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LR, de Philippe Bas à Guillaume Larrivé : l’affaire Benalla va-t-elle réconcilier les deux droites ?
©JACQUES DEMARTHON / AFP

Les ennemis de mes ennemis...

LR, de Philippe Bas à Guillaume Larrivé : l’affaire Benalla va-t-elle réconcilier les deux droites ?

Le début de l'affaire Benalla a fait opérer un rapprochement entre les oppositions, notamment au sein des Républicains, où le chiraquien Philippe Bas, et le proche de Wauquiez, Guillaume Larrivé, sont montés au créneau.

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019) et Le dictionnaire du progressisme (Seuil 2022). 

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Atlantico : Le début de l'affaire Benalla a fait opérer un rapprochement entre les oppositions. Au sein des Républicains, on a vu deux figures émerger, Philippe Bas, chiraquien incarnant une droite « modérée » ainsi que Guillaume Larrivé (proche de Wauquiez). Peut-on imaginer que l'affaire Benalla soit le fondement d'un rapprochement entre les courants de droite ?

Christophe Boutin :Il n’y a rien de mieux pour fédérer un groupe que de se découvrir un ennemi commun, et nous en avons une nouvelle preuve avec l’impact de l’affaire Benalla, au-delà d’ailleurs des seuls courants de la droite LR : on retrouve en effet, unis derrière les motions de censure déposées, ou en première ligne pour s’exprimer contre le pouvoir d’Emanuel Macron, l’ensembe ou presque des partis autres que LaREM. C’est la limite du projet macronien d’établir un pouvoir durable en fédérant derrière lui un centre très élargi, parti du centre gauche pour absorber ensuite le centre droit, et supposant dès lors que les extrêmes ne pourraient jamais s’unir pour entrainer sa chute. Une tactique qui conduit malgré tout parfois ceux qui veulent un changement à mettre en place d’improbables alliances - à une époque lointaine en Inde, plus récemment en Italie, et actuellement sur les bancs du Parlement français.

Pour ce qui est maintenant du rapprochement des courants qui se partagent Les Républicains, la situation reste complexe. Et d’abord parce que les deux leaders des principaux courants, Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse, sont aux abonnés absents ou presque. Laurent Wauquiez est certes rapidement intervenu au début de l’affaire, dans Le Figaro, pour dénoncer « l'absence de sens de l'État, le dédain des usages républicains les plus élémentaires et un amateurisme inquiétant » ou critiquer la « morgue » et le « mépris » d’Emmanuel Macron. Mais c’est un peu court. Quant à Valérie Pécresse, c’est de son côté le silence radio.

Il est vrai que le choix fait par ces deux politiques de quitter les bancs du Parlement pour diriger une région se paye ici au prix fort : les noms que vous citez à très juste titre comme étant ceux qui ont émergé chez LR lors de l’affaire Benalla sont en effet des noms de parlementaires. Le sénateur Philippe Bas, président de la Commission des lois de cette Chambre, dirige la commission d’enquête sénatoriale créée sur cette affaire. Chiraquien assez typique d’une droite modérée, formé qu’il a été par Jean-Pierre Soisson, Simone Veil ou Jacques Barrot, il bénéficie pour ce faire, en sus de son expérience somme toute récente de sénateur, de son statut d’ancien secrétaire-général de l’Élysée, comme tel parfaitement au courant de la manière dont peut fonctionner le petit monde de la présidence, avec ses passe-droits et ses réseaux. Plus jeune, et actuellement plus proche de Laurent Wauquiez– mais aussi un temps de Jean-Pierre Soisson, dont il fut le suppléant et dont il reprit le siège -, Guillaume Larrivé, commePhilippe Bas énarque et conseiller d’État, s’est fait remarquer par sa virulence et sa technicité à l’Assemblée nationale.

On a ainsi l’impression que l’affaire Benalla est en trainde faire revenir sur la scène des vestiges de ce « monde ancien » qu’Emmanuel Macron se vantait de remplacer par ses parlementaires LaREM issus de la société civile, et dont la compétence ou l’indépendance ne sortent pas grandiesdu déroulement de ces commissions d’enquête. Des vestiges composés d’anciens comme de nouvelles pousses, mais ayant tous respecté le cursus honorum classique de la politique française,et tous soucieux de se venger d’une élection de 2017 qui reste perçue chez eux comme ayant été un brigandage éhonté.

Mais on ne peut déduire de cela, aujourd’hui,que s’opèrerait une refonte des courants LR, et moins encore quand ces personnalités nouvelles ne sont pas,ou pas tous – Larrivé est certes Secrétaire général délégué de LR – placées à des postes importants au sein du parti. Ce qui est sans doute certain c’est qu’il faudra compter à l’avenir sur la mise en lumière médiatique de Guillaume Larrivé due à cette affaire Benalla, et que, tant que dure la commission d’enquête sénatoriale – et visiblement elle s’apprête à durer -, on reparlera de Philippe Bas. Mais rien d’idéologique donc, rien de structurel, au moins pour l’instant, simplement de nouvelles cartes qui apparaissent dans le jeu LR.

Est-ce qu'un rapprochement qui se ferait sur cette base serait suffisamment fort pour permettre de mettre de côté les différences afin de travailler sur une refonte de la pensée politique de droite selon vous ?

