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Maisons de naissance : les médecins bloquent cette nouvelle concurrence pour les maternités françaises
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Ouin !

Maisons de naissance : les médecins bloquent cette nouvelle concurrence pour les maternités françaises

Les femmes françaises accouchent, pour la plupart, dans une maternité. Leurs voisines européennes optent de plus en plus pour des Maisons de naissance. Mais pourquoi l'émergence de tels établissements ne prend-elle pas dans l'hexagone ?

Chantal  Ducroux-Schouwey

Chantal Ducroux-Schouwey

Chantal Ducroux-Schouwey, milite pour que les femmes puissent avoir le choix de bien mener leur grossesse. Elle est présidente depuis neuf ans de l'association Bien Naître à Lyon et du CIANE (Collectif Interassociatif Autour de la Naissance). 

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Atlantico : En Europe les Maisons de naissance sont un phénomène bien implanté, mais en France on s’y refuse encore. Qu’est-ce-qui bloque leur installation ?

Chantal Ducroux-SchouweyC’est le corps médical qui s’y refuse. Leur premier argument est sécuritaire, mais nous n'avons pas la même définition de ce mot. Eux, parlent de sécurité médicale pure, tandis que les usagers y pensent aussi mais y ajoutent une dimension affective. Les médecins souhaitent que si structure il y a, celle-ci soit dans les murs même des maternités, ce qui permettrait en cas de danger, des transferts dans des temps extrêmement courts. Mais en réalité, ils ont peur de voir fuir la clientèle dans les Maisons de naissance, car on ne sait pas si il y aurait une forte demande si elles étaient permises. Ils ont peur d’une certaine concurrence. Pour l’instant, ils argumentent sur la faiblesse de la demande, mais c’est assez logique puisque les gens restent mal informés sur le sujet. Les médecins de maternité craignent en fait la baisse de leur clientèle. La perspective d’une plus grande autonomie des patients et des sages-femmes les gênent considérablement.

Les médecins estiment qu’un accouchement sans risques n’existe pas et qu’il faut mieux laisser cette affaire entre les mains d’autorités médicales compétentes.

En France, le discours – très franco-français d’ailleurs – considère qu’un accouchement ne s’est bien passé que deux heures après la délivrance. Avant on estime qu’il y a des risques, et tout le protocole est destiné à les éloigner. Tant que l’on aura ce discours extrêmement sécuritaire on y arrivera pas. Il faut que l’idée qu’un accouchement physiologique peut très bien se passer et qu’un simple accompagnement peut très bien suffire puisse s’imposer.

Les médecins sont-ils dans une sorte de sacralisation de l’accouchement et de la démarche médicale qui y est liée ?

Je ne suis pas sûre que l’on puisse parler de sacralisation. Avant l’accouchement était une histoire de femmes, la femme était entourée par les femmes de sa famille et son accoucheuse, le compagnon était tenu à l’écart. Un jour, les médecins se sont emparés de cette affaire en faisant valoir leurs études et leur expérience et ils ont commencé à médicaliser en pensant que de cette façon moins de femmes mourraient en couches et que l’on pourrait sauver plus de bébés. A ce moment-là on a basculé dans du médical pur et dur qui n’a fait que se renforcer au fil des années, pour arriver au point où nous en sommes aujourd’hui avec des structures aux protocoles très standard qui accueillent des femmes et les font accoucher toutes en mêmes temps dans un timing de rentabilité. Il n’empêche que ce système que l’on a tant encensé, a prouvé son inefficacité puisque en matière de soins nous sommes très loin par rapport à nos voisins européens, la Cour des comptes l’a d’ailleurs pointé du doigt.

Quels sont les réels atouts des Maisons de naissance ?

