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Les tampons hygiéniques sont-ils toxiques ? Personne n’a vraiment la réponse ni ne semble véritablement s’en soucier
©Reuters

Diagnostic impossible

Les tampons hygiéniques sont-ils toxiques ? Personne n’a vraiment la réponse ni ne semble véritablement s’en soucier

Ces protections menstruelles, certes plus discrètes et confortables que les serviettes hygiéniques, contiennent des substances toxiques et peuvent provoquer des infections d'une extrême gravité. Un vrai problème de santé publique.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : Pouvez-vous expliquer ce qu'est le syndrome du choc toxique ?

Stéphane Gayet : Les pertes menstruelles que connaît une femme de la puberté à la ménopause ne sont pas un simple écoulement de sang. C’est toute la couche superficielle de la paroi de l’utérus – la muqueuse – qui est éliminée lors des menstrues. Ce sont donc des cadavres de cellules mêlées de sang et de substances tissulaires qui s’écoulent au travers du col utérin. Cet amas nécrotique (cellules mortes) et hémorragique peut favoriser le développement d’une infection bactérienne sévère à type de syndrome de choc toxique, si certaines conditions sont réunies. La première est la présence parmi la flore vaginale d’une souche de staphylocoque doré productrice d’une toxine appelée toxine du choc toxique. Mais il peut parfois s’agir aussi d’une souche de streptocoque A. D’une façon générale, l’espèce bactérienne staphylocoque doré - comportant de nombreuses souches assez différentes - est souvent présente au niveau de la muqueuse vaginale, mais sans faire parler d’elle. En revanche, la présence d’une telle souche de staphylocoque doré hautement pathogène reste peu fréquente, c’est un portage sain aléatoire et du reste assez peu prévisible. La deuxième condition nécessaire à la survenue d’un choc toxique est l’existence de circonstances locales particulières, de nature à favoriser l’infection. La présence d’un stérilet, une muqueuse vaginale enflammée et a fortiori micro-ulcérée, des pertes abondantes associées à l’utilisation de tampons à haut pouvoir absorbant et à une longue stagnation (tampon laissé longtemps en place) sont autant de facteurs favorisants.

 

Quels sont les signes de ce syndrome ?

C’est une infection sévère qui associe une fièvre élevée, un malaise général avec une fatigue marquée, une chute de tension artérielle, une rougeur cutanée diffuse (rash), des maux de tête, des douleurs musculaires et parfois des troubles digestifs à type de nausées, vomissements et diarrhées. Il faut retirer le tampon et voir un médecin au plus vite. La rougeur cutanée est souvent suivie d’une desquamation de la peau quelques jours plus tard.

 

Comment éviter le syndrome de choc toxique menstruel ?

Pour éviter cette infection grave, il faut d’abord s’interdire toute source d’irritation vaginale pendant les règles (coït, stimulation vaginale mécanique, utilisation de solution moussante agressive…). Il est important d’éviter de contaminer sa cavité vaginale avec une bactérie pathogène ayant pu avoir été récoltée par ses mains : se laver efficacement les mains avant tout contact génital. Il faut de plus s’abstenir d’utiliser un type de tampon doté d’un haut pouvoir absorbant. Il est également nécessaire de remplacer le tampon dès qu’il est bien chargé en tissus nécrotiques et hémorragiques, en pratique au minimum toutes les huit heures. Enfin, pendant la nuit, il est conseillé d’utiliser des serviettes absorbantes plutôt que des tampons vaginaux.

 

Y a-t-il d'autres risques pour la santé à utiliser des tampons ?

Un tampon vaginal menstruel est un corps étranger qui est introduit et maintenu dans une cavité naturelle. Tout corps étranger, quel qu’il soit, dès l’instant où il est laissé en place plusieurs jours dans une cavité ou un conduit naturel, favorise les irritations et le développement d’une infection locale, laquelle pourra s’aggraver, qu’il s’agisse d’une mycose ou d’une infection bactérienne. L’idéal serait ainsi de laisser le flux menstruel s’écouler librement. Mais cela n’est bien sûr pas compatible avec une vie active. Notons que, dans certaines cultures traditionnelles, la femme se trouvant en période menstruelle est considérée comme impure et personne ne doit la toucher. De ce fait, elle reste seule et souvent allongée et elle ne participe pas aux activités habituelles des femmes.

 

Y a-t-il des matières potentiellement dangereuses pour la santé dans les tampons ? Si oui, lesquelles et quelles peuvent être leurs effets ?

