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Mais pourquoi la croissance de la France et de l’Allemagne est-elle systématiquement en-dessous de la croissance moyenne des pays membres de l’Union Européenne ?
©JOHN THYS / AFP

Perspectives

Mais pourquoi la croissance de la France et de l’Allemagne est-elle systématiquement en-dessous de la croissance moyenne des pays membres de l’Union Européenne ?

La Commission Européenne vient de publier ses prévisions économiques de l’été 2019, et notamment ses perspectives de croissance pour les pays de l’Union. En queue de peloton se tiennent les quatre économies les plus importantes (en termes de PIB) de l’Union.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico.fr : Comment expliquer cette position de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et du Royaume-Uni par rapport aux autres pays européens ? Qu’est ce qui a été manqué dans les décisions de politique économique ?

Michel Ruimy : Si la richesse créée devrait croître cette année et l’année prochaine dans l’ensemble des États membres de l’Union européenne, les prévisions de la Commission européenne confirment la montée des périls et un ralentissement économique très nettement perceptible. La croissance devrait être contrastée selon les régions : forte dans les pays de l’Europe centrale et orientale, Malte, Irlande, moins élevée notamment en Italie et en Allemagne.

Concernant la situation allemande, l’Office allemand de la statistique avait déjà constaté, au début de ce mois, un décrochage des commandes industrielles du pays par rapport à 2018, de l’ordre de 9%, soit le plus important recul en dix ans, date de la dernière récession enregistrée outre-Rhin. La situation allemande inquiète car le modèle de la première économie européenne est sous pression. Tournée vers l’exportation, et encore très dépendante de son industrie automobile en pleine mutation, elle n’a cessé de ralentir ces derniers mois. À l’opposé du ralentissement de 2011-2012, ce ne sont pas des pays périphériques de la zone qui sont aujourd'hui en cause, mais bien, en premier lieu, la locomotive de l’industrie allemande.

Pour la France, la Commission constate que bien que le climat des affaires et la confiance des consommateurs se portent bien dans l’Hexagone, elle s’attend à ce que la faiblesse de la demande extérieure pèse sur l’activité économique. En outre, notre pays reste en queue de peloton européen en termes de déficit public, ce qui laisse peu de marges de manœuvre au gouvernement Philippe pour réaliser la promesse du président Macron de réduire l’impôt sur le revenu des Français. Quant à la dette publique, elle devrait continuer à se rapprocher dangereusement des 100 % du Produit intérieur brut (PIB).

L’Italie reste considérée comme le « maillon faible » de la zone euro, avec une croissance atone, un déficit public bien au-delà des recommandations liées au Pacte de stabilité et de croissance et, surtout, une dette publique toujours considérable, la plus forte de la zone euro après celle de la Grèce.Déjà, au mois de mai, le chancelier autrichien n’avait pas hésité à critiquer la situation italienne en affirmant que l’Italie risquait de menacer la zone euro si l’Union européenne (UE) ne durcissait pas ses règles en matière d’endettement public excessif.

Enfin, compte tenu de son processus de retrait de l’UE, les projections pour 2019 et 2020 du Royaume-Uni ne sont pas représentatives car elles reposent, de nouveau, sur l’hypothèse purement technique d’un maintien du statu quo. Notons toutefois que le Brexit rendra la situation de la Grande-Bretagne a minima moins favorable.

De manière générale, si l’économie européenne tient bon face à une conjoncture mondiale moins favorable et à des incertitudes persistantes, il n’est pas inconcevable d’envisager qu’à court terme, des décisions soient prises afin d’apporter davantage de soutien à l’économie, en parallèle à de nouvelles réformes propices à la croissance menées par les Etats-membres… qui n’ont pas été menées jusqu’à présent.

