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Ligne Philippe ou Ligne Bayrou : chez les sympathisants LREM, l’avantage est à...
©PHILIPPE LOPEZ / AFP

Droit dans ses bottes ou à l’écoute des gilets jaunes ?

Ligne Philippe ou Ligne Bayrou : chez les sympathisants LREM, l’avantage est à...

Le mouvement des Gilets jaunes n'est soutenu que par un tiers des sympathisants de la République en marche, tandis que la majorité s'y oppose. Preuve du malaise de cet électorat face à la contestation sociale.

David Nguyen

David Nguyen

David Nguyen est directeur conseil en communication au Département Opinion et Stratégies d'Entreprise de l'Ifop depuis 2017. Il a été conseiller en cabinet ministériel "discours et prospective" au ministère du Travail (2016-2017) et au ministère de l'Economie (2015-2016). David Nguyen a également occupé la fonction de consultant en communication chez Global Conseil (2012-2015). Il est diplômé de Sciences-Po Paris. 
 
Twitter : David Nguyen
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Atlantico : Dans un contexte politique marqué par l'émergence du mouvement des gilets jaunes, soutenu, ou vu avec sympathie par 34% des électeurs LREM (alors que 57% de ces électeurs s'y opposent, selon un sondage Ifop du 28 novembre) comment évaluer le positionnement de cet électorat entre Edouard Philippe, incarnant l'aspect "droit dans ses bottes" du gouvernement et François Bayrou, incarnant une réponse plus sociale de la majorité ? 

David Nguyen : Il y a un malaise au sein de l’électorat LREM au sujet des Gilets Jaunes. Une majorité d’entre eux est opposée au mouvement parce qu’elle le juge trop extrême, ne se reconnait pas dans les revendications exprimées et tout simplement soutient systématiquement Emmanuel Macron. Cette partie est a priori plus proche de l'approche "droit dans ses bottes" d'Edouard Philippe. Mais, même chez ces soutiens sans faille du président, la gestion du conflit par l’exécutif crée de l’incertitude. Même s'ils peuvent, dans l'absolu, donner la priorité à la transition écologique et soutenir la taxation des carburants, ils ne voient pas l’issue du conflit et donc la perspective d’un retour à la normale. Comment poursuivre l’œuvre transformatrice du pays dans le désordre social ? A cette majorité opposée aux Gilets Jaunes mais gênée par l'attitude de l'exécutif, s'ajoute un tiers de sympathisants LREM qui comprennent ou soutiennent le mouvement. On peut penser ici qu'il s'agit d'une adhésion sur le fond, à savoir un ras-le-bol fiscal et une demande de préservation du pouvoir d'achat des classes moyennes et populaires. Ce tiers pourrait théoriquement être plus proche d'une approche relativement plus "sociale". Est-ce que François Bayrou pourrait pour autant incarner un équilibre plus en phase avec le coeur des attentes de l'électorat LREM qu’Edouard Philippe ? Je n’en suis pas certain. La véritable question pour les sympathisants LREM ce n’est pas le Premier ministre, c’est Emmanuel Macron et ce qu’il va faire. Ils savent bien que si Edouard Philippe est intransigeant, c’est parce que le président l’est. L’enjeu est donc davantage une affaire de mesures concrètes pour revenir à la paix sociale, que de personnes.

Comment a pu évoluer les positions de cet électorat depuis le 1er tour de la présidentielle, toujours sur ce même clivage entre Edouard Philippe et François Bayrou ? 

Je ne pense pas qu'Edouard Philippe et François Bayrou incarnent un clivage autre que générationnel aux yeux des sympathisants LREM. Peut-être peuvent-ils y voir une différence de style, de pratique du pouvoir, mais pas de ligne. Or, sur la ligne, l'électorat LREM a certes progressivement glissé d'une composition majoritairement de centre-gauche vers le centre-droit, mais l'essentiel reste l'application du programme présidentiel, à savoir des réformes destinées à remettre la France dans la course de la mondialisation. Et s'il faut vraiment chercher un clivage Philippe/Bayrou, je pense qu'il joue en faveur du premier aux yeux des marcheurs. Le Premier ministre est perçu comme un chef du gouvernement compétent et loyal, qui applique le programme présidentiel. C'est ce qu'attend en priorité l'électorat LREM : de l'efficacité. François Bayrou stagne lui autour des 50% de bonnes opinions auprès des marcheurs depuis son départ du gouvernement en juin 2017 du fait de ses difficultés judiciaires. Le leader du Modem, s’il est probablement considéré comme un soutien indispensable pour la majorité et une voix qui porte, incarne malgré tout « l’ancien monde » tant rejeté par les LREM, celui de politiques présents dans le paysage depuis toujours, de surcroit confrontés à des affaires. 

Selon un sondage Ifop de ce mois de novembre, Edouard Philippe récolte 94% de bonnes opinions au sein de LREM, François Bayrou affiche un score de 55% auprès du même électroat. Dans quelle mesure, dans un contexte de baisse de la popularité d'Edouard Philippe, François Bayrou pourrait incarner une alternative ? 

Le cote de popularité d'Edouard Philippe ne fait que suivre celle d'Emmanuel Macron. Il connait la même chute auprès des Français depuis l’été 2018, mais également la même résilience auprès des sympathisants LREM (plus de 80% de bonnes opinions). Ce quinquennat ressemble sur ce point à celui de Nicolas Sarkozy : en période d’hyper-présidentialisation, tout se concentre sur l’Elysée, le Premier ministre ne joue plus son rôle de fusible et le changer n’apportera pas grand-chose si la ligne du gouvernement n’évolue pas. Par ailleurs, même si la ligne évoluait à l’occasion d'une éventuelle nomination de François Bayrou, Emmanuel Macron devrait gérer un Premier ministre très politique avec lequel il faudrait composer en permanence. Le leader du Modem a démontré lors des remaniements qu’il n’hésitait pas à défier le président pour défendre les intérêts de son parti. Or, les sympathisants LREM ne veulent surtout pas d’une quelconque forme de fronde au sein de gouvernement. 

Si un changement d’hommes ou de femmes ne semble donc pas fondamental, il pourrait en revanche y avoir une meilleure répartition des rôles pour sortir de la crise, comme cela avait été le cas pendant l’épisode de Notre-Dame-des-Landes. Un président qui appelle à l'apaisement en montrant une possible ouverture et un Premier ministre sur le terrain, qui dialogue sans relâche, qui ne braque pas, qui respecte l’altérité tout en étant ferme avec les plus radicaux et qui annonce peut-être en fin de processus des propositions fortes et concrètes aux Gilets Jaunes...

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