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Mais sur quoi pourrait déboucher la grande réunion des droites "hors les murs" invitées par Robert Ménard à Béziers en mai ?
©Reuters

Pot pourri

Mais sur quoi pourrait déboucher la grande réunion des droites "hors les murs" invitées par Robert Ménard à Béziers en mai ?

Le recentrement des candidats LR et la politique exclusivement souverainiste portée par Florian Philippot au Front National laisse une place inoccupée que Robert Ménard propose de combler en organisant le Rendez-vous de Béziers au mois de mai. Entre proposition et formation d'un courant alternatif à droite, ce rassemblement traduit la volonté de voir émerger un mouvement traditionaliste. Même si la chose est bien plus complexe qu'il n'y paraît.

Bruno Larebière

Bruno Larebière

Journaliste indépendant, spécialisé dans l’étude des droites françaises, Bruno Larebière a été durant dix ans rédacteur en chef de l’hebdomadaire Minute. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Jean-Paul II (éd. Chronique, 1998) et De Gaulle (éd. Chronique).

Il prépare actuellement un ouvrage sur Les Droites françaises vues de droite (parution 2017).

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Atlantico : A un peu moins d'un an de la présidentielle, Robert Ménard organise fin mai à Béziers un grand colloque de la droite "hors les murs", cette droite qui se veut moins "centriste" que Les Républicains sur les questions de société, mais qui prône un libéralisme économique, contrairement au Front national. Que peut-on attendre de cette réunion ? Quelles figures devraient être présentes ?

Bruno Larebière : La spécificité de cette "droite hors les murs", ainsi appelée parce qu’elle ne reconnaît dans aucun parti, ne se limite pas à quelques singularités sur les questions de société, ni même à des positions économiques différentes du "national étatisme" du Front national. Si cette droite est "hors les murs", c’est justement parce qu’aucun parti ne porte ce qu’elle estime être le cœur du combat, à savoir la défense de notre civilisation, qui est, selon elle, menacée de l’extérieur par les vagues migratoires et, de l’intérieur, par l’adoption de textes comme celui du "mariage pour tous" qui va bien au-delà de la réforme sociétale, ainsi que l’avait expliqué Christiane Taubira elle-même en revendiquant une "réforme de civilisation".

Le Rendez-Vous de Béziers, comme l’a baptisé Robert Ménard, est surtitré : "Pour ne pas attendre 2022 !" Cette phrase exclamative se veut une invite à l’électorat de droite, qui ne se reconnaît dans aucun des candidats annoncés pour la présidentielle de 2017, à agir sur les présidentiables pour ne pas être contraints de faire l’impasse sur 2017, en se projetant déjà sur une éventuellement recomposition post-présidentielle qui dégagerait un candidat pour 2022.

Robert Ménard a très bien compris que la tentation du vote blanc est grande dans cet électorat de droite, qui partage les constats formulés par Eric Zemmour dans son dernier livre, Le Suicide français, et le dégoût comme l’espérance de Philippe de Villiers dans Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, mais se désole de ne pas voir d’incarnation politique pour le représenter.

Robert Ménard croit, ou se force à croire, qu’il est encore possible d’influencer lesdits candidats et c’est tout le sens de ces journées, qui doivent déboucher sur la présentation de "50 mesures patriotes pour ne pas se tromper de droite", également appelées "programme minimum de salut public". Ces mesures seront issues de travaux organisés sous forme de tables rondes et elles seront présentées aux candidats déclarés, pour approbation, totale ou partielle, ou rejet…

Le plateau prévu est de qualité et couvre un large éventail de la droite puisqu’on y trouve aussi bien l’entrepreneur libéral Arnaud Dassier, qui avait contribué à la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, que l’avocat Gilles-William Goldnadel, le criminologue Xavier Raufer, l’ancien ministre de Jacques Chirac et ancien président de la FNSEA, François Guillaume, l’essayiste Jean-Paul Brighelli, figure de proue du courant pour une "refondation de l’école" , le philosophe Alain de Benoist, le journaliste du Figaro Ivan Rioufol ou François Billot de Lochner, président de la Fondation de service politique. Les tables rondes couvrent l’ensemble des sujets majeurs et les intitulés sont interrogatifs, parfois de façon très ouverte comme celle sur l’économie : "Plutôt Thatcher ou plutôt Colbert ?"

On peut déjà être certain que les débats et les productions seront de qualité et on peut aussi attendre de ces journées un succès populaire tant l’attente est grande, dans tous les réseaux de cette droite "hors les murs", à l’égard de cette initiative et, au-delà, à l’égard d’une tentative de structuration, même informelle, de tous les courants qui seront représentés.

