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Y a-t-il un risque de bulle boursière ?
Y a-t-il un risque de bulle boursière ?
©Flickr

Et paf !

Les liquidités de la FED ont-elles créé une nouvelle bulle boursière ?

L'évolution rapide du prix des actions malgré de mauvais indicateurs économiques inquiètent de nombreux investisseurs américains qui voient des points communs entre la situation boursière actuelle et celle de 2007. Un fait qui amène à s'interroger sur la politique dite de "la planche à billets" de la Federal Reserve qui alimente les marchés financiers.

Jean-Michel Rocchi

Jean-Michel Rocchi

Jean-Michel Rocchi est professeur affilié de Finance à l’université Paris-Dauphine.

Il est auteur ou co-auteur de plus d’une dizaine d’ouvrages dédié à la finance. Il est notamment l'auteur de Les paradis fiscaux (Sefi, mai 2011) et de plsuieurs ouvrages sur les hedge funds.

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Atlantico : Le ratio valeur des actions/PIB, aussi baptisé par certains analystes "l'indicateur Warren Buffet" inquiète pas mal de monde outre-Atlantique, d'aucuns assurant que ce niveau est arrivé à l'équivalent de la situation pré-crise de 2007 et de 2000. Faut-il craindre de voir l'histoire se répéter en 2014 ?

Jean Michel Rocchi :Les actions américaines ont effectivement atteint des niveaux historiquement élevés, c'est vrai, si l'on se réfère à plusieurs indicateurs très suivis : l'indicateur dit Warren Buffett, et le PEG . Dès lors, on ne peut pas écarter un retournement de marché en 2014, même si ce n'est pas le scénario le plus probable pour l'année en cours.

Le PER de long terme sur le S&P 500 montrent que les prix se rapprochent des niveaux élevés mais restent très en-dessous des années 2000 : les actions américaines se paient 15 fois les bénéfices, le marché sera cher à partir de 17 fois.

Néanmoins, il faut nuancer un ce propos car un indicateur ne plaide clairement pas en faveur d'une sur-évaluation du marché action américain : c'est le critère de la prime de risque sur le marché action (écart de rendement demandé avec rapport au marché obligataire)  ou Equity Risk Premium - ERP des américains. Le graphe ci-dessous de Bank Of America Merrill Lynch montre clairement que niveau de l'ERP est encore élevé même si elle est en baisse et que nous sommes encore loin de la prime quasi-nulle voire négative entre 1997 et 2000 au moment de la bulle internet. 

Cette performance à la hausse peut-elle être lié à la politique de la planche à billet insufflée par Ben Bernanke et visiblement perpétrée par Janet Yellen ? Autrement dit, la FED joue t-elle avec le feu ?

C'est à la faveur des taux d'intérêt bas et de l'argent abondant que les Etats-Unis ont renoué avec la croissance, ce n'est pas le cas de l'Europe et encore moins de la France qui est à la traine.

Est-on passé d'une bulle monétaire à une bulle sur le marché action américain ? C'est difficile à démontrer, le propos est probablement excessif la hausse du marché américain en 2013 a été significative mais pas excessive pour que l'on puisse parler à nouveau "d'exubérance irrationnelle" comme en 2000. LPL Financial et Ibbotson Associates ont un indicateur très suivi qui mesure les années "normales" et "anormales" et soulignent que les Krachs se produisent après des années anormales. 2013 ayant été une année normale il n'y aurait pas de risque de krash en 2014 (si l'on en croît leurs arguments et le graphe ci-dessous) : 

La limite de la démonstration, c'est que nous savons tous que les performances passées ne présagent pas des performances futures.

Je suis par-contre très inquiet des niveaux de prix des valeurs américaines de l'internet et un Krach sur le Nasdaq n'est donc pas à exclure certaines valorisations y sont totalement déraisonnables. Twitter en est le meilleur exemple. Dans le secteur de l'internet certaines sociétés ont des multiples supérieurs à ceux constatés en 2000 !

Les gains des entreprises se portent bien en 2014, ce qui expliquerait cette hausse des actions. Cette hausse soudaine n'est-elle pas finalement liée aux bons résultats du marché américain ?

Parler des bons résultats revient à parler de la hausse du bénéfice net par action - BNPA (le earnings per share ou EPS des anglo-saxons) et effectivement les perspectives sont bonnes.  

Pour se faire une idée sur le prix des actions, on doit se référer non pas au price to earnings ratio ou PER qui présente l'inconvénient d'être un indicateur statique au profit du price to earnings growth ou PEG (PER divisé par le taux de croissance anticipé du BNPA).

Selon le critère du PEG, seules les actions japonaises (PEG < 1) sont sous-évaluées, les actions américaines sont quant à elles nettement sur-évaluées. A cet égard, les actions japonaises en Asie ou allemandes en Europe apparaissent beaucoup plus attractives pour 2014.


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