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Mais que se passe-t-il dans les Ehpad ?
Mais que se passe-t-il dans les Ehpad ?
©SEBASTIEN BOZON / AFP

Catastrophe humaine

Mais que se passe-t-il dans les Ehpad ?

La situation dans un certain nombre d’Ehpad était déjà inquiétante avant la pandémie en termes de respect des droits et de la dignité des résidents. Comme le révèle la plainte sur la mort d’un résident qui a fini sa vie seul, attaché et sous somnifère car positif au Covid, depuis la pandémie, elle est trop souvent devenue révoltante.

Annette Debeda

Annette Debeda

Annette Debeda est cofondatrice du collectif Cercle des proches aidants en Ehpad. Son père réside dans un EHPAD de la Drôme. 

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Atlantico : Un homme de 93 ans est décédé fin mars des suites du Covid-19 dans un Ehpad de Mazamet, dans le Tarn. Sa famille a déposé plainte contre la direction de l’établissement estimant que la contention physique prescrite par le médecin avait un lien avec son décès. Ces faits vous ont-ils surpris ? Est-ce une pratique courante ?

Annette Debeda : Il est épouvantable que quelque chose comme ça puisse arriver. La contention des personnes agitées dans les Ehpad existe, elle est, à chaque fois, prescrite par un médecin. Est-ce courant ? Je n’en sais rien, mais j’ose espérer que non. C’est barbare, d’autant plus que, depuis un an, les résidents vivent quelque chose qui ressemble à l’enfer. Ils vivent isolés et ne peuvent pas voir leur famille ou pas dans des bonnes conditions. Ils voient leurs proches dans des pièces communes, des parloirs. Il y a souvent des plexiglas. Madame Bourguignon (la ministre déléguée à l’Autonomie ndlr.) a dit qu’elle ne souhaitait plus en voir, c’est inscrit dans le protocole du 12 mars, mais il est parfois maintenu, comme c’est le cas dans l’Ehpad de mon père. Donc je ne suis pas étonné que les résidents soient particulièrement agités. Et dans ces situations-là, les Ehpad peuvent demander la contention aux médecins.

Vous évoquez le protocole d’assouplissement des mesures dans les Ehpad. Celui-ci n’a pas été mis en place ?

L’assouplissement n’a pas été au rendez-vous. La raison est simple. Le protocole rédigé par la ministre est constitué de recommandations. Cela laisse les directeurs d’Ehpad décider de ce qu’ils veulent faire. Quasi-systématiquement, ces derniers estiment que la situation de l’Ehpad ne permet pas de mettre en œuvre ces recommandations. Un arrêt du Conseil d’Etat interdit la suspension des visites depuis le 3 mars 2021 pourtant, quand j’ai contacté le directeur de l’Ehpad de mon père, il m’a dit que la situation critique du département ne permettait pas de changer de politique. Les directeurs trouveront toujours une bonne raison de ne pas assouplir les règles. Je ne fais pas d’Ehpadbashing, je sais que dans certains établissements il se passe des choses extraordinaires, très créatives et qui trouvent des solutions. Mais il est plus facile pour certains de ne pas avoir les familles pour les gêner. Rentrer dans les chambres, c’est parfois constater qu’elles sont très sales. Le médecin traitant de mon père m’a décrit une porcherie. Je l’ai déjà vu avec un t-shirt qui n’avait pas été changé depuis plusieurs jours. Je pense que quand les visites étaient autorisées le personnel faisait plus attention. C’est une sorte de pas vu – pas pris. Et ce n’est pas la faute du personnel, il est souvent en sous-effectif et obligé de parer au plus pressé. Leurs conditions de travail sont difficiles, ils sont mal payés, mal considérés parfois mal managés. Mon père a souffert de clinophilie pendant trois mois, il passait sa journée au lit et personne ne le stimulait pour qu’il en sorte. Donc nous l’avons transféré dans une clinique psychiatrique pour qu’il s’en sorte.

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Selon vous, la situation actuelle constitue une atteinte à la dignité des résidents ?

C’est évident. C’est une atteinte à la dignité de nos proches en Ehpad. On les a enfermés et on continue de le faire sans leur demander leur avis. C’est aussi une vraie atteinte à la liberté et à la citoyenneté. Aujourd’hui on est tous confinés mais on peut sortir de chez nous. Ce n’est pas le cas pour eux. On laisse ces gens mourir sans rien leur proposer. Avant la crise, je ne pensais pas que cela pouvait exister. La situation n’a que peu évolué en un an. Nous sommes au-delà de la colère. Si on a décidé d’enfermer les résidents, c’est parce que les directeurs s’en sont sentis le droit. C’est un manque de respect. A mon sens, cette crise montre que rentrer dans un Ehpad c’est un peu perdre sa citoyenneté. En mars dernier, on a dit à mon père qu’il ne pourrait pas voter. Il a dû faire des pieds et des mains pour obtenir une procuration.

Les constats sur la situation en Ehpad sont-ils uniquement dûs à la crise sanitaire ou dénotent-ils une problématique plus générale ?

Je pense que la crise a agi comme une loupe grossissante. Je crois aussi qu’on n’avait pas forcément conscience de ce qu’est un Ehpad. Les gens ne sont pas tous dépendants ou en fin de vie. Nombreux sont ceux qui avaient une vie sociale et familiale et c’est ceux-là qu’on voyait. Mais il y a ceux qui restaient dans leurs chambres et qui désormais ne peuvent même plus recevoir leurs proches.

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Que penser des clusters qui se forment de nouveau dans les Ehpad, malgré la vaccination ?

Ça ne m’étonne pas. Certains soignants en Ehpad n’ont pas voulu se faire vacciner, ainsi qu’une minorité de résidents. Les personnels d’Ehpad rentrent chez eux, croisent leur famille et peuvent ramener le virus dans les Ehpad. De plus la vaccination n’empêche pas d’être contaminant ou contaminable mais simplement d’attraper une forme grave. Donc cela entraine forcément des clusters. Je ne vois pas comment il pourrait ne pas y en avoir. Et cela donne des arguments aux directions pour fermer les établissements au public.

Que faudrait-il faire pour améliorer la situation dans les Ehpad ?

Avant la pandémie on pouvait rentrer presque comme on le souhaitait dans un Ehpad. Aujourd’hui on ne demande même pas ça. Il est normal de faire un effort en raison du coronavirus, mais pas comme aujourd’hui. On ne peut pas enfermer les gens pendant un an. Il est important qu’un décret ou une loi interdise aux directeurs de prendre des mesures d’interdiction des visites. Il faut aussi donner du pouvoir aux conseils de vie sociale (CVS) où sont représentés la direction, les soignants, les familles et les résidents. Pour l’heure, ils sont simplement consultatifs et servent de chambre d’enregistrement.

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