Les morts à la con de l'Histoire : Henri III, mort sur le pot | Atlantico.fr
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Henri III a été assassiné sur le pot.
Henri III a été assassiné sur le pot.
©Flickr/Gengiskunk

Bonnes feuilles

Les morts à la con de l'Histoire : Henri III, mort sur le pot

Les auteurs Dimitri Casali et Céline Bathias ont déniché dans l'histoire ces grands personnages qui ont raté leur sortie. Extrait de "Les morts à la con de l'Histoire" (2/2).

Dimitri Casali et Céline Bathias

Dimitri Casali et Céline Bathias

Dimitri Casali est historien et auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages historiques. Il collabore régulièrement avec la presse écrite et la télévision. Il a publié notamment l'Altermanuel d'histoire de France : ce que nos enfants n'apprennent plusau collège (Perrin, 2011) ou l'Histoire interdite (J.-C. Lattès, 2012).

Céline Bathias est historienne médiéviste, elle a rédigé plusieurs ouvrages pour la jeunesse et les adultes dont Le journal du Moyen Age, (Milan 2007) ou l'Histoire de France : Racontée par le cinéma (J.-C. Lattès, 2012).

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Beau, intelligent, robuste, habile homme de guerre, Henri III a tout pour plaire. À la mort de son frère, le roi Charles IX, il choisit d’abandonner le royaume de Pologne, préférant gouverner la France.

Troisième fils du roi Henri II et de Catherine de Médicis, Henri est né à Fontainebleau le 19 septembre 1551, peu de temps avant que ne débutent les guerres de religion. Contrairement à ses frères, il est de constitution robuste et promis à une belle longévité. Malgré sa position peu avantageuse dans la succession royale, il est très tôt associé à l’exercice royal. À neuf ans, il siège aux côtés de son frère, le roi Charles IX, aux États généraux. Il l’accompagne quatre ans plus tard dans le grand tour de France organisé par Catherine de Médicis afin de montrer au peuple son nouveau souverain.

L’enfant, en grandissant, semble paré de toutes les qualités. Il est fort, intelligent et excelle dans l’art de la guerre. Sa mère, qui l’adule, voit en lui le modèle idéal du souverain. À seize ans, elle insiste pour qu’il soit nommé lieutenant général du royaume, charge hautement honorifique qui fait du jeune homme le second personnage de France… mais qui lui attire aussi l’inimitié du prince de Condé qui convoitait le titre. Condé, chef du parti protestant, prend alors prétexte de cette nomination pour ouvrir à nouveau les hostilités entre catholiques et protestants.

Dans ce nouveau conflit, le génie militaire d’Henri se révèle au grand jour. Il remporte des batailles importantes, comme celle de Jarnac, le 13 mars 1569, ou celle de Moncontour, le 3 octobre suivant. En 1573, le roi lui confie le commandement de l’armée qui assiège La Rochelle. Les deux frères ne sont alors pas au mieux de leurs relations. La renommée d’Henri fait de l’ombre à Charles IX, roi philosophe à la santé vacillante. Le siège de La Rochelle est un échec, et c’est devant une ville qui résiste qu’Henri apprend qu’il a été élu par l’aristocratie polonaise roi de Pologne.

Le 22 août suivant, une délégation de grands seigneurs polonais vient lui remettre solennellement sa couronne. Pressé par sa mère, qui voit en cette élection le début de la gloire, Henri se résout à quitter la France. Il s’attarde jusqu’au mois de décembre puis finit par se rendre à Cracovie, où il arrive en février 1574. Mais la vie polonaise l’ennuie vite. Aussi, quand il apprend la mort de son frère Charles IX le 14 juin 1574, il souhaite rentrer immédiatement en France. La diète polonaise refuse de voir partir son nouveau roi. Il quitte en catimini la Pologne, où il n’a régné que quatre mois, et prend la route de l’Italie. De là, il gagne la Savoie, puis la frontière française où l’attendent sa mère, son frère François d’Alençon et son cousin Henri de Navarre. Le 13 février 1575, il est sacré roi à Reims sous le nom d’Henri III.

