Manif pour tous : pourquoi j'y serais bien allé, alors que je ne suis pas si proche des valeurs qu'ils défendent | Atlantico.fr
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70 000 personnes selon la police, 500 000 d'après les organisateurs ont défilé dimanche dans les rues de Paris.
70 000 personnes selon la police, 500 000 d'après les organisateurs ont défilé dimanche dans les rues de Paris.
©Reuters

Avec vous…

Manif pour tous : pourquoi j'y serais bien allé, alors que je ne suis pas si proche des valeurs qu'ils défendent

Ils étaient des centaines de milliers hier dans les rues de Paris et de Bordeaux. J’aurais dû en être ? Non ! J’aurais pu en être ? Oui !

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Selon un sondage publié par Atlantico, 59 % des catholiques pratiquants se sentent proches de la Manif pour tous. Je ne suis pas catholique pratiquant. Selon le même sondage, la Manif pour tous a la sympathie de 33% des catholiques non pratiquants. Je ne suis pas catholique non pratiquant. En fait, je ne suis pas catholique du tout… Toujours d’après ce sondage, 31% des Français ont les mêmes valeurs que ceux qui ont manifesté hier. Je suis Français et je ne suis pas sûr de partager toutes ces valeurs.

C’est pourquoi j’ai hésité à me rendre à cette manifestation. Pourtant, j’ai une réelle et grande proximité avec les manifestants d’hier. Je les aime bien. Ils parlent le même français que moi, pas le « zyva ». Ils s’habillent comme moi : ni capuches, ni survêtements. Ils sont la France de « l’entre deux », selon l’heureuse formule du photographe Raymond Depardon, celle des petites villes, des campagnes, pas celle des HLM. Je me sens bien dans cette France-là. Certains des manifestants sont venus avec leurs curés. La France des églises qui depuis toujours façonnent nos paysages.

Qu’une fille aime une fille, un garçon un garçon, est parfaitement respectable. Mais il est tout aussi respectable que des millions de gens pensent qu’au paradis, il y avait une Eve et un Adam, pas deux Eve et pas deux Adam. Tout gouvernement doté d’un peu de sens politique et de cœur aurait navigué entre ces deux rives, cherchant des gués et des passerelles. Tel ne fut pas le cas.

En soit, la loi sur le mariage pour tous n’est ni monstrueuse ni scélérate. Mais le moment choisi pour la faire passer fut détestable, et la façon de le faire, arrogante, humiliante – parfaitement odieuse. Fallait-il dans un pays déjà en crise, rajouter une crise aux autres ? Fallait-il traiter de fascistes, de rétrogrades, de bigots, tous ceux qui, en leur âme et conscience, ne pouvaient se résoudre à considérer le mariage comme une variante ajustable ? Fallait-il blesser des millions de braves gens en laissant entendre que les ventres des femmes étaient comme une tirelire dont on pouvait tirer quelque chose sans y avoir rien mis ?

La bataille à propos du mariage pour tous fut à l’image de ce que la gauche est devenue. Un ramassis sectaire de petits Torquemada imbus d’eux-mêmes, évidemment infaillibles, des ayatollahs, la bave aux lèvres. Les députés socialistes – les gardes rouges du président Hollande – brandissaient pour la circonstance un petit livre rouge où était marqué « le fascisme ne passera pas ! » Une bataille pour eux historique, qu’ils gagnèrent contre des centaines de milliers de manifestants, dépouillés de leur véritable identité et assimilés, pour les besoins de la cause, aux « heures les plus sombres de notre Histoire ».*

Une offense imbécile et inutile qui blessa des millions d’honnêtes gens et les plongeât dans un ressentiment qui n’est pas près de disparaitre.

Quand en 1984, la gauche au pouvoir, voulant rester fidèle a ses engagements laïcs, s’avisa de supprimer l’enseignement privé, un million de personnes indignées défilèrent en France. Mitterrand, qui était sage et intelligent, abandonna cette réforme. Quand la droite, arrivée au pouvoir en Espagne, décida de restreindre drastiquement l’accès à l’avortement, des dizaines de milliers de protestataires battirent le pavé à Madrid. Rajoy, sage et intelligent, abandonna son projet. François Hollande n’est pas de cette trempe-là. De toute façon, il est prisonnier de son mécène Pierre Bergé. Et c’est ainsi qu’il s’arc-bouta sur son projet destiné à faire plaisir au plus petit nombre contre le plus grand nombre. Le plus grand nombre fini toujours par se venger.

*Dans ce registre, le sénateur écologique Jean-Vincent Placé a fait très fort. Il a vu, dans les manifestations contre le mariage pour tous, les « connotations insupportables de la Seconde guerre mondiale». M. Placé n’a pas donné de détails sur le nombre de miliciens de Darnand, de membres de la LVL de Doriot, de décorés de la Francisque, et de rédacteurs du statut des juifs qu’il avait compté dans les rangs de la Manif pour tous. On attend avec impatience ses précisions.

Et n'oubliez pas : le A-book de Benoît Rayski, Le gauchisme, cette maladie sénile du communisme, est toujours disponible à la vente sur Atlantico éditions : 

Le gauchisme, cette maladie sénile du communisme

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