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Mais pourquoi est-il si difficile de faire admettre l’idée d’un audiovisuel public centré sur ses VRAIES missions d’intérêt général ?
©Reuters

Mauvaise gestion

Mais pourquoi est-il si difficile de faire admettre l’idée d’un audiovisuel public centré sur ses VRAIES missions d’intérêt général ?

Emmanuel Macron a qualifié l'audiovisuel public comme "la honte de la République" mettant ainsi un sacré coup de pied dans une fourmilière longtemps épargnée. Mauvaise gestion, salaires astronomiques, gaspillage... Le chantier pour réformer va être d'une certaine ampleur.

Olivier Babeau

Olivier Babeau

Olivier Babeau est essayiste et professeur à l’université de Bordeaux. Il s'intéresse aux dynamiques concurrentielles liées au numérique. Parmi ses publications:   Le management expliqué par l'art (2013, Ellipses), et La nouvelle ferme des animaux (éd. Les Belles Lettres, 2016), L'horreur politique (éd. Les Belles Lettres, 2017) et Eloge de l'hypocrisie d'Olivier Babeau (éd. du Cerf).

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Atlantico : ​Selon "L'Express", ​Emmanuel Macron ​aurait ​déclaré que l'audiovisuel public est "la honte de la République", devant les députés de la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale. Au delà de la polémique suscitée ici, comment percevoir les attaques régulières à l'égard du gouvernement concernant une volonté de "démanteler l'audiovisuel public" ?

Olivier Babeau : Les paroles du président Macron sont fortes et tranchent avec la grande pusillanimité avec laquelle cette question avait été jusque-là traitée. Il faut dire que les responsables politiques ont traditionnellement peur des médias en général et des médias publics en particulier, c’est pourquoi une sorte de pacte de non-agression prévalait. Apparemment, la hache de guerre est déterrée, et il n’est pas concevable qu’une déclaration telle que celle d’Emmanuel Macron ne soit pas suivi rapidement d’un plan de réforme approfondie.

Il n’y a pas à vrai dire que le gouvernement à formuler de lourdes critiques à l’encontre de l’audiovisuel public. De nombreux études et rapports ainsi que de nombreux commentaires de spécialistes et acteurs de l’audiovisuel s’accordent depuis longtemps pour en stigmatiser les insuffisances et les dérives. L’organisation fait apparaître les défauts typiques des administrations publiques trop peu soumises à des contraintes d’optimisation : personnel pléthorique (par comparaison avec les médias privés), nombreux doublons, relations parfois troubles avec les fournisseurs et gaspillages de ressource en tous genres. Mais ce qui est à mon sens plus ennuyeux encore : une certaine absence de vision cohérente de ce que doit être l’audiovisuel public.

Comment définir ce qui doit et ce qui ne doit pas relever de l'audiovisuel public ? 

Le contexte des médias et de la consommation d’images n’est évidemment plus le même qu’il y a vingt ou même dix ans. Les médias autrefois en nombre limité sont en train de se fondre dans internet, ce qui lève le vieux malthusianisme des fréquences pour multiplier potentiellement à l’infini les éditeurs de contenus. Les images se regardent à présent sur smartphone ou tablette autant que sur téléviseur, et la consommation à la demande gagne sur celle, traditionnelle, « en linéaire ». Dans ce contexte, plus que jamais, l’audiovisuel public doit être une offre fortement différenciée qui vient apporter ce qui manque dans l’offre privée. Le mécontentement grandissant de nombreux Français face à la redevance audiovisuelle s’explique sans doute par le manque de plus en plus criant de spécificité de l’offre publique, réduite trop souvent, malgré des exceptions notables, à n’être qu’une copie de l’offre privée.

Deux missions me paraissent essentielles : l’information, d’abord, qui permet de faire entendre une voix entièrement indépendante des intérêts privés. Ensuite la culture, qui ne trouve pas facilement d’équilibre économique. Pour le dire concrètement, c’est une offre du type de celle de France 5, d’Arte ou de France Culture qui doit devenir l’axe privilégié de l’audiovisuel public. Ce qui implique, cela est utile de le préciser, que l’audience ne peut pas rester un critère central d’évaluation du succès de l’offre publique… Cette nouvelle façon de penser la mission de l’audiovisuel public, il faut aussi le noter, ne ferme pas la porte à l’idée que ce sont avant tout les programmes et non pas nécessairement les chaînes elles-mêmes qui peuvent être subventionnées pour leur qualité. C’est le cas au Québec par exemple. On peut parfaitement avoir des programmes produits par des aides et diffusés sur des chaînes privées.

Sur cette base, quelles seraient les actions à mettre en place pour en arriver à un résultat cohérent avec la mission de service public ? 

D’abord, il faut absolument éviter de prendre le problème par son seul aspect organisationnel et budgétaire. C’est avant tout la raison d’être d’un audiovisuel public qui doit être reposée courageusement, en acceptant que tout un pan de l’offre disparaisse pour que puisse être renforcée la proposition de valeur spécifique du public en matière de contenus. Ensuite viendra la question cruciale de la méthode. Il faut se garder de décisions brutales et comprendre qu’un changement de cette ampleur ne peut pas être décrété. Il faudra beaucoup de patience, de doigté et de dialogue pour faire évoluer ces très lourdes maisons. Avec l’Observatoire de la Transformation Audiovisuelle que j’ai cofondé avec Bernard Chaussegros, nous avons par exemple engagé des réflexions sur les modèles d’évolution et les modalités concrètes de transformation. Chacun est conscient que les choses ne peuvent plus rester en l’état. Mais tous les acteurs doivent être associés et entendus.

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