Son règne s’annonce d’emblée difficile. Les guerres de religion font rage et, très vite, le nouveau souverain se heurte à la triple opposition des protestants, des catholiques modérés et des ultracatholiques menés par la famille de Guise. Sa propre famille n’est pas d’un grand secours. À la tête du parti des Malcontents, son frère François d’Alençon milite avec une partie de la haute aristocratie afin d’établir une monarchie moins absolue, où le roi partagerait le pouvoir avec les grands du royaume. En dehors de sa mère, qui reste son soutien le plus inconditionnel, Henri III n’a guère d’allié. C’est à cette époque qu’il s’entoure d’un groupe restreint de jeunes gens de confiance, les « mignons », terme alors sans connotation péjorative utilisé pour désigner les favoris de cour. Il s’agit pour l’essentiel de jeunes hommes de la génération du roi qui l’ont accompagné dans ses premières aventures militaires puis en Pologne. De plus en plus contesté, Henri III, qui craint qu’on attente à sa vie, se sent en sécurité avec eux.

Dans ce contexte troublé, Henri de Navarre parvient alors à s’échapper de la Cour où il est en résidence forcée depuis le massacre de la Saint-Barthélémy. De retour dans ses terres, il abandonne le catholicisme qu’il avait adopté pour sauver sa vie et prend la tête du parti protestant. Il est soutenu par le propre frère du roi, François d’Alençon. La guerre peut reprendre… Cette fois-ci, elle ne tourne pas à l’avantage d’Henri III. Le 6 mai 1576, le roi de France est contraint d’accorder l’édit de Beaulieu, qui consacre la victoire de François d’Alençon et de son allié le roi de Navarre.Les protestants obtiennent de nombreux avantages, ce qui renforce la rancoeur des catholiques et fait naître la Ligue, parti politique et militaire dirigé par les familles de Guise et de Mayenne et financé par l’Espagne. Henri III est désormais cerné de toutes parts.

La mort de François d’Alençon, emporté par la tuberculose le 10 juin 1584, complique davantage encore la situation. Henri III n’ayant pas d’enfant, son frère était l’héritier du trône. Avec sa mort, la place revient au cousin du roi, le protestant Henri de Navarre. Scandale ! Un vent de panique saisit les ligueurs qui refusent qu’un protestant puisse monter sur le trône. Ils donnent le signal de l’insurrection et chassent Henri III de Paris. Le roi prend alors une décision qui va sceller son sort : il se rapproche de Henri de Navarre et ordonne l’assassinat, le 23 décembre 1588, du chef des ligueurs, le duc de Guise. Mauvaise tactique ! L’assassinat de leur leader au château de Blois, où il a été attiré par le roi, bouleverse les ultracatholiques de la Ligue. Reprenant les théories de l’époque sur le tyrannicide, ils réclament la tête du roi afin de venger la mort de leur chef. Ils appellent le souverain le « Vilain Hérodes », jouant sur l’anagramme de son nom, Henri de Valois, et la référence au souverain tyrannique du ier siècle avant J.-C. On raconte même qu’ils orchestrent en plein Paris des séances de magie noire afin de faire mourir le roi…

Le 1er août 1589, Henri III est à Saint-Cloud quand Jacques de Guesle, procureur général du parlement de Paris, demande à être reçu. Il est accompagné d’un moine dominicain, Jacques Clément, qui se dit porteur de nouvelles en provenance du Louvre. Les deux hommes sont introduits Quand l’assss in rôde dans la chambre royale où Henri III les reçoit sans plus de manières installé sur sa chaise percée, une simple robe de chambre jetée sur ses épaules. Le voilà donc, ce roi, devenu l’homme à abattre depuis le mois de décembre dernier ! Il n’a rien d’impressionnant et ressemble presque à n’importe lequel de ses sujets… Est-il bien responsable de tous les malheurs du royaume, lui que le pape a excommunié ? Jacques Clément doute un moment puis, finalement convaincu de la grandeur de sa mission, s’approche du roi et lui remet un paquet de lettres. Le sort en est jeté !

