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Le prix du gaz a fortement augmenté ces dernières semaines.
Le prix du gaz a fortement augmenté ces dernières semaines.
©Odd ANDERSEN / AFP

Coup dur pour le portefeuille

Les prix de l’énergie s’envolent à travers l’Europe et voilà pourquoi

Le prix de l'énergie sur les marchés de gros flambent en Europe et en Asie. Grâce à son parc nucléaire, la France est relativement épargnée.

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec est un spécialiste de l’énergie et en particulier du pétrole et professeur à l’Ecole du Pétrole et des Moteurs, où il a dirigé le Centre Economie et Gestion. 

Il a publié plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur des sujets touchant à l’économie et à la géopolitique de l’énergie et en particulier Exploitation et Gestion du Raffinage (français et anglais), Recherche et Production du Pétrole et du Gaz (français et anglais en 2011), l’Energie à Quel Prix ? (2006) et Géopolitique de l’Energie (français 2009, anglais 2011).

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Atlantico : Partout en Europe, les prix de l'énergie flambent, en particulier ceux de l'électricité et du gaz. Comment expliquer cette situation ?

Jean-Pierre Favennec : La hausse des prix du gaz sur les marchés internationaux est impressionnante. Si le prix du gaz aux Etats Unis reste relativement modéré (4 $/MBTU), tout au moins dans le Sud où s’est développée la production de gaz de schistes, le prix du gaz en Europe et en Asie s’est envolé. Alors que ce prix a longtemps été de l’ordre de 6 à 8 $/MBTU (ce qui correspond grossièrement au prix du gaz aux Etats unis additionné des couts de transfert), il est monté ces derniers jours à beaucoup plus de 10 dollars.

Plusieurs phénomènes expliquent cette envolée du prix du gaz :

  • La demande mondiale est repartie à la hausse très rapidement après la chute de 2020, liée à la crise du COVID. Malgré le rebond de la maladie, la croissance économique est forte et demande beaucoup d’énergie

  • En Amérique du Sud par exemple où une bonne partie de l’électricité vient de barrages hydroélectriques, la sécheresse oblige à une production très accrue d’électricité à partir de gaz

  • En Europe les opérateurs cherchent à remplir les stockages de gaz qui ont été vidés du fait de l’importante consommation pendant l’hiver 2020 – 2021, hiver froid où les besoins de chauffage ont été importants

  • La Russie, qui reste la grande source de gaz de l’Europe limite ses exportations pour diriger des quantités croissantes vers l’Asie

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Enfin la volonté, en particulier des Etats Européens de réduire les émissions de CO2 donc de réduire la consommation de combustibles fossiles, dissuade les opérateurs d’investir dans des productions de gaz ou de pétrole qui resteront nécessaires pendant encore plusieurs années (ce qui ne signifie pas que la réduction des émissions de CO2 n’est pas une priorité)

Peut-on penser que la France, grâce au nucléaire, va moins souffrir de cette flambée ?

L’impact pour la France sera sans doute moins important que pour des pays voisins comme l’Allemagne, l’Italie ou le Royaume Uni car la part du gaz dans le mix énergétique est beaucoup plus faible. Près de 80 % de l’électricité en France vient du nucléaire (et une fraction importante vient de l’hydraulique). Le coût de l’électricité ne devrait donc pas être affecté par la hausse actuelle du prix du gaz.

Quels pays vont le plus en subir les conséquences ? Quelle porte de sortie peuvent-ils envisager ?

Ce sont nos voisins européens et les pays asiatiques (Japon, Chine, Inde ..) qui importent des quantités importantes de gaz qui vont le plus souffrir de cette augmentation. Les alternatives au gaz sont limitées. En Asie un recours accru au charbon pour produire davantage d’électricité serait possible mais irait à l’encontre des objectifs de réduction des émissions de CO2

L’augmentation du prix du gaz ne sera pas forcément durable. Des hausses de prix de ce combustible sont fréquences et la volatilité des prix est importante du fait d’une moindre régulation du marché par les grands producteurs et d’une plus grande difficulté à stocker ce produit

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Mais le potentiel d’augmentation de la production est important. De nouveaux producteurs, africains en particulier, devraient faire leur entrée sur le marché. Et la plupart des grands producteurs/exportateurs actuels (Australie, Qatar, Etats Unis .. ) augmenteront prochainement leur production.

La Russie peut jouer un rôle important. Les aspects géopolitiques ne doivent pas être oubliés. Le conflit entre Russie, Allemagne et Etats Unis à propos du gazoduc Nord Stream 2 qui acheminera des quantités importantes de gaz vers l’Allemagne et vers l’Europe mais qui a fait l’objet d’une vive opposition américaine pour des raisons stratégiques pourrait dissuader la Russie d’augmenter ses exportations de gaz vers l’Europe et la pousser à diriger davantage d’exportations vers l’Asie.

Si la réduction des émissions de CO2 doit rester un objectif on se souviendra que la production d’électricité à partir de gaz naturel produit beaucoup moins de CO2 que la production à partir de charbon ou de pétrole. Le gaz reste donc, comme l’Agence Internationale de l’Energie l’indique depuis dix ans un pont vers une énergie décarbonée.

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