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Les régimes autoritaires s’en sortent-ils mieux pour protéger un pays des crises économiques ?
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Euh...

Les régimes autoritaires s’en sortent-ils mieux pour protéger un pays des crises économiques ?

Pour l'année 2013, l'Europe, région du monde politiquement la plus pluraliste et démocratique, n'a quasiment pas émergé de la crise. A l'inverse, de nombreux Etats aux gouvernement plus ou moins totalitaires continuent d'engranger des points de croissance malgré des fondamentaux économiques parfois fragiles.

Christian Gambotti

Christian Gambotti

Christian Gambotti est conseiller du président de l'Institut Choiseul, think tank dédié aux questions de gouvernance économique mondiale. 

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Atlantico : Un régime autoritaire est-il une arme contre la crise ? Quels sont les outils efficaces que ces gouvernements utilisent ? 

Christian Gambotti : Au mois d’octobre 2013, le FMI a revu à la baisse la croissance mondiale pour 2014. La Chine sera a 7,3% de croissance contre plus de 10% ces dernières années, l’Inde à 3,8 % contre près de 6 % précédemment. Dans l’ensemble, ce sont surtout les économies des pays émergents qui connaîtront une baisse de croissance. L’Europe sera à 1% de croissance en 2014. Le paysage de la croissance sera donc le suivant : des pays émergents en baisse de régime, mais avec une croissance qui reste dynamique ; des pays industrialisés (Etats-Unis, Europe) avec une croissance molle, mais qui restent au centre du jeu économique.et monétaire. Globalement, le pessimisme demeure. Il est donc peu pertinent d’établir un lien entre la croissance d’un pays et la nature de son régime politique. De la même manière, il est faux de croire que les fondements économiques des grands pays industrialisés et démocratiques sont solides et que ceux des pays totalitaires restent fragiles. La réalité est plus complexe. Ce qui est certain, c’est le grand basculement du monde se fait au profit de nouvelles zones géographiques : la  Chine, l’Inde, mais aussi l’Afrique, qui est un continent d’avenir avec une croissance qui, selon les pays, oscille entre 4 et 8 %.. Mais, en aucun cas, un régime autoritaire n’est une arme efficace contre la crise, comme le montrent des pays comme Cuba ou la Corée du Nord. La Chine est un cas à part. Dans un pays autoritaire, le capitalisme d’Etat est plus efficace, ce qui constitue une arme contre la crise. L’Europe, un OPNI (Objet Politique Non Identifié), n’accepte plus le capitalisme d’Etat. Nous vivons dans un monde en transition, dans lequel l’Europe, parce qu’elle est un nain politique, ne peut que difficilement retrouver le chemin de la croissance. D’ailleurs, en France, on attend toujours le retour de la croissance comme on attend la venue du Père Noël.

Les Etats-Unis et le Japon semblent repartir sur le chemin de la croissance. Est-ce un signe du "retour au sommet" des pays démocratiques, ou est-ce une indication que ces deux Etats voient leur économie mieux contrôlée par un Etat plus autoritaire ?

Les Etats-Unis et le Japon, comme l’Angleterre ou l’Allemagne, donnent le sentiment de retrouver le chemin de la croissance. Ce n’est pas lié à la nature démocratique des pays, mais aux choix qui sont faits par les dirigeants. Les Etats-Unis décident de la politique monétaire mondiale. Lorsque la politique monétaire des Etats-Unis est accommodante, les pays émergents en profitent avec un afflux de capitaux. Lorsque la FED durcit sa politique monétaire, la croissance mondiale baisse. Les Etats-Unis ont un marché intérieur suffisant pour amortir les crises économiques. L’indépendance énergétique qu’ils sont en train de retrouver avec le gaz et le pétrole de schiste renforce leur domination sur l’économie mondiale. Ils ont aussi la capacité de faire fonctionner la « planche à billets », ce que s’interdit l’Europe. Disons que les Etats-Unis et le Japon ont une puissance industrielle qui leur permet encore de se maintenir à flot, ce n’est pas le signe d’un retour au sommet des pays démocratiques.

La Chine commence à lancer des réformes visant à s'ouvrir politiquement vers plus de pluralisme. Est-ce le révélateur que, malgré leur succès économique, la position autoritaire est intenable dans un pays en développement ?

La Chine est un cas très particulier, puisqu’elle a réussi à concilier - ce qui a longtemps été impensable -, la structure communiste du pouvoir et le libéralisme libertaire le plus sauvage. Après les événements de la place Tian’anmen, en 1989, la Chine avait le choix de s’ouvrir à la démocratie ou à l’économie. La loi martiale votée alors renforce la dictature communiste, mais l’économie est libérée, ce qui va permettre de sortir 400 millions de Chinois de la pauvreté. Les réformes politiques en Chine ne vont pas vers plus de démocratie, mais vers plus d’économie marchande. Est-ce que la Chine communiste va s’effondrer comme s’est effondrée l’ancienne URSS ? Il est évident que les progrès économiques et sociaux appellent plus de démocratie. Mais le peuple chinois est aujourd’hui avide de consommation. Le patriotisme économique des Chinois permet, pour l’instant, de juguler les aspirations à plus de démocratie.

Cette situation entre des pays autoritaires en relatif succès économique face à des Etats largement démocratiques en crise est-elle le signe que les outils de gouvernance internationale - ONU, Union européenne etc. - ont atteint leur limite ?

Les progrès économiques des pays autoritaires s’expliquent par le grand basculement du monde vers les pays émergents. Les anciens outils de gouvernance mondiale (ONU, FMI...) ont été créés par et pour les pays occidentaux. Les pays émergents contestent à juste titre la suprématie de l’Occident au plan politique comme au plan économique et/ou culturel. Les accords Sud/Sud se multiplient. L’idée d’une gouvernance mondiale reste encore utopique. Ce qui se joue, c’est une guerre économique entre des Etats et des zones géographiques aux intérêts divergents. En revanche, le monde ancien auquel nous nous référons sans cesse, nous les Français, n’existe plus. Les Anglais et les Allemands en ont pris conscience. La France reste à la traîne de ce monde nouveau qui surgit devant nous, parce que notre pays croit encore à l’arrivée d’un homme providentiel et aux promesses de la « pensée magique ».

Propos recueillis par Damien Durand

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