Cela ne veut pas dire pour autant que les travaux de Béziers vont trouver leur traduction électorale. La politique étant affaire de rapport de forces, l’attention qui sera portée par les candidats aux "50 mesures patriotes" qui leur seront soumises dépendra, elle, de la présence ou non de "poids lourds" de la politique, c’est-à-dire de personnalités de la droite française pouvant influer sur une part non négligeable de l’électorat. Or là, c’est l’inconnue.

Pour l’heure, seuls Marion Maréchal–Le Pen et Louis Aliot, deux figures du Front national donc, ont confirmé leur présence. Il est évident que la présence de Philippe de Villiers ou de Nicolas Dupont-Aignan, voire celle d’Eric Zemmour qui est un prescripteur important, donnerait à ce Rendez-Vous un poids politique tel qu’il ne pourrait être ignoré par les prétendants à la présidence de la République.

Alors qu'Alain Juppé fait toujours la course en tête pour la primaire Les Républicains, son éventuelle investiture n'ouvrirait-elle pas un boulevard à droite pour un mouvement comme celui-là ? A quelles conditions ?

Cette question répond en partie aux objections formulées à l’égard du Rendez-Vous de Béziers par certaines figures du Front national, en particulier par Florian Philippot, qui, dans un tweet à double lecture faussement consacré au lancement de sa formation par Emmanuel Macron, a raillé "le fantasme de l’union des droites", avant de minimiser l’importance du combat de La Manif pour tous en le comparant à la culture du bonsaï. Si cette "droite hors les murs" ne se reconnaît pas dans le FN, c’est en partie à cause de la ligne impulsée par Florian Philippot et acceptée par Marine Le Pen, une ligne "ni de droite ni de gauche" qui se refuse à embrasser le combat pour la civilisation.

Le numéro deux du Front national craint qu’une montée en puissance de la "droite hors les murs" ne vienne contrecarrer sa stratégie exclusivement souverainiste. Il s’efforce donc de contenir sa montée en puissance, tout en sachant très bien qu’elle est déjà très majoritairement partagée dans les rangs du FN comme l’a montré la standing ovation que Marion Maréchal a reçue le 10 mars dernier devant les 358 conseillers régionaux du FN réunis à Paris : elle a été acclamée juste après avoir dit qu’elle se battait pour ces idées-là…

Toutefois, cette droite "hors les murs", plus proche sociologiquement d’un vote pour les candidats de la droite dite classique, se reconnaîtrait encore moins dans une candidature d’Alain Juppé, dont le programme politique est dans la continuité de la pratique chiraquienne de l’atermoiement sur fond de concessions idéologiques à la gauche. Pour parler clairement : Alain Juppé n’est rien d’autre, pour cette droite qui sera à Béziers, que le meilleur candidat de la gauche pour 2017.

C’est pourquoi vous avez tout à fait raison : la désignation d’Alain Juppé, favori des sondages, serait de nature à renforcer la constitution de ce pôle droitier en un mouvement qui lui serait hostile, avec une adjonction de cadres et de militants supplémentaires en provenance des Républicains, renforçant l’hypothèse d’une autre candidature. Car s’il est un candidat, à la primaire pour le moment, dont on peut anticiper la réaction aux "50 mesures patriotes pour ne pas se tromper de droite" qui sortiront de Béziers, c’est bien Alain Juppé, qui ne leur opposera, dans le meilleur des cas, qu’un silence dédaigneux.

Ce vendredi, Jean-Marie Le Pen a menacé de ne pas voter FN en 2017 s'il n'était pas réintégré dans le parti. Peut-il réellement soutenir un autre candidat en 2017, tel Philippe De Villiers par exemple ? Alors que le FN fait ses meilleurs scores historiques depuis qu'il n'y est plus, Jean-Marie Le Pen pèse-t-il encore réellement d'un point de vue électoral ?

Le poids politique de Jean-Marie Le Pen est devenu négligeable mais sa parole reste forte – sauf quand elle est basée sur son ressentiment personnel à l’égard de sa fille.

Jean-Marie est dans une logique, le "rassemblement du camp patriote". Je ne peux pas imaginer qu’il demandera à ses soutiens de voter pour quelqu’un d’autre que pour Marine Le Pen en 2017. Il y mettra des réserves, il exprimera des regrets, mais il le fera. Parce que c’est sa fille, quels qu’aient été et quels que soient encore leurs différends, et parce qu’elle est en situation de réaliser ce à quoi il n’est parvenu, prendre le pouvoir.

Pour que Jean-Marie Le Pen soutienne un autre candidat, il faudrait que Marine Le Pen, dans son programme présidentiel, renonce à un point fondamental comme celui de la préférence nationale, rebaptisée "priorité nationale". Là, Jean-Marie Le Pen se sentirait trahi et libre de soutenir quelqu’un d’autre, tel Philippe de Villiers, si celui-ci décidait de se lancer. Mais bien malin qui peut dire ce que va faire Villiers. Je note juste que, dans son dernier livre, il assassine toute la classe politique sauf deux personnes : Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen. 

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