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En 2014, le salaire des non-cadres s'établit à 1 541 euros bruts en moyenne.
En 2014, le salaire des non-cadres s'établit à 1 541 euros bruts en moyenne.
©Reuters

Système D.

Les défis de la vie avec les 1541 euros bruts mensuels moyens des non-cadres en France

Le revenu moyen des 18,8 millions d'employés non-cadres français est supérieur de 6,6% au salaire minimum, selon un baromètre publié par Randstad. Ainsi en 2014, le salaire mensuel des non-cadres (82% de la population, soit 18,8 millions d'employés) s'établit à 1 541 euros bruts en moyenne.

Maryse Bresson

Maryse Bresson

Maryse Bresson est enseignant-chercheur en sociologie à l'UFR des sciences sociales et au laboratoire Printemps, UVSQ. Elle est notamment l'auteur de la Sociologie de la précarité, aux Editions Armand Colin. 

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Atlantico : Comment vit-on concrètement avec un tel niveau de salaire ? Quelle proportion du salaire est consacrée au logement ? A l'imposition ? A l'alimentaire ?

Maryse Bresson : Ces chiffres disent des choses. Ce qu’ils rappellent, d’abord, c’est qu’une part très importante des salariés en France ne sont pas des cadres (82 % selon cette étude) ; et que leurs salaires ne sont pas beaucoup plus élevés que le salaire minimum (seulement 6,6% en plus). Par ailleurs, sur la base d’une comparaison dans le temps, le pouvoir d’achat reste en progression mais vraiment très faible. Ce qui fait que cette étude véhicule une idée très importante, mais qui serait à vérifier et analyser plus finement : en fait, elle suggère que la grande masse des Français a cessé de se rapprocher progressivement du mode de vie des cadres mais qu’il y a une coupure entre les cadres et une vaste classe populaire, vivant grâce à un salaire très près du salaire minimum – sachant que le SMIC est encore souvent présenté comme permettant à peine de vivre décemment dans notre société.

Pour savoir "comment on vit" avec un niveau de salaire donné, il faut prendre également en compte à la fois, les autres revenus que le salaire ; et bien sûr, le niveau de dépenses incompressible pour vivre "bien". Or, ces deux données varient notamment selon la composition du ménage, et la situation des autres membres du ménage. Un salaire de 1541 euros ne veut pas dire la même chose pour une personne célibataire, jeune ou âgée, chargée ou non de famille et avec d’autres personnes à charge (enfants ou adultes, qui ont ou non des revenus et ouvrent droit ou non à des prestations).

Du côté des dépenses, il faut aussi voir ce qui est prélevé pour le logement notamment, donc savoir la situation patrimoniale - si le salarié a hérité de la maison de ses parents, ou s’il a un loyer à payer, de combien… C’est tout cela qui explique ce qu’est la vie concrète avec un niveau de salaire donné. Le Français moyen n’existe pas, chacun est dans une situation différente...

D’autres chiffres de l’INSEE peuvent aider à préciser un peu ce que représentent 1 541 euros à dépenser par mois. L’alimentation et le logement sont les dépenses budgétaires de base, les deux postes réunis représentent plus de 40% du budget des ménages des deux premiers quartiles (c’est-à-dire, les 50 % les moins riches). Donc, avec des prix du logement notamment qui ne cessent d’augmenter, les Français doivent faire des choix et réduire certaines dépenses.

Pour les catégories les moins aisées, ce qui est sacrifié c’est notamment les loisirs mais aussi la santé. Selon l’enquête budget des familles de l’INSEE, les voyages et excursions sont presque exclusivement le fait des ménages les plus aisés ; l’équipement audiovisuel, photographique et informatique sont aussi très différents selon les catégories de revenus.

Enfin, les dépenses de santé sont les plus inégalement réparties : les ménages les plus riches dépensent pratiquement six fois plus pour leur santé que les ménages les plus pauvres, plus de la moitié de l’écart étant dû à l’achat de lunettes et de prothèses : ce sont des biens non vitaux pour lesquels les ménages les plus aisés peuvent plus tenir compte de l’esthétique (formes des lunettes, dents en céramique...).

Concrètement, en termes de niveau de vie et de qualité de vie, c’est donc cela que représente la progression faible des salaires, pour les ménages qui sont près du "salaire minimum".

L'appartenance géographique est déterminante pour le coût de la vie. Comment impacte-t-elle ces employés non cadres ?

Les salaires ne sont pas égaux selon les appartenances géographiques, le baromètre Randstad d’ailleurs publie aussi un "palmarès des régions les plus rémunératrices" (Rhône Alpes, Haute Normandie, PACA, Auvergne…). 