Un rapprochement qui se fait lors d’un combat, la réconciliation des frères ennemis pour une victoire, pose aussitôt la question de « l’après ». Que faire une fois l’ennemi abattu ou la bataille terminée ? Que tirer de constructif de l’affaire Benalla quand on est LR ? Quand on y regarde bien, pour ce que vous appelez la « refonte de la pensée politique de droite », pas grand chose. Que la communication de crise ne doit pas être confiée à des incapables ? Qu’on est plus souvent trahi par son camp qu’attaqué de face par ses rivaux ? Que les médias – et donc leurs propriétaires - conservent un redoutable pouvoir de nuisance ? Que les réseaux sociaux constituent une formidable caisse de résonnance ? Tout cela est vrai, mais relève plus de ce que l’on appelle souvent, avec trop de mépris d’ailleurs, caril faut bien qu’existe une cuisine pour servir des mets raffinés, la « politique politicienne », que de la « pensée politique ».

Quoi d’autre ? Une nouvelle morale politique, vêtue de probité et de lin blanc ? L’affaire Benalla a peut-être aussi permis à des politiciens de droite qui se sentaient des affinités avec le système macronien, qui étaient comme on dit largement « macrono-compatibles », de se dire qu’ils avaient peut-être plus à gagner en se posant en force morale indignée qu’en attendant une hypothétique faveur de Jupiter. Un programme ? L’opposition interne à LR entre les principaux courants, conservateurs et centristes, ou sur le plan particulier du rapport à l’Union européenne entre eurosceptiques et eurolâtres, n’a pas été modifiée par les évènements de la place de la Contrescarpe.La naissance d’un chef ? Les barons sont, on l’a dit, en vacances, et les nouvelles figures ne sont pas – ou pas encore – des présidentiables. Bref, on n’en est certainement pas à attendre de cette affaire un impact restructurant sur la droite française de LR.

Que devraient faire les protagonistes pour consolider un éventuel rapprochement et au contraire, que devraient-ils s'abstenir de faire ?

Opérer un rapprochement au sein de la droite passerait d’abord par une tentative pour définir clairement contre quoi les différents courants s’élèvent en s’attaquant ainsi au gouvernement Macron. Est-ce uniquement à la captation du pouvoir par un intriguant plus doué qu’eux et auquel ils ne pardonnent pas son succès, ou est-ce à l’homme politique mondialiste qui dépèce une nation pour en vendre les meilleurs morceaux au plus offrant ? Pour se limiter à l’affaire Benalla, s’agit-il de lutter contre des pratiques de copinage qui portent atteinte à la sacro-sainte transparence et dont on sait qu’elles révulsent nos concitoyen – tant du moins qu’ils n’en sont pas bénéficiaires - ou, plus profondément,de lutter contre un pouvoir qui, de loi sur la protection du secret des entreprises en loi sur les fake news, le tout accompagné de mise en place de structures sécuritaires opaques et de recueil généralisé d’informations, pourrait glisser vers le totalitarisme ?

Mais ces questions ne semblent pas être posées. On est plus dans la joie de politiques de « l’ancien monde » de retrouver les instruments classiques de contre-pouvoir parlementaire dont ils finissaient par craindre que le raz de marée politique de 2017 et, surtout, l’attitude des médias, les avaient rendus inopérants. Commissions d’enquête, motions de censure, interpellations, on est revenu aux grandes époques mythiques où le pouvoir législatif est autre chose que la conjonction de deux chambres d’enregistrement de la volonté présidentielle. Voilà que face aux députés (et sénateurs) « godillots » l’opposition parlementaire sent passer le souffle exaltant de la fronde et se pense en sauveur de la démocratie. Voilà que la chute d’un gouvernement qui se refusait à les écouter lors des débats parlementaires et l’affaiblissement d’un Chef d’État vite méprisant semblent presque à portée de vote. Cela vous a quand même une autre gueule que la participation au méchoui des pompiers de sa circonscription.

Reste que tout cela n’aurait pas été possible sans une chose : le retournement subit du pouvoir médiatique, volontiers jupitérien jusqu’alors, et devenu d’un seul coup le relais de toutes les déclarations de l’opposition. Pour savoir contre qui elle se bat, et pourquoi, la droite gagnerait sans doute à se poser la question de la cause de ce revirement. Simple activisme de journalistes, forcément indépendants, face aux dérives du pouvoir ? Révolte de plumes lassées de servir la soupe ? Attaque dirigée contre un pouvoir qui, parti d’une gauche pour laquelle bat le cœur de nombreux journalistes, aurait trop dérivé vers la droite ? Autre chose ?

Ce sont là autant d’éléments qui, permettant de mieux comprendre contre qui et avec qui elle se bat, pourraient conduire la droite LR à une meilleure compréhension de ce qu’elle doit être et, une fois cette redéfinition opérée, de ressouder autour les courants qui la composent. Sans un tel travail, l’affaire Benalla aura été simplement un chahut comparable à celui que font parfois les parlementaires mécontents en claquant leurs bureaux, permettant comme tout chahut à quelques personnalités plus incisives que d’autres de profiter d’un coup de projecteur.

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