Stéphane Gayet : Les premiers cas de syndrome de choc toxique menstruel ont été décrits avec des tampons vaginaux en matière synthétique. Il s’agissait de polyacrylate, utilisé à la place du traditionnel coton hydrophile : ce produit est obtenu par polymérisation d'un ester de l'acide acrylique (ou de l’un de ses dérivés). Les résines polyacryliques - polymères de monomères acryliques - sont largement utilisées pour la fabrication de fibres textiles aux caractéristiques mécaniques élevées. Les fibres synthétiques telles que le polyacrylate sont en général plus irritantes que les fibres végétales naturelles telles que le coton. Elles peuvent favoriser des irritations vaginales et le développement de mycoses.

 

Après le drame survenu chez une femme mannequin de 27 ans vivant aux États-Unis, qui a présenté au début des années 2010 un syndrome de choc toxique menstruel très sévère, ayant nécessité l’amputation d’un membre inférieur, une étudiante française a cherché à connaître la composition exacte des tampons vaginaux d’une grande marque très connue, qu’elle utilise depuis des années. Elle n’a pas obtenu gain de cause, ce qui l’a incitée à lancer une pétition soutenue par 60 millions de consommateurs et à l’origine d’un grand succès.

 

Il est bien admis aujourd’hui que les tampons absorbants en matière synthétique – qui procurent plus de confort que ceux en coton – favorisent les infections, dont le redoutable syndrome de choc toxique menstruel qui reste heureusement rare.

 

Depuis que l’on connaît ce syndrome, des chercheurs se sont penchés sur la composition précise des tampons vaginaux. Des dosages en laboratoire ont retrouvé des traces de polluants tels que des dioxines et des pesticides - dont le glyphosate (pesticide de type herbicide) – qui peuvent se comporter en perturbateurs endocriniens ; les dioxines sont de plus soupçonnées d’avoir un effet cancérigène. Ces mêmes dosages ont également trouvé des traces de résidus chlorés. Il ne faut évidemment pas perdre de vue le fait que ces micropolluants (polluants à l’état de traces) ont des effets très lents qui nécessitent plusieurs années pour produire les effets toxiques qu’on leur attribue.

Pourquoi les tampons sont un produit dont la fabrication est si peu contrôlée et si peu étudiée ?

Ces produits, bien qu’ils soient placés au contact d’une muqueuse, ont jusqu’à présent échappé à beaucoup de réglementations, n’étant pas des produits de santé et n’ayant pas, du moins pendant très longtemps, attiré l’attention des pouvoirs publics sur leur éventuelle dangerosité. Considérés comme des protections absorbantes destinées à recueillir des humeurs corrompues et banales, les tampons vaginaux n’ont intéressé jusqu’à présent que leurs utilisatrices satisfaites et leurs fabricants prospères.

 

De toute évidence, il fallait que surviennent des accidents graves et que soient réalisées des analyses scientifiques en laboratoire pour que l’on commence sérieusement à s’intéresser à ce produit consommable, très largement utilisé de par le monde.

 

Les femmes devraient-elles arrêter d'utiliser les tampons ? Quels autres produits moins dangereux pourraient s'y substituer ?

Aujourd’hui, la femme moderne peut difficilement concevoir de se passer de tampons vaginaux. Mais cette utilisation se doit d’être parcimonieuse : choisir des tampons dont le pouvoir absorbant est exactement celui qui convient et non pas supérieur par souci de confort, les remplacer si possible pendant le sommeil par des serviettes absorbantes non synthétiques, les changer au plus tard toutes les huit heures et s’interdire dans toute la mesure du possible d’en utiliser en dehors des règles, par exemple pour absorber des pertes blanchâtres, parfois malodorantes.

 

À la suite de ces affaires concernant les tampons vaginaux, des progrès sont en cours et à venir les concernant. D’une part, les fabricants devront indiquer de façon bien visible quelle est la composition du support absorbant et de tout ce qui l’enveloppe. Certains produits avérés dangereux seront naturellement interdits. D’autre part, l’offre va se diversifier. C’est ainsi que des tampons vaginaux probiotiques ont déjà vu le jour. Car on a enfin admis que les bactéries n’étaient pas systématiquement nos ennemies et que c’était même tout le contraire. Ces tampons probiotiques - bien sûr plus coûteux que les tampons simples - peuvent ainsi contribuer à reconstituer une flore vaginale physiologique, c’est-à-dire bénéfique et en particulier protectrice. Les bactéries qu’ils contiennent sont des lactobacilles vaginaux, bacilles Gram positifs sans aucun pouvoir pathogène ; ils sont également connus sous le nom de bacilles de Döderlein.

 

Au risque de se répéter, il faut insister sur le fait que les protections vaginales en coton sont moins dangereuses que celles en polymère de synthèse.

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