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Mais pourquoi la France est-elle aussi poussive dans sa campagne de vaccination ?
©Thomas SAMSON / POOL / AFP

Santé oblige

Mais pourquoi la France est-elle aussi poussive dans sa campagne de vaccination ?

La lumière sur la campagne de vaccination française souligne le manque de moyens importants pour la recherche.

Margaret Kyle

Margaret Kyle

Margaret Kyle est Professor d'économie au Centre d'économie industrielle (Cerna) et à Mines ParisTech.

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Atlantico.fr : Vous soulignez dans votre rapport pour le conseil d’analyse économique un manque de moyens important pour la recherche. L’innovation pharmaceutique française n'a-t-elle aucun moyen de ses ambitions ? Est-ce que l’argent manque réellement ou bien est-il alloué aux mauvais endroits ?

Margaret Kyle : Il s'agit d'une combinaison. La France dépense moins que ses voisins. Comme d'autres rapports l'ont noté, la concurrence féroce pour des fonds limités signifie que les chercheurs doivent passer un temps considérable à préparer des demandes de subvention avec une faible probabilité de succès. Nous soulignons également que le financement public de la recherche clinique soutient un nombre disproportionné d'essais cliniques mal conçus, c'est-à-dire non randomisés ou en aveugle. C'est un problème lié à la manière dont le financement est alloué, et pas seulement au niveau.

Atlantico.fr :  La start-up nantaise Valneva devrait commercialiser à l'automne son propre vaccin contre le coronavirus, mais ses premières doses iront au Royaume-Uni tandis que Pasteur a abandonné la production et Sanofi engrangé un retard important. La crise sanitaire liée au Covid illustre-t-elle toutes les défaillances de l’innovation pharmaceutique française ?

Margaret Kyle : J'hésite à tirer des généralisations trop larges de la situation du vaccin Covid ; des entreprises non françaises ayant une expérience substantielle des vaccins, comme Merck, ont également fait défaut. La recherche est intrinsèquement risquée. Toutefois, les succès remportés dans la course au vaccin Covid illustrent certaines tendances générales : les liens avec la recherche universitaire, le soutien public et les partenariats entre les petites entreprises et les grands fabricants sont importants. Dans la note, nous décrivons comment ceux-ci sont moins présents dans l'environnement français.

Atlantico.fr : Quelles sont vos préconisations pour réformer l’innovation dans l’industrie pharmaceutique française ? Peut-elle rattraper son retard sur sa compétition internationale ? 

Margaret Kyle : Au niveau national, la France devrait améliorer les conditions de la recherche. Il s'agit notamment de rendre les salaires des chercheurs plus compétitifs au niveau international et de renforcer le soutien public à la recherche fondamentale. D'autres politiques n'exigent pas nécessairement des dépenses supplémentaires, comme l'amélioration de l'accès à des ensembles de données riches sur la santé et la rationalisation des procédures administratives. Certaines réformes adoptées ces dernières années peuvent avoir un effet : par exemple, l'INSERM figurait parmi les premiers demandeurs de brevets dans le domaine des produits pharmaceutiques et des biotechnologies en 2019. Il est important de réduire les barrières entre cette recherche et la commercialisation de nouveaux traitements.

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