Cela dit évidemment, les loyers varient aussi selon les régions. Par exemple, sur son site internet, la région Auvergne affiche que le revenu disponible moyen des ménages après paiement des loyers est de 15 670 € en Auvergne contre 15 520 € en Île-de-France, soit 150 € mensuel en plus en Auvergne (Revenu disponible après loyer = niveau de vie Insee/2009 – prix moyen des loyers pour un appartement de 50m2).

Cela dit, le problème d’attractivité pour cette région passe aussi par sa capacité à offrir des emplois, et des salaires, si possible pour les deux conjoints…

Quel est le profil social type de l'employé non cadre ? Est-il marié ? Avec Enfants ? Ou pas ? Dans quelle proportion cela pèse-t-il sur son portefeuille financier ? Entre logement, famille, impôts, etc. Les employés non cadres disposent-ils de suffisamment de marges de manœuvre au niveau de leur portefeuille de revenus pour boucler les loisirs, les vacances ?

Le cadre est une catégorie française, qui a une réalité dans le monde du travail puisque les salaires sont plus élevés, le "cadre" dispose aussi d’un certain nombre d’avantages financiers et statutaires (retraite des cadres, conventions collectives…). En revanche, je ne sais pas s’il existe des études qui définissent un "profil social type" de "l’employé non cadre".

En réalité, pour toutes ces questions, l’INSEE utilise plutôt comme catégories statistiques les professions et catégories socio-professionnelles (PCS). De ce point de vue, la catégorie recouvre plutôt les ouvriers et les employés - donc les "classes populaires", au sens du sociologue Olivier Schwartz, en excluant les "professions et catégories intermédiaires" (cadres moyens), et les "cadres et professions intellectuelles supérieures" (cadres supérieurs). Il serait intéressant justement de voir comment ces catégories se recoupent, ou non.

Le baromètre Randstad est basé sur des montants de salaires attribués à des individus. Dès que l’on raisonne en termes de ménages, de revenus, on retrouve d’autres données que j’ai déjà mentionnées sur les postes budgétaires.Pour les loisirs, j’ajouterai que pendant l’année 2013, on a observé une baisse record du nombre de Français qui partent en vacances ; deux millions et demi de Français ont renoncé à s'offrir des vacances ou des courts séjours payants cette année et seuls 41% des Français sont partis, ce qui constitue une baisse de 4 points sur un an et le taux le plus bas depuis 15 ans, selon de chiffres cités par le cabinet Protourisme.

Les salariés non-cadres ont vu leur rémunération (hors primes et congés payés) augmenter de 1,25% sur un an. Mais, en matière de pouvoir d'achat, la hausse enregistrée en 2014 ne leur octroie qu'un gain de 0,65% en tenant compte de l'inflation (0,6%). Français des villes ou Français des champs, quel est le niveau de salaire médian à partir duquel il est permis de boucler les fins de mois et de s'offrir des loisirs ?

En 2011, la DARES, service statistique du ministère du travail, évaluait le salaire moyen d’un salarié à temps plein (public et privé confondus) à 2 128 euros nets. En fonction du statut : le salaire net moyen était plus bas pour les employés (1 649 euros) et pour les ouvriers (1 680 euros), et bien sûr, plus élevé pour les professions intermédiaires (2 309 euros) et les cadres (4 302 euros).

Par ailleurs le salaire médian (qui partage en deux groupes l’ensemble des salariés, 50% en dessous et 50% au-dessus) était de 1 712 euros. L’écart avec le salaire moyen (2 128 euros) est aussi révélateur des inégalités puisque ce sont les hauts salaires qui font monter la moyenne.

Mais comme on l’a vu, s’en tenir aux seuls salaires, moyen ou médian, ne suffit pas. Les bas salaires bénéficient d’allocations sociales et ne paient pas ou peu d’impôts. A l’inverse, un gros salaire peut presque être divisé par deux après impôts. L’Insee privilégie donc la notion de Revenu brut disponible (RDB), qui est défini comme tous les revenus + prestations sociales – (impôts+cotisations).  On parle alors de niveau de vie, et non plus de salaire, avec un chiffre à retenir : le niveau de vie médian d’une personne seule s’établit à 1.458 euros. Un chiffre qui varie évidemment en fonction de la taille du foyer... Et qui permet ou non de boucler les fins de mois et de s’offrir des loisirs, selon la situation des autres membres du foyer, la situation patrimoniale, l’endroit où l’on vit etc.

Propos recueillis parFranck Michel / sur Twitter

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