes, et au regard des résultats obtenus à la dernière élection présidentielle par les candidats issus des primaires, comment les partis politiques pourront-ils désigner leurs prochains candidats à la présidentielle 2022 ? 

Christian Bidegaray : L’adoption du système des primaires par le Parti Socialiste (PS) d’abord, puis par Les Républicains (LR) ensuite, s’explique par la crise de leadership qu’ont connu ces deux formations politiques. Tant qu'elles ont eu un leader incontesté ces formations n'ont pas éprouvé le besoin de recourir au système des primaires.

Il en a été ainsi d’abord à gauche avec la crise au Parti socialiste après le décès de François Mitterrand et les luttes intestines pour la conquête du poste de premier secrétaire (qu’il suffise ici de rappeler l’élection contestée de Martine Aubry). Le choix d’une primaire fermée interne d’abord, puis d’une primaire ouverte ensuite a conduit à la désignation de François Hollande en 2011.

Il en est allé de même à droite après la lutte fratricide entre François Fillon et Jean-François Copé et la reprise en main du parti UMP par Nicolas Sarkozy qui a fait adopter le nouveau sigle Les Républicains (LR). D’où le recours à une primaire ouverte pour départager les prétendants à l’élection de 2017.

Pour l’élection de 2017

La primaire de la droite et du centre a été conçue comme un simple préalable à l’élection du prochain chef de l’État tant la victoire semblait assurée, vu le rejet du quinquennat de François Hollande et les faveurs de la droite dans les sondages d’opinion. Composé essentiellement de militants l’électorat de la primaire a refusé de se “droitiser” en direction du FN, comme l’y incitait Nicolas Sarkozy mais a également repoussé « l’identité heureuse » et l’alliance au centre, préconisées par Alain Juppé soutenu par François Bayrou. Les électeurs ont fait le choix d’un héraut de “la droite tranquille” (Alexis Brézet) qui a proposé de “redresser la France, avec un programme plus ferme que celui d’Alain Juppé et plus calme que celui de Nicolas Sarkozy.

Toutefois, le public de la primaire différant sensiblement de l’ensemble des électeurs français, dès le mois de décembre 2016 ce programme radical-libéral a été accusé d’organiser la casse sociale, notamment en matière de réduction des agents de la fonction publique et des réductions de remboursement en matière de santé.

À gauche, Faute d’un président sortant auquel reprocher les échecs de sa politique, la consultation des électeurs s’est transformée en une primaire punitive destinée à régler les comptes du quinquennat écoulé.

Ayant intégré l’échec possible du PS à cette élection, les candidats n’ont pas tant cherché à se faire élire qu’à préparer la recomposition du parti socialiste après la défaite.  D’où la présentation de trois options

- une défense mitigée du quinquennat, du réformisme et de l’autorité régalienne, (Manuel Valls et son souhait d’“Une République forte, une France juste”).

- un retour aux fondamentaux de la gauche (Arnaud Montebourg « champion de la feuille de paie », et sa vision productiviste, protectionniste et libérale en matière culturelle et sociétale)

- et une version innovante et utopique (Benoît Hamon acceptant le multiculturalisme, la défense du social, et promouvant l’instauration d’un revenu universel d’existence sur fond de transition écologique. 

Ici encore toutes les prévisions ont été déjouées par les électeurs. Plutôt que de se confronter aux dures réalités du pouvoir les électeurs de la primaire ont préféré voter pour “un imaginaire désirable” nettement orienté à gauche, mais difficilement réalisable à court terme.

Vus les résultats de François Fillon et de Benoît Hamon lors de l’élection présidentielle, la solution des primaires semble donc inadaptée à la crise du politique que traverse la France depuis plusieurs années.

Pour l’élection de 2022

On peut imaginer qu’à l’exemple de 2017, on connaîtra des candidatures individuelles comme l’ont fait en 2017 Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen.

Mais, concernant ces deux personnalités bien des questions se posent.

La réorientation du FN en Rassemblement National (RN) et l’ouverture faite par Marine Le Pen en direction des LR  pur l’élection partielle à Mayotte laisse supposer une volonté du RN de débaucher des électeurs LR, voire de souhaiter des alliances futures avec la droite (d’où le choix du sigle Rassemblement) mais les accords d’appareil semblent peu probables, car Laurent Wauquiez imagine la même opération en direction de l’électorat RN espérant en siphonner une bonne partie, comme Nicolas Sarkozy en 2007. Au reste, Marine Le Pen ne risque-t-elle pas de céder la place à sa nièce Marion (pour l’instant sur la réserve) , si elle est contestée en interne. Donc à suivre !

