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Les coûts de la recherche scientifique moderne en voie de dépassement de nos moyens
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Trop chère pour toi

Les coûts de la recherche scientifique moderne en voie de dépassement de nos moyens

Les instituts scientifiques se plaignent souvent de manquer de financement, particulièrement en cette période de crise. Mais on peut se demander, en prenant le problème à l'inverse, si les différents travaux de recherche ne sont pas devenus trop coûteux avec le développement d'outils toujours plus complexes...

Pierre Papon

Pierre Papon

Pierre Papon est ingénieur, Professeur émérite à l’ESPCI et membre du conseil scientifique de la Fondation Res Publica. Son blog www.pierrepapon.fr traite de questions d'énergie.

Il a récemment publié "Brefs recit du futur : prospectives 2050 sciences et sociétés" aux éditions Albin Michel.

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Atlantico : Les différents instituts scientifiques des pays développés se plaignent souvent de manquer de financement, particulièrement en cette période de crise. Ne peut-on pas se demander, en prenant le problème à l'inverse, si les différents travaux de recherche sont simplement devenus de plus en plus coûteux avec le développement d'outils toujours plus complexes ?

Pierre Papon : Il est vrai que dans cette période de disette budgétaire les chercheurs se plaignent des difficultés de financement de leurs laboratoires. La recherche publique et industrielle doit faire appel à une instrumentation de plus en plus complexe : les microscopes actuels travaillent à l’échelle atomique, on peut manipuler des photons individuels, des gènes, etc. Qui plus l’informatique permet de traiter un nombre considérable de données dans tous les domaines, y compris les sciences sociales ; la découverte du boson de Higgs au CERN à Genève, en 2012, aurait été impossible sans une informatique puissante en réseau. Le progrès scientifique et technique a inévitablement un coût mais n’oublions pas non plus que le Web est sorti des laboratoires du CERN…

Cette tendance à la hausse des coûts est-elle similaire dans tous les secteurs de recherche ?

Cette tendance est assez générale avec des cas « extrêmes ». Ainsi la physique des particules et l’astronomie ont besoin d’utiliser une instrumentation très coûteuse (des accélérateurs de particules, des satellites) mais la biologie, avec les techniques de séquençage des génomes, les neurosciences avec les imageurs perfectionnés n’échappent pas au mouvement. De même les sciences sociales recourent-elles de plus à des traitements informatiques et à des bases de données. La montée en puissance des bases de données est un fait général qui est un facteur d’augmentation des coûts de la R&D, y compris dans l’industrie.

Au-delà du coût purement "financier", le chercheur américain Joseph A. Tainter avait démontré qu'il fallait de plus en plus de personnel scientifique pour mener un seul brevet à bien au fur et à mesure des années. Peut-on en déduire que l'innovation est toujours plus complexe au fur et à mesure que le progrès technologique s'impose ?

Je ne suis pas certain que cette observation soit généralisable. Dans certains secteurs comme la génétique il est nécessaire, par exemple, de séquencer des génomes avec précision pour repérer des mutations (sur des gènes de cellules cancéreuses), une opération complexe qui exige souvent des collaborations internationales avec de nombreux chercheurs. Mais toujours dans la génétique on peut observer que la publication d’une découverte très récente et très importante d’une nouvelle méthode pour « fabriquer » des cellules souches à pluripotence induite (publiée dans Nature du 30 janvier 2014 p.641) est signée seulement par huit chercheurs (de laboratoires japonais et américains), il est probable que les brevets, s’il y en a, n’impliqueront qu’un nombre limité de chercheurs. Il en va de même dans bien des domaines, les matériaux par exemple. Par ailleurs il faut rappeler qu’en informatique, secteur très innovant, il n’existe pas de brevets mais un copyright. Bien entendu les méthodes de la recherche et de l’innovation deviennent plus complexes parce que l’on s’attaque à des phénomènes à des échelles de plus en plus petites et aussi parce que la nature est « complexe ».

Est-il néanmoins possible d'inverser la tendance, ne serait-ce que sur certains secteurs ?

Si le coût du séquençage du génome, sans compter les salaires des scientifiques, a effectivement baissé avec les années, la tendance générale de la hausse des couts dans la recherche est toutefois bien réelle.

Il sera difficile, voire impossible, de renverser la tendance. Celle-ci touche évidemment de plein fouet certains secteurs de la recherche industrielle comme l’industrie pharmaceutique où les dépenses de R&D sont très élevées (de 15 à 20% du chiffre d’affaires) alors qu’il sort relativement peu de molécules très innovantes des laboratoires, un effort de « rationalisation » s’imposera tôt ou tard. Mais on doit observer que, globalement, les dépenses de R&D rapportées au PIB ont peu augmenté dans les pays développés depuis dix ans (elles sont comprises entre 2% et 3% avec quelques exceptions au-dessus et en dessous de ce niveau), c’est le cas en France. Il faut savoir ce que l’on veut, la préparation de l’avenir exige des efforts y compris financiers et un pays comme la France doit pouvoir se payer son billet d’entrée dans le futur.

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