Henri III prend immédiatement connaissance des missives. Il est absorbé dans sa lecture quand le moine le frappe d’un coup de couteau dans le ventre, juste au-dessus du nombril. Poussant un cri de douleur, Henri III saisit l’arme et l’arrache de sa blessure qu’il agrandit considérablement. Il se sert alors du couteau pour frapper son assaillant en s’écriant : « Méchant ! Tu m’as tué ! » La pointe du couteau rebondit sur le crâne de Jacques Clément et Henri III, voulant se défendre, se blesse encore à la main. Ses gardes, le voyant en sang, se ruent sur son agresseur et le frappent de plusieurs coups de hallebarde. Le cadavre est dévêtu afin de vérifier s’il ne s’agit pas là d’un soldat déguisé en moine, comme a pu le laisser croire une petite cicatrice à son oreille. Enfin, le moine est jeté par la fenêtre.

Pendant ce temps, médecins et chirurgiens royaux ont accouru. On retire le roi de sa chaise percée et on le porte jusqu’à son lit. Henri III perd beaucoup de sang, mais, malgré des apparences peu engageantes, les médecins décrètent que le roi ne mourra pas de cet attentat. Le roi reprend espoir et assure même à Henri de Navarre, qu’il a fait chercher, qu’il remontera bientôt à cheval. Le soir même, la fièvre se déclare. Henri III, en proie au délire,apostrophe son cousin, toujours à son chevet et prophétise : « Voyez mon frère comme vos ennemis et les miens m’ont traité. Il faut que vous preniez garde qu’ils ne vous en fassent pas autant. » Puis il engage les gentilshommes présents à reconnaître Henri de Navarre comme son successeur : « Je vous en prie comme mes amis et vous ordonne comme roi, que vous reconnaissiez après ma mort mon frère que voilà, que vous ayez la même affection et fidélité pour lui que vous avez toujours eue pour moi et que pour ma satisfaction et votre propre devoir, vous lui prêtiez serment en ma présence. » Mourant, il ne peut rien ajouter. La nuit, ses souffrances augmentent. Vers minuit, il réclame qu’on le remonte sur son oreiller, avant de défaillir et de perdre définitivement connaissance. On lui administre alors l’extrême-onction. Il s’éteint deux heures plus tard, le 2 août 1589.

Ainsi disparaît Henri III, le dernier des Valois qui régnaient sur la France depuis la guerre de Cent ans – loin de la mêlée des combats qu’il a tant aimés, et sur une chaise percée !

Comment en vient-on à tuer un roi ? La question est posée dès l’Antiquité par Aristote ou encore Cicéron, puis plus tard par des penseurs chrétiens, comme saint Augustin, Jean de Salisbury ou saint Thomas d’Aquin. Peut-on tuer un roi s’il agit en tyran ? Peut-on tuer un roi s’il n’agit pas conformément aux plans divins ? Dans le contexte fanatisé des guerres de religion, de nombreux traités, libelles ou pamphlets débattent de la légitimité du tyrannicide. Et, rapidement, le oui s’impose. D’autant que l’impossibilité d’assurer la concorde du royaume pousse la royauté à promouvoir une forme de violence politique qui débute par le Quand l’ass ass in rôde massacre de la Saint-Barthélémy, le 24 août 1572. Henri III lui-même s’y laissera prendre en commandant le meurtre du duc de Guise en décembre 1584. Incapable de faire la paix, il perd alors de sa majesté et devient le tyran qu’il faut abattre. Ce sera chose faite…

Extrait de "Les morts à la con de l'histoire" (Express Roularta Editions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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