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Maladies cardio-vasculaires : l’étude scientifique qui a piégé une bonne partie de la presse
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

mortalité

Maladies cardio-vasculaires : l’étude scientifique qui a piégé une bonne partie de la presse

Le taux de mortalité cardiovasculaire élevé dans les pays les plus pauvres n’est pas tant lié à des facteurs de risque plus importants, mais plutôt à un accès plus difficile aux soins spécifiques.

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.

Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle, il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.

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Parmi les adultes âgés de 35 à 70 ans, les maladies cardiovasculaires sont la principale cause de mortalité dans le monde. Cependant, dans certains pays à revenu élevé et dans certains pays à revenu intermédiaire, les décès par cancer sont maintenant plus fréquents que ceux dus à une maladie cardiovasculaire, ce qui indique une nouvelle transition des principales causes de décès chez les personnes d'âge moyen. Alors que les maladies cardiovasculaires (MCV) diminuent dans de nombreux pays, la mortalité par cancer deviendra probablement la principale cause de décès. Le taux de mortalité cardiovasculaire élevé dans les pays les plus pauvres n’est pas tant lié à des facteurs de risque plus importants, mais plutôt à un accès plus difficile aux soins spécifiques. De quelles transitions parlons nous?

La première transition: des maladies transmissibles principalement infectieuses vers les maladies non contagieuses et essentiellement chroniques 

À mesure que le PIB/habitant augmente la qualité de l’eau potable s’améliore, l’apport calorique augmente et les soins les plus modernes deviennent accessibles.  Conséquemment la charge de morbidité d'une population tend à subir une transition épidémiologique: les populations présentent moins de maladies principalement transmissibles et plus de maladies à développement principalement non transmissible. C’est l’éradication des grandes épidémies mais aussi d’infections moins épidémiques mais mortelles comme les pneumonies ou bien les infections intestinales. Les moyens médicaux efficaces sont les vaccins et les antibiotiques de même que l'environnement hospitalier pour les soins aigus des patients critiques. 

La deuxième transition: la mortalité par cancer dépasse celle en régression des MCV dans les pays où ces dernières sont prises en charge efficacement

Ensuite des changements dans le mode de vie, dans l'alimentation et l'environnement parmi lesquels le plus important est l’urbanisation vont allonger l’espérance de vie et en même temps provoquer l’augmentation des maladies non transmissibles, MCV, cancers, maladies auto-immunes et neurodégénératives.  Ces maladies non transmissibles ne recèlent pas le même potentiel de guérison ou de stabilisation par la médecine. La poursuite de la croissance du PIB/habitant permet de solutionner en premier les maladies stabilisables ou curables. Le traitement médicamenteux et interventionnel des MCV fait régresser la mortalité des accidents cardiovasculaires majeurs (infarctus myocardiques et cérébraux principalement) dans les pays à revenu par habitant élevé car il existe des moyens puissants de traiter ces patients. Il n’est pas établi qu’il s’agisse d’une diminution de l’incidence de ces MCV car l’épidémie de diabésité en cours conduit inévitablement à une augmentation de ces mêmes maladies. En revanche dans ces mêmes pays à revenu par habitant élevé l’allongement de l’espérance de vie et la stagnation des traitements contre le cancer augmente proportionnellement la mortalité qui en dépend. C’est pourquoi l’évolution récente des traitements des MCV modifient la répartition des maladies non transmissibles. Sur un plan prospectif, identifier et quantifier ces évolutions de la morbidité est crucial pour optimiser l'allocation des ressources et afin que l'utilisation des soins spécifiques soient adaptée aux changements démographiques aux niveaux local et mondial. Tout en gardant à l’esprit que sans croissance économique les soins spécifiques, médicaments, soins de haute technicité sont difficiles à financer et la découverte de nouveaux traitements entravée.

Finalement la leçon à retenir c’est que le PIB/habitant est le facteur majeur à l’origine des “transitions épidémiologiques” et de l’augmentation de la longévité (Figure N°1). Les orientations de décroissance planifiées ou même de croissance nulle comme ce qui est en train de se passer en Europe depuis la crise de 2007 sont contre-productives en terme de solutions au défi des maladies. J’encourage chacun d’entre nous à prendre quelques secondes pour visualiser la relation entre PIB/habitant et espérance de vie depuis 1800 (https://www.gapminder.org/tools/#$state$time$value=1800;;&chart-type=bubbles), un travail monumental de Hans Rosling.

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