Du côté de la France Insoumise, une candidature Mélenchon reste possible, mais 1) il avance en âge et 2) ses tentatives de mobiliser "le peuple"contre le gouvernement et le président Macron, ont été peu suivies d’effet jusqu’ici. Il est en outre ennuyé par la contestation de ses comptes de campagne et un peu hypothéqué par la crise au sein de la « télé Mélenchon » « le Media » avec le départ d'Aude Rossigneux et de plusieurs de ses soutiens ( comme Gaël Brustier et Noël Mamère)

Que peuvent faire les autres formations politiques ?

Toutes sont frappées par la fuite des adhérents, l’importance sans cesse croissante de l’abstention, le rejet du personnel politique et la multiplication des « PRAF » (« Plus Rien à Faire, Plus Rien à Foutre ! ») ces citoyens écoeurés étudiés par Brice Teinturier. De plus, le dégagisme a chamboulé l’ancien système partisan, en ne laissant subsister, face à la majorité hégémonique des LREM, que des formations squelettiques et déboussolées.

Difficile alors de prévoir une stratégie gagnante pour les présidentielles futures.

Du côté des Républicains, la tradition du « chef qui cheffe », voudrait que Laurent Wauquiez soit le candidat du parti sans qu’il ait besoin de recourir à une primaire … mais le parti a perdu une partie de ses ténors. Certains ont rallié Emmanuel Macron, d’autres ont quitté le parti de façon plus ou moins claire (cf Xavier Bertrand, JP Raffarin, ou Alain Juppé). Le parti LR est en outre traversé par des courants réticents ou hostiles à L. Wauquiez, cf Valérie Pécresse et son micro parti « Libre » ou encore Maël de Calan et d’anciens fillonnistes. L’heure de la reconquête de l’Elysée par les LR semble donc assez lointaine.

Même difficulté du côté du PS dont le nombre d’adhérents a fondu et qui choisit le plus petit dénominateur commun en la personne d’Olivier Faure, mais qui n’a pas encore défini ce qu’il entendait par social-démocratie aujourd’hui, alors que partout en Europe, la social-démocratie classique est en crise.

Dès lors, sauf échec des nombreuses réformes entreprises par le pouvoir actuel (dont la popularité connaît toutefois une certaine inflexion), la voie semble ouverte pour une seconde candidature Macron. Cependant bien des obstacles peuvent se dresser sur sa route d’ici les prochaines présidentielles. On le voit avec la question de la CSG, la limitation de vitesse à 80 kmh, la réforme de la SNCF et bientôt la réforme des retraites, sans compter les difficultés prévisibles de la révision de la constitution.  

Il est donc très difficile aujourd’hui de prévoir ce qui peut se passer d’ici 2022.

Si le système politico-institutionnel n’est pas modifié d’ici 2022 et si le président Macron réussit à vaincre le chômage et à faire passer l’essentiel de ses réformes, on peut imaginer qu’il se représentera et sera réélu. En revanche, s’il échoue la France pourrait se retrouver dans la situation de l’Italie actuelle avec un pouvoir impuissant partagé entre une coalition de centre droit (37%) une coalition de centre gauche (23 %) et le Mouvement Cinq étoiles (près de 33 %). Quid si la France Insoumise et le Rassemblement National concentraient l’essentiel des votes, alors que le PS et les LR ne recueillaient que des miettes dans un scrutin où l’abstentionserait le premier parti de France ?  

On peut penser que la forme présidentialiste de nos institutions ne sera pas modifiée d’ici 2022, même si, comme on l’envisage les élections législatives pourraient connaître une part de proportionnelle à côté du scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Il est donc bien difficile d'imaginer que le formations politiques inventent d'ici 2022 de nouvelles solutions autres que la candidature personnelle ou le choix d'un candidat par les cercles dirigeants des partis. On peut en effet penser que, malgré leurs blessures, les anciens partis vont tenter de se relever et de trouver en leur sein de nouveaux candidats, ce qui suppose de sérieux efforts de redéfinition des idéologies et des programmes. Pour l’instant, au PS comme chez les LR l’entreprise en est à ses débuts. Au RN bien des efforts devront être accomplis pour mettre à jour l’ancien crédo du FN et le mettre en harmonie avec la nouvelle ligne directrice proposée récemment par Marine Le Pen. La France Insoumise semble devoir rester fidèle à son credo de 2017. Avec Alexis Corbière, Eric Coquerel ou Adrien Quatennens elle dispose de ténors de qualité, susceptibles de remplacer le leader actuel. L'avenir arbitrera entre ces modestes hypothèses.

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