L’atout principal de cette structure est l’accompagnement global. Un couple ou une femme va être suivie durant toute sa grossesse par une même sage-femme qui travaillera peut-être en binôme avec une autre, mais il n’y aura pas plus de deux intervenants. La sage-femme va donc mieux connaître le couple ou la femme, les désirs, les envies de chacun par rapport à la naissance de l’enfant. Ce sera une sage-femme accompagnante, présente au moment de l’accouchement et elle sera là en suite de couches. Il n’y aura pas le morcellement que beaucoup de femmes regrettent de trouver dans les maternités classiques, à savoir le passage de différents médecins et sages-femmes. Le second atout réside dans un allègement de la médicalisation, voire une absence si l’accouchement se passe bien, on laisse aller la nature dans l’accompagnement, dans un soutien humain et entourant et dans un lieu dont l’ambiance est proche de celle du domicile.

En revanche, dès que acte médical est nécessaire, il y a transfert vers un hôpital dans les meilleurs délais avec un encadrement correct de la femme. Car, il est important de noter que ce n’est pas une structure électron libre. Elle est rattachée par une convention à une maternité référente proche qui permet un transfert rapide, le dossier de la femme est partagé. Si jamais, il devait se produire un incident, car nous reconnaissons que le risque zéro n’existe pas, le femme sera prise en main par le service de maternité de l’établissement qui aura tous les éléments de son suivi et qui pourra procéder. Les femmes ne sont pas abandonnées à leurs sort, d’autant plus que les sages-femmes de la Maison de naissance auront les outils nécessaires et sont formées pour gérer les urgences. Précisons que nos sages-femmes françaises sont très bien formées.

Existe-t-il des femmes qui souffrent vraiment du côté impersonnel des maternités, existe-il une réelle demande pour les Maisons de naissance ?  

Sans conteste oui ! Le CIANE existe depuis 6 ans et je vois le nombre de personnes qui nous interpellent car elles n’ont pas eu la naissance qu’elles souhaitent, car elles n’ont pas trouvé l’écoute et le respect. Au lieu de cela, elles ont été en face de personnels pressés qui ne les ménageaient pas. De plus en plus de parents se posent des questions, et se préparent bien amont pour choisir le lieu de naissance de leur enfants.

Quel est le bilan de la structure en Europe ?

L’étude anglaise montre que les accouchements dans les Maisons de naissance ne sont pas plus dangereuses que dans les milieux médicalisés, voire même moins ! Les femmes généralement sans sortent avec moins de "traumatismes" car moins de césarienne et de médicalisation, et on ne peut pas ignorer ce fait. Elle ne fait que défendre nos arguments. J’ai visité des Maisons de naissance à Genève, où la demande est tellement forte qu’elle n’arrive pas à prendre en charge tout le monde. D’ailleurs les cas d’urgence ne sont pas aussi nombreux que ce que l’on pourrait croire. Si le phénomène persiste chez nos voisins européens c’est qu’il est réellement bénéfique et que les femmes ont besoin de cette intimité partagée avec des personnels attentifs.

Les femmes françaises qui habitent dans des régions frontalières à des pays qui ont des Maisons de naissance comme par exemple la Belgique, passent la frontière pour en profiter ?

Bien sûr ! Et de plus elles nous donnent des retours. D’ailleurs, le nombre de femmes qui passent la frontière pour profiter des Maisons de naissance a augmenté. Si elles ne le peuvent pas, celles qui veulent à tout prix éviter les hôpitaux, choisissent d’accoucher à domicile, non pas avec des sages-femmes françaises - qui malgré leur qualifications ont du mal à s’assurer et du coup à procéder à ce type d’accouchement - mais avec des sages-femmes frontalières qui sont assurées à l’étranger et qui sont couvertes sur un bout de terre français. Mais il existe des difficultés de remboursement des frais d’accouchement, car même s’il y a des arrangements avec la Sécurité Sociale, cette démarche n’est pas forcément acceptée. Du coup les femmes qui ont traversé la frontière, malgré le moindre frais de leurs coûts ne parviennent pas toujours à se faire rembourser.

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