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57% des personnes se disant de gauche pensent que les idées de gauche peuvent aujourd’hui s’appliquer surtout sur les réformes de société.
57% des personnes se disant de gauche pensent que les idées de gauche peuvent aujourd’hui s’appliquer surtout sur les réformes de société.
©Reuters

Cogito ergo sum de gauche

Les intéressantes leçons de ce que pensent les militants de gauche sur ce que c’est qu’être de gauche

L’Ifop a réalisé une enquête exclusive pour l’Humanité : "être de gauche aujourd’hui" auprès de personnes se positionnant à gauche sur un axe gauche-droite. Les résultats sont riches d'enseignements sur la façon dont les sympathisants perçoivent la capacité de la gauche à mener une politique économiques différente de la droite.

Frédéric Dabi

Frédéric Dabi

Frédéric Dabi est directeur général adjoint de l'Ifop et directeur du pôle Opinion et Stratégies d’entreprise.

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Atlantico : D'après le sondage Ifop pour L'Humanité (voir ici), 57% des personnes se disant de gauche pensent que les idées de gauche peuvent aujourd’hui s’appliquer surtout sur les réformes de société, et plus vraiment au travers du prisme de l'économie. Etre de gauche en France en 2014, cela n'aurait plus rien à voir avec la doctrine économique ?

Frédéric Dabi : Je ne le dirais pas de manière aussi directe, mais il est vrai que c'est un des signes de la perte de repères relative au peuple de gauche qui est intimement liée à l'exercice du pouvoir par un parti de gauche, en l'occurrence le Parti socialiste. On voit bien que contrairement à ce que l'on a pu dire sur l'affadissement du clivage gauche-droite à force d'alternances, pour les Français qui se disent de gauche, la gauche et la droite existent objectivement en termes de différences. Au-delà du déclaratif, lorsqu'on leur demande de réagir à certains mots, on observe de vraies différences entre prisme de gauche et prisme de droite : sur les migrations, le vote des étrangers au niveau local, le mariage homosexuel, la bonne volonté des chômeurspour retrouver un emploi, etc.

Ceci dit, comme vous le faites remarquer, il existe sans doute un peuple de gauche qui est blessé par l'exercice du pouvoir, par l'impopularité historique de François Hollande, par la cassure inédite avec la base. Si 57 % des sondés se disent fiers d'être de gauche, et si le même pourcentage laissent entendre que pour eux les idées de gauche marchent moins pour l'économie que pour les questions sociétales, c'est à cause de la confrontation d'un pouvoir de gauche au réel, et le sentiment à 58 % que la politique de François Hollande est très semblable à celle de Nicolas Sarkozy.

Pourtant, seulement 26% des personnes de gauche estiment que la politique conduite par François Hollande et Manuel Valls constitue une politique de gauche. Faut-il y voir une contradiction avec les 57 % qui considèrent que la gauche ne se définit plus vraiment au travers des questions économiques ?

Dans l'enquête il est demandé aux sondés si oui ou non ils considèrent que "les idées de gauche peuvent aujourd’hui s’appliquer surtout sur les réformes de société, plus vraiment sur les questions économiques". Il est vrai qu'il est frappant de constater que 74 % des personnes sondées estiment que la politique menée par François Hollande et Manuel Valls n'est pas de gauche, et même au sein du PS pris à part, cette tendance est très forte. Pour 71 % de ces gens de gauche interrogés, une politique de gauche répondant à leurs attentes est possible. Ils ne sont donc pas résignés à agir uniquement sur les questions sociétales.

Selon que l'on est sympathisant du Front de Gauche, des Verts ou du Parti socialiste, que signifie "être de gauche" ? A quel point l'échelle des valeurs varie-t-elle selon les appartenances ?

C'est l'une des grandes surprises de ce sondage. On a tendance à mettre dans le même sac le PS et les écologistes, en dépit des tensions qui les opposent en ce moment, et de mettre à part  le Front de gauche, qui est dans la critique virulente du pouvoir. Eh bien étonnamment, sur le plan des valeurs on observe une très grande proximité de points de vue entre sympathisants PS et sympathisants Front de gauche, et au contraire des points de vue moins affermis en termes de fierté et de différenciation gauche-droite chez EELV. Le clivage est donc renversé entre ce que l'on voit dans le champ politique et le point de vue des sympathisants.

Un ouvrier et un CSP+ se disant tous deux sympathisants de gauche partageront-ils la même conception ? Quelle est l'influence de la classe sociale sur le sens donné au fait d'être de gauche ?

Le fait de se dire "fier d'être gauche" est beaucoup moins fort chez les CSP- que chez les CSP+. Ces derniers affirment bien plus nettement, à raison de 67 %, que des différences existent entre la gauche et la droite, contre 56 % chez les ouvriers. Il est frappant de constater que c'est auprès des catégories populaires, qui ont déserté la gauche au plan électoral, que l'on observe les jugements les plus sévères sur la capacité à appliquer des idées de gauche, et le très fort sentiment que François Hollande a "trahi" sa base en ne menant pas une politique de gauche (Seuls 18% des ouvriers considèrent que cette politique est de gauche).

Relève-t-on aussi des différences entre les sexes ? En moyenne, femmes et hommes donnent-ils le même sens au fait d'être de gauche ?

La fierté d'être de gauche est plus ferme chez les hommes que chez les femmes : 66% contre 50 %, soit 16 points d'écart. De même, les hommes sont plus enclins que les femmes (7 points de différence) à considérer que des différences entre la gauche et la droite continuent d'exister. En revanche, sur le jugement que les deux sexes portent sur la nature de la politique menée par le gouvernement, on n'observe pas la moindre différence.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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