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Les Lolcats sont des vidéos aussi mignonnes que stupides, réputées pour leur capacité à vous vider le cerveau.
Les Lolcats sont des vidéos aussi mignonnes que stupides, réputées pour leur capacité à vous vider le cerveau.
©Reuters

C'est pas des blagues

Pourquoi l’incroyable succès des “vidéos de chat” sur le web nous rend collectivement intelligents

Selon de récentes études scientifiques, les "lolcats", aussi bêtes puissent-ils paraître, auraient une utilité cruciale : celle de maintenir du lien social.

Les Lolcats sont des vidéos aussi mignonnes que stupides, réputées pour leur capacité de vous vider le cerveau. Ces vidéos virales qui s'échangent sur la toile de boite mail en boite mail, ont la réputation de faire plonger la concentration et la productivité.

Certaines ont été vues plusieurs dizaines de millions de fois, comme la célèbre vidéo du chat au regard dramatique : 

L'utilisation des chats pour attendrir le spectateur n'est pas nouvelle. En 1937, la marque de voitures Chevrolet avait utilisé les mignonnes petites bestioles pour vendre ses cabriolets. Deux matons en plein combat de boxe …


 
 

Ce spot publicitaire est considéré par Melty comme l'ancêtre des vidéos virales de Lolcats.

Mais selon de récentes études scientifiques, les mèmes auraient une utilité cruciale : celle de maintenir du lien social. Une fonction particulièrement importante à l'époque du tout numérique, où les individus ont tendance à rester cloitrés derrière leur ordinateur.

Kate Miltner, chercheuse à la London School of Economics, a expliqué le phénomène dans un mémoire, et lors d’une conférence dédiée aux mèmes – ces références culturelles virales nées sur la toile. Pour cette spécialiste, les LOLCats, et surement les mèmes en général, sont la manifestation de l’émergence d’une véritable intelligence collective, et participent à créer du lien social.

Cette experte a classé les utilisateurs de Lolcats en trois catégories culturelles, chacune se retrouvant autour des mèmes pour des besoins de communication et de cohésion sociale. Bien sûr, on trouve les "Monsieur tout le monde" au bureau, qui échangent les images et les vidéos par mail. Ces personnes transmettent en général les Lolcats à leurs amis, et non pas à des inconnus rencontrés sur internet. Pour eux, c'est un moyen de garder contact avec leurs proches et de partager un fou rire.

Le second groupe, composé principalement de femmes, rassemble les fanatiques endurcis des Lolcats. Des personnes mues avant tout par leur amour des chats. Regroupées sur le site “I Can Haz Cheezburger”, ces femmes rechercheraient selon leurs témoignages un endroit où « se sentir en sécurité et se sentir bien », une communauté de personnes qui « veulent être sympathiques, joyeux, veulent donner du soutien, et des sourires. » Les membres de la communauté se reconnaissent et se lient entre elles par leur usage savant du « LOLSpeak », le langage des LOLCats.

Le troisième groupe est celui des geeks, principalement composé d'hommes. Cette tribu la est obsédée parla sélection, et multiple les tactiques pour définir les limites du groupe. Qui est à l'intérieur, qui est à l'extérieur ? Qui connait les codes et partage les mèmes ? La subculture se réuni sur des sites comme Know Your Meme (Connais ton meme), et prefere produire des videos de chats qui font référence à des mèmes bien plus obscures et méconnus. Plus c'est méconnu, plus c'est sélectif, plus c'est hype. Pour eux, les Lolcats ne sont qu'un instrument pour faire passer de vrais messages de geeks.

The Atlantic compare les lolcats et autre memes à tous les phénomènes culturels fédérateurs qui ont modelé la société :

«Tout comme les films d’invasion extraterrestre du milieu du 20e ou les soap operas de ces dernières décennies, le phénomène culturel des mèmes Internet reflète les anxiétés ou les désirs de la société, et en étudiant ces mèmes on peut mieux comprendre ce qui se passe dans la psyché collective de notre culture.»

Ainsi, la conférence ROFLCon a enfin été l’occasion de faire se rencontrer les acteurs du web qui créent et partagent ces créations collectives, et de rendre hommage à ces anonymes, rarement sous le feu des projecteurs…

 Les mèmes seraient donc un véritable reflet de la société, de ses désirs et de ses angoisses.

Car les mèmes ne sont pas toujours mignons. Parfois, les sujets de fous rires peuvent refléter un humour douteux : sexiste, raciste ...

Par exemple, une vidéos virale tournée au Brésil tourne en dérision une femme manifestement analphabète, incapable de prononcer la lettre « w », et donc de comprendre l’adresse Url du site de YouTube…

 Du côté du sexisme, on peut citer les vidéos “Shit Girls Say”, considérées par certains comme truffées de clichés misogynes. Les vidéos listaient une série de réflexions typiquement féminines vues à travers un regard masculin.

 Mais pour certains, ces vidéos sont au contraire une façon de se moquer des clichés sexistes. Elles ont d’ailleurs entrainé une série de vidéos satiriques reprenant des clichés racistes : « Shit Black Girls Say », « Shit Asian Girls Say » …

Les vidéos “lol” peuvent donc aussi être un moyen de lutter contre les préjugés avec humour. Après le succès démesuré des vidéos « Shit Girls Say », qui détournait les clichés misogynes, la vidéo « Shit White Girls Say to Black Girls » a fait le tour du monde. On peut y voir une jeune femme noire moquer les réflexions stupides que les jeunes blanches peuvent faire, sans réaliser le caractère raciste de ce qu’elles sont en train de dire…

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