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Vladimir Poutine lors d'une conférence de presse dans le centre de Moscou, le 23 décembre 2021.
Vladimir Poutine lors d'une conférence de presse dans le centre de Moscou, le 23 décembre 2021.
©Natalia KOLESNIKOVA / AFP

Atlantico Business

Les Occidentaux cherchent à isoler Poutine pour l’obliger à négocier ou à reculer

Les Occidentaux n’interviendront pas militairement en Ukraine. Quant aux sanctions économiques, elles n’ont jamais été très efficaces. Les Occidentaux vont donc chercher à isoler Vladimir Poutine pour l’obliger à négocier ou à reculer. Les moyens existent.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L’UE recherche désespérément les contrepouvoirs capables d’isoler et de déstabiliser Vladimir Poutine. Ils existent mais il faut les réveiller. Ce qui risque d’être long et risqué. 

Pour beaucoup d’Occidentaux, Vladimir Poutine, en décidant l’invasion militaire de l’Ukraine, a commis l’irréparable. Le problème, c’est que les Occidentaux ne sont pas décidés à répondre militairement à cette agression. Les Américains l’ont dit et répété. Ils tiendront leurs engagements au sein de l’Otan, mais l’Otan a pour vocation de défendre les pays membres de l’alliance en cas d’attaque directe de l‘un deux, ce qui n’est pas le cas actuellement puisque l'Ukraine n’appartient pas à l’Otan. Il n’empêche que cette invasion de l’Ukraine par la Russie au mépris de tous les traités, est non seulement insupportable mais très inquiétante sur l'évolution possible des forces russes dans cette partie de l’Europe. En agissant ainsi, la Russie menace la sécurité de l'Europe toute entière. 

Dans cette situation, les ripostes sont compliquées à organiser parce que les menaces de sanction ont été jusqu’à maintenant assez inefficaces. Les Occidentaux, américains et européens, ont donc décidé de les durcir en excluant la Russie des grands circuits de financement, ou en la privant de certaines exportations stratégiques (armement - ça va de soi, puces électroniques ou technologie). Alors, ces sanctions ne seront pas inutiles. Mais elles demanderont du temps avant de gêner véritablement les Russes. 

Moscou s’est évidemment préparé à ces sanctions en constituant des réserves financières considérables, en sortant en partie de la zone dollar, en stockant de l’or. Quant aux entreprises russes, elles se sont adaptées, d’autant que le Kremlin sait très bien que l’Europe peut difficilement cesser d’acheter du gaz, du pétrole ou même un certain nombre de matières premières.

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Alors, les pays occidentaux ont parlé de prendre des sanctions les plus lourdes possible, sauf qu‘ils n’ont pas les moyens de se priver du gaz, ni de prendre le risque d’écarter la Russie du système Swift, qui gère les règlements bancaires internationaux. Bref, les Occidentaux sont incapables d’assumer ou d’amortir les effets boomerang des sanctions contre l‘économie russe. 

La riposte doit donc passer par d’autres moyens qui visent moins à asphyxier l’économie russe dont, in fine, les peuples feraient les frais, qu’à isoler Poutine dans la mise en place de sa stratégie. Pas facile, mais possible. 

Le premier moyen consiste à toucher l’élite russe et notamment les gens du pouvoir au Kremlin, les oligarques, en les empêchant de fonctionner comme ils fonctionnent depuis 30 ans. L’élite russe s’est enrichie dans le chaos qui a suivi l'écroulement de l'empire soviétique, elle a profité des vagues de privatisation pour amasser d’immenses fortunes et gérer la plupart des grandes entreprises. Si demain, ces oligarques ne peuvent plus voyager à l’international, ne peuvent plus vivre à Londres parce que leurs comptes seront bloqués, et leurs avoirs gelés, sans parler de leurs propriétés qui seront séquestrées partout dans le monde. Et si en plus ces oligarques ne peuvent plus travailler, ces oligarques vont se rebeller contre le pouvoir qui est responsable de cette situation. Et le responsable, c’est évidemment Poutine. Si en plus, à St Pétersbourg ou à Moscou, des manifestions anti Poutine apparaissent et se multiplient en dépit des risques de répression, l’image et le « prestige » de Vladimir Poutine seront hypothéqués. 

Le deuxième moyen, pour l’Occident, serait de gagner la bataille de la communication et ça ne doit pas être très difficile parce Poutine n’attache pas beaucoup d’importance à l’image qu’il porte sur les opinions publiques internationales. Or, cette image est une composante non négligeable des rapports de forces internationaux. Si Poutine s’attaque aux populations civiles, si la narration qu‘il fait de la situation ne correspond pas à la réalité, sa cote dans l’opinion internationale - qui n’est déjà pas bonne - va devenir désastreuse. 

Très vite, les Russes eux-mêmes vont souffrir que leur pays soit mis au banc des nations internationales. Si les grandes manifestations sportives qui doivent s’organiser en Russie sont annulées ou déplacées ailleurs, si les artistes refusent des concerts, les peuples russes vont mal vivre ce bannissement. 

Le troisième moyen sera pour l’Occident de gagner la bataille de la cyber sécurité. Si la Russie envisage de continuer à menacer de déstabilisation des grandes institutions occidentales (entreprises, services publics, etc), la tech américaine paraît disposée à riposter sévèrement pour protéger les actifs et les systèmes occidentaux, mais aussi pour intervenir et neutraliser les systèmes russes. Les Gafam sont mobilisés parce qu’il en va aussi de leur propre sécurité.  Ils en ont largement les moyens. 

Tous ces outils sont moins spectaculaires que de prétendre arrêter les achats de gaz ou les approvisionnements en pétrole, mais ils sont sans doute plus efficaces si on fait le pari qu‘il existe des contre-pouvoirs en Russie capables d’obliger Vladimir Poutine à négocier ou à se retirer. 

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