Pour l’instant, il n’y a pas de mécanismes qui pourraient déclencher une récession.Si la situation actuelle se perpétue, les États devront, malgré le niveau élevé des taux d’endettement publics, utiliser la politique budgétaire pour soutenir l’activité.Pour éviter que cette situation ne conduise à une élévation des taux d’intérêt à long terme, les banques centrales pourraient mener alors des politiques monétaires accommodantes. On voit le piège : l’impossibilité de baisser significativement les taux d’intérêt imposerait, en cas de récession, une nouvelle marche à la hausse pour les taux d’endettement public et la liquidité (base monétaire).

Des causes conjoncturelles sont évoquées par la Commission : guerre commerciale, Brexit, etc. Est-ce qu’elles suffisent à expliquer un taux de croissance très limité au regard des autres pays depuis quelques années dans ces pays ? Quelle est la part d’explications structurelles ? 

La demande intérieure, et en particulier la consommation des ménages, soutenue par le dynamisme du marché du travail, reste un moteur de la croissance économique en Europe. Cependant, les facteurs de risque pesant sur l’activité ne manquent pas et les perspectives restent sujettes à d’importants aléas. 

L’économie américaine est indéniablement fragile en cas de ralentissement de la conjoncture du fait du montant des pensions de retraite non financées, des finances publiques de certains Etats et surtout des bulles spéculatives sur divers actifs qui s’y sont développées. De plus, le risque d’une adoption de mesures protectionnistes à l’échelle mondiale et le ralentissement actuel de la croissance du PIBet des échanges mondiaux pourraient perdurer davantage que prévu, tout particulièrement si la croissance chinoise se révèle décevante. 

Pour l’Europe, les risques sont notamment celui d’un Brexit sans accord et la possibilité que les perturbations temporaires que connaît actuellement la production se pérennisent. Des incertitudes politiques croissantes et la conduite de politiques moins propices à la croissance pourraient également se traduire par une contraction de l’investissement privé.Mais, le plus inquiétant sur le long terme sont les limitations de la politique monétaire de la Banque centrale européenne - pourtant notre outil de politique économique le plus efficace - alors même que les antagonismes sociaux et politiques ne cessent de croître. 

A défaut d’avoir pris à bras le corps ses problèmes structurels et surtout d’avoir capitalisé sur la forte période de croissance en 2015-2018, propice à des réformes d’envergure, l’Europe pourrait être le catalyseur du prochain ralentissement conjoncturel mondial généralisé.

Le communiqué de presse de la Commission évoque un secteur automobile performant en début d'année, effet positif qui est compensé par une activité manufacturière plutôt à la baisse en fin d’année, à cause des incertitudes sur les positions commerciales américaines. Paye-t-on une trop grande dépendance au commerce extérieur ?

Le commerce extérieur européen suscite son lot de débats et de polémiques. Une partie de l’attention se porte toujours sur les questions relatives à la mondialisation, au libre-échange et au protectionnisme.

Or, il faut retenir que l’UE est le plus grand exportateur mondial de produits manufacturés et de services, et notamment le premier pôle touristique mondial. Selon la Commission européenne, 36 millions d’emplois européens, soit environ 1 travailleur sur 7, dépendraient du commerce extérieur. Bien sûr, parmi les États membres de l’UE, l’Allemagne possède de loin la plus grande part du commerce extra-européen. Concernant les exportations de biens, elle est suivie par le Royaume-Uni, l’Italie et la France et par les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la France pour les importations.

Mais, il faut aussi considérer que l’un des principaux axes du commerce extérieur de l’UE est le développement des échanges bilatéraux avec les pays tiers, concrétisés ou non par des accords commerciaux, notamment de libre-échange. Aujourd’hui, l’Union européenne compte notamment occuper la place que la réorientation protectionniste engagée par le président américain Donald Trump laisse vacante, y compris sur le terrain de la régulation du commerce mondial tandis que la concurrence des pays émergents et notamment de la Chine se renforce.

Il est donc certain que le commerce extérieur compte pour beaucoup dans l’économie européenne et qu’en conséquence, parfois, elle en paie un certain prix.

 

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