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Libye : victimes collatérales 
et guerre de com'
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Pour une poignée de civils

Libye : victimes collatérales et guerre de com'

Alors que l'Otan assurait ne pas avoir touché de civils au cours de la campagne aérienne en Libye, le New York Times a prouvé cette semaine le contraire dans une contre-enquête. La Russie saute sur l'occasion pour entamer une guerre de communication...

Yves Boyer

Yves Boyer

Yves Boyer est directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

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Atlantico : Une enquête du New York Times a montré cette semaine que des tirs de l’OTAN avaient touché des civils et des bâtiments en Libye. Il y a encore un mois, Anders Fogh Rasmussen, son secrétaire général, assurait pourtant n’avoir aucune preuve de victimes civiles. Naïveté ou volonté de convaincre de la part de l’Alliance ?

Yves Boyer : Nous n’avions pas besoin de cette enquête du New York Times pour savoir que des civils avaient été touchés. Lorsqu’on fait la guerre, surtout dans des zones d’habitation, des logements et des infrastructures non-militaires sont détruits. C’est une vraie fausse révélation. Quand vous attaquez en pleine nuit des forces ennemies plus ou moins imbriquées au cœur des forces amies, vous frappez vos objectifs en essayant de circonscrire les effets des bombardements. Impossible à ce moment-là d’envoyer des équipes pour enquêter sur les dégâts collatéraux. Pourtant, il y a forcément des victimes innocentes.

Le conflit libyen est terminé depuis relativement peu. Encore aujourd’hui, il est difficile d’aller mener de vraies investigations sur place. Ce sont des recherches très particulières dans un pays totalement désorganisé.

De plus, sur ce dossier, l’OTAN a agi en la matière comme un chef de gare en coordonnant les efforts.  La campagne aérienne a surtout été menée par la France qui a assuré un tiers des sorties et la Grande-Bretagne juste derrière. L’OTAN n’était pas sur le terrain et a assuré en réalité un simple exercice de communication.

 

Vitali Tchourkine, l’ambassadeur russe aux Nations unies, a dénoncé la "propagande" de l’Otan et réclamé une enquête. Pourquoi une telle fermeté de Moscou sur ce dossier ?

Ils peuvent toujours réclamer une enquête. Mais qui la fera et comment ? Il faudrait qu’il y ait un vote pour qu’une telle démarche soit mise en œuvre. Les Russes ont tout intérêt à noircir le trait dans la perspective du dossier syrien.  Ce discours doit rendre difficile une éventuelle demande qui émanerait des occidentaux pour une intervention dans ce pays.

Les relations internationales sont un billard à plusieurs bandes dans lequel les communications se répondent les unes les autres.

 

A qui s’adresse cette bataille des communications ?

Même si l’opinion s’y intéresse peu, tout cela relève du politiquement correct. L’Otan avait expliqué d’une façon simple vouloir intervenir au nom du "droit à protéger". Personne ne comprendrait que les populations soient directement touchées par les tirs. Si vous devez protéger, vous ne pouvez pas évoquer des morts civiles. L’Otan est de fait forcée de minimiser les dégâts.

Mais les militaires savent à ce moment-là que lorsqu’ils prennent un immeuble pour cible, la bombe peut dévier de quelques mètres et faire des victimes juste à côté, même s’ils ne souhaitaient pas les tuer. C’est une triste réalité que Clausewitz appelait "brouillard de guerre".

Un certain nombre de frappes ont été annulées au dernier moment par crainte justement de toucher ces innocents. Les Français ont par exemple parfois fait le choix d’utiliser des bombes dans lesquelles l’explosif était remplacé par du béton pour être sûrs de neutraliser des chars ou des véhicules dans des rues sans que les déflagrations ne touchent des civils. C’est un mauvais procès qui est fait à l’Otan.

 

Propos recueillis par Romain Mielcarek

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