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Simone Veil est devenue, après sa nomination en tant que ministre, la plus emblématique des femmes ministres.
Simone Veil est devenue, après sa nomination en tant que ministre, la plus emblématique des femmes ministres.
©Reuters

Girl Power

Les femmes politiques doivent-elles vraiment tout à Simone Veil ?

Avec l'arrivée d'une ministre de la Santé au sein du gouvernement Giscard en 1974, les Français ont le sentiment que le paysage politique se féminise pour la première fois. Charles Giol démontre pourtant que la féminisation du pouvoir exécutif remonte à bien plus loin. Extraits de "150 idées reçues sur les grands personnages de l'histoire" (2/2).

Charles Giol

Charles Giol

Charles Giol est normalien agrégé d'histoire, chroniqueur spécialisé pour la revue Historia

Il a collaboré, avec la rédaction de cette revue, à l'écriture du livre "150 idées reçues sur les grands personnages de l'histoire", First éditions.

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Le combat mené en faveur de la légalisation de l’avortement par Simone Veil, ministre de la Santé de Valéry Giscard d’Estaing, en 1974, est resté dans toutes les mémoires. Cet épisode décisif de l’histoire des Françaises a fait d’elle la plus emblématique des femmes ministres, au point qu’on la considère souvent comme la première femme à être entrée dans un gouvernement. Simple effet d’optique, car ce n’est en réalité pas à Giscard d’Estaing mais à Léon Blum que revient le mérite d’avoir pour la première fois féminisé l’exécutif français.

Après la victoire du Front populaire, au printemps 1936, le leader de la SFIO tient à bouleverser les mœurs politiques en faisant entrer dans son gouvernement la scientifique Irène Joliot-Curie, proche du PCF, la socialiste Suzanne Lacore et la radicale Cécile Brunschvicg, qui deviennent sous-secrétaires d’État. Des nominations qui sont bien accueillies par l’ensemble de la presse et de l’opinion, alors même que la question du vote féminin continue de soulever d’irréductibles oppositions. Mais, à vrai dire, elles n’ont qu’un rôle symbolique. Leur voix n’est même pas prise en compte au conseil des ministres. Au sein même de leur ministère, elles se découvrent très dépendantes de leur ministre de tutelle. Plusieurs semaines après son entrée au gouvernement, Irène Joliot-Curie, chargée de la recherche scientifique, doit insister auprès du ministre de l’Éducation nationale Jean Zay pour obtenir une dactylo… Au même moment, des femmes s’immiscent dans les conseils municipaux.

L’éligibilité de certaines femmes reconnues pour leurs talents semble plus acceptable que le vote de l’ensemble de la population féminine. Il faut attendre la Libération pour qu’une femme devienne ministre de plein exercice, en la personne de Germaine Poinso-Chapuis, ministre de la Santé publique et de la Population dans le premier gouvernement de Robert Schuman, de novembre 1947 à juillet 1948. Cette avocate, ancienne résistante et députée MRP, doit faire face aux problèmes de ravitaillement et aux nombreuses épidémies qui frappent une population affaiblie par les privations de la guerre. Elle laisse son nom à un décret de mai 1948 autorisant l’État à subventionner des associations pour l’éducation des enfants de familles démunies. L’instabilité gouvernementale de la IVe République aura assez vite raison de sa carrière ministérielle. Germaine Poinso-Chapuis sera ensuite élue vice-présidente de l’Assemblée nationale.

Après cette éphémère expérience, on ne comptera sous la IVe République et la Ve République gaullienne qu’une poignée de femmes sous-secrétaires d’État, affectées à des domaines considérés comme typiquement « féminins » : la santé et l’éducation. En mai 1974, en faisant nommer trois femmes dans le gouvernement Chirac, dont l’une est ministre chargée d’une réforme capitale, Valéry Giscard d’Estaing établit sans peine un record historique.

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Extrait de "150 idées reçues sur les grands personnages de l'histoire", First éditions (19 avril 2012)

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