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Les risques que prend la France en renonçant à protéger vraiment le secret des affaires
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Motus et bouche cousue

Les risques que prend la France en renonçant à protéger vraiment le secret des affaires

En France, les secrets industriels et technologiques peuvent être bien protégés... Mais la plupart des hommes politiques ont baissé les bras et toute une génération de dirigeants économiques ne semble pas convaincue de la menace.

Michel Nesterenko

Michel Nesterenko

Directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

Spécialiste du cyberterrorisme et de la sécurité aérienne. Après une carrière passée dans plusieurs grandes entreprises du transport aérien, il devient consultant et expert dans le domaine des infrastructures et de la sécurité.

 

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Atlantico : Les révélations de l’affaire Snowden nous rappellent que l’espionnage n’est plus de nature purement militaire, mais porte désormais principalement sur le secret économique. Une loi sur la violation du secret des affaires est d’ailleurs en cours de discussion (voir ici). Mais est-il un seul secret technologique ou industriel qui puisse rester protégé aujourd’hui en France ?

Michel Nesterenko : La réponse est certainement oui, mais cela à un coût important pour les entreprises. Tout passe par la sécurisation du réseau informatique. Il faut d'abord que le Conseil d'Administration prenne conscience de l'ampleur des pertes souvent invisibles. Ensuite il faut former le personnel et pas seulement les cadres. Il faut aussi accepter un certain ralentissement du fonctionnement de l'entreprise. Il faut empêcher le service informatique d'étrangler l'entreprise pour ses propres impératifs de logique. Et il faut surtout mettre en place et tester régulièrement tout un système de plans de gestion des risques, qui par ailleurs est aujourd'hui indispensable dans une bonne pratique de la gouvernance. Pour les groupes globalisés cela est complexe et indispensable. Moyennant quoi les pirates et mafias se tourneront vers des entreprises moins bien défendues.

La France et ses voisins européens ont-ils succombé au renoncement quant à la protection des données stratégiques ? Ou au contraire, une prise de conscience et une volonté de réaction est-elle à l’œuvre dans les sphères dirigeantes ? 

Les hommes politiques européens ont, dans la majorité, baissé les bras face à l'espionnage américain, qui, ils le savent tous, a des informations compromettantes sur eux-même et sur leur famille. Il s'agit ni plus ni moins d'avoir succombé au chantage, qui n'a même plus besoin de s'exprimer dans le détail. Les dirigeants économiques sont encore d'une génération du début de l'informatique et donc pas vraiment convaincus de la menace. 

Il est beaucoup question du déclin français sur la scène internationale, tant sur le plan géopolitique qu’économique : à quels risques stratégiques le pays s’expose-t-il s’il ne s’efforce pas de protéger ses secrets technologiques, économiques et stratégiques comme il se doit ? La France pourrait-elle devenir "une puissance de seconde zone", pour reprendre l’expression d’Alain Juillet, président de l’Académie de l’Intelligence économique, dans un récent article (lire ici) ?

La France est de l'avis unanime une pépinière d'idées et d'innovations technologiques et industrielles. Malheureusement les politiques du gouvernement ont favorisé les grands groupes qui ont externalisé notre patrimoine d'Innovation. Les jeunes entrepreneurs inventeurs eux ont été poussés à s'expatrier pour chercher le capital indispensable à l'étranger. La politique du gouvernement a eu un effet plus puissant et plus rapide que les vulnérabilités face à la guerre de l'Intelligence économique gérée de l'étranger.

Voler des informations est une chose, encore faut-il pouvoir et savoir les utiliser... Les brevets et les accords internationaux suffisent-ils à protéger les savoir-faire et les secrets de fabrication ?

Toute information stratégique volée a évidemment une valeur marchande pour celui qui va l'acquérir pour l'utiliser ou la vendre. Les brevets ne sont une protection que pour l'entreprise qui possède les moyens juridiques et financiers colossaux nécessaires, et la volonté, pour faire la chasse aux concurrents déloyaux. 

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