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Mais pourquoi le préfet d’Eure-et-Loir s’obstine-t-il à mettre des bâtons dans les roues aux 21 communes qui souhaitent rejoindre (les succès de) l’agglomération de Chartres ?
©Reuters

Etat perturbateur

Mais pourquoi le préfet d’Eure-et-Loir s’obstine-t-il à mettre des bâtons dans les roues aux 21 communes qui souhaitent rejoindre (les succès de) l’agglomération de Chartres ?

Dans cet entretien, le député-maire de Chartres, Jean-Pierre Gorges, revient sur les difficultés rencontrées par certaines communes pour intégrer l'agglomération de Chartres, et plus largement sur les dysfonctionnements de la décentralisation en France. L'occasion également de revenir sur son parcours politique et d'évoquer sa candidature à la présidentielle de 2017.

Jean-Pierre Gorges

Jean-Pierre Gorges

Ancien cadre dirigeant d'entreprise privée, Jean-Pierre Gorges est maire de Chartres depuis 2001. Il est également député de la première circonscription d'Eure-et- Loir depuis 2002.

Son livre La France c'est vous ! vient de paraîtres aux éditions du Cherche Midi. 

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Atlantico : Politique de grands chantiers grâce à un fort volume d'investissements, mixité sociale favorisée par le redéploiement du parc d'habitat social sur l'ensemble de la ville, niveau de dette maîtrisé, etc. Chartres Métropole est une structure intercommunale qui affiche de bons résultats. C'est, vraisemblablement, l'une des raisons pour lesquelles près d'une vingtaine de communes souhaitent la rejoindre. Or cet accroissement de Chartres Métropole semble connaître des difficultés. Pouvez-vous nous expliquer précisément la situation ? Quelles en sont les raisons d'après vous ? 

Jean-Pierre Gorges : Effectivement, 21 communes souhaitent rejoindre l'agglomération en raison de son dynamisme. Elles finiront, très certainement, par obtenir cette autorisation d'intégrer l'agglomération chartraine en vertu de la loi, même si cela risque de prendre du temps. Ces communes souhaitaient rentrer dans l'agglomération de Chartres au 1er janvier 2017 parce qu'il s'agit là de la meilleure date qui soit pour l'intercommunalité en général. Or il leur a été notifié qu'elles n'entreraient pas avant le 1er janvier 2018, et ce sans réelle explication. Pour moi, cela est révélateur d'une décentralisation qui ne fonctionne pas. Les communes souhaitent s'organiser en fonction de leur bassin de vie, de ce qu'elles vivent au quotidien, et ce dans un contexte qui se durcit. La situation actuelle inquiète ces communes qui ont peur que le fait de reculer la date de leur entrée dans l'agglomération ne remette en cause leur choix qui a été voté démocratiquement.

Avant l'échéance du 1er janvier 2018, il y a l'élection présidentielle. Et on sait très bien qu'au moment d'une élection présidentielle, tout peut être remis en cause. 

Votre parcours professionnel, avant la politique, est marqué par le fait que vous soyez directement issu de la société civile. Pensez-vous que cela ait pu constituer une force dans votre action en tant que maire de Chartres et président de Chartres Métropole ?

Je pense qu'effectivement, mon parcours à Chartres Métropole constitue une vraie force dans la mesure où j'ai recours à des procédures auxquelles les personnes ne sont pas habituées. Même si cela peut choquer au départ, ces procédures ont donné des résultats satisfaisants. La population locale l'a bien compris : à chaque élection d'ailleurs, je suis reconduit ; lors du dernier scrutin, j'ai même été élu dès le premier tour.

En revanche, il n'en va pas de même dans le cadre de mes activités de député à Paris. Du fait de mon parcours, n'étant pas du sérail, je passe pour une personne atypique à l'Assemblée nationale. Ainsi, mes propositions sont malheureusement très rarement retenues.

Cette situation, qui est paradoxale, me conduit à dire que la France a un véritable problème : sa forte centralisation, qui provoque un décalage entre les élites politiques et les préoccupations de la population.

La France compte près de 618 000 élus locaux qui font marcher le pays quotidiennement. Le constat que je fais au bout de quinze ans est le suivant : je pense que si vous arrêtez les activités de l'Assemblée nationale pendant un an, la situation de la France pourrait s'améliorer ; en revanche, si vous arrêtez le fonctionnement de la commune pendant un an, celle-ci sera en danger. 95% des élus locaux sont issus, comme moi, de la société civile, je tiens à le préciser. 

Dans quelle mesure votre action et ses résultats, en tant qu'élu municipal, vous ont-ils décidé à vous porter candidat pour la présidentielle de 2017 en tant que candidat "républicain indépendant" ? 

Compte-tenu des résultats affichés par l'agglomération de Chartres et mes trois réélections, je me dis, sans avoir la "grosse tête", que les solutions proposées fonctionnent. Par ailleurs, je trouve terrible de constater, depuis près de quinze ans au sein de la Commission des finances, les échecs de notre pays. Je trouverai donc dommage de quitter la politique sans laisser de trace.

Le système des primaires est vraiment révélateur de cette caste qui souhaite bloquer le dispositif. À l'heure actuelle, les candidats désignés ou potentiels aux primaires de droite et de gauche sont d'anciens ministres qui ont échoué. Je ne veux donc pas passer mon temps à expliquer leurs échecs, mais à présenter et développer mon projet qui est nouveau et différent, et qui s'appuie sur une forte décentralisation, un rapprochement vers les citoyens du processus décisionnel, etc. L'organisation jacobine de la France, qui a fait sa force pendant un temps, finira par tuer le pays. Le meilleur accompagnement à la mondialisation réside dans la décentralisation. 

 

Propos recueillis par Thomas Sila

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