Les Britanniques se mettent à produire du vin massivement mais allons-nous nous mettre à le boire ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Le vin britannique, bientôt sur nos tables ?
Le vin britannique, bientôt sur nos tables ?
©Reuters

Cheers !

Les Britanniques se mettent à produire du vin massivement mais allons-nous nous mettre à le boire ?

Les Britanniques sont de plus en plus friands de leur vin. Les producteurs espèrent même dépasser les 5 millions de bouteilles par an d'ici 2015.

Fabrizio Bucella

Fabrizio Bucella

Fabrizio Bucella est professeur des Universités (Université Libre de Bruxelles), physicien, docteur en Sciences et sommelier.

Il est Juré-Expert dans de nombreux concours internationaux, journaliste à la Revue des Vins de France, et il écrit régulièrement des articles et billets concernant le vin et la bière pour des sites spécialisés et généralistes.

Consultez son dossier des 10 meilleurs bars à vin à Bruxelles (Revue des Vins de France).
Son compte Twitter :@FabSommelier

Voir la bio »

Atlantico : La production de vin outre-manche est en plein essor ces dernières années. Les producteurs espèrent d'ici 2015 dépasser les 5 millions de bouteilles par an. Qu'est-ce que le "Sparkling english wine" ? Est-il comparable au champagne français ?

Fabrizio Bucella : Effectivement, les prévisions sont de l’ordre de 5 millions de bouteilles produites d’ici 2015, dont près de la moitié devraient être des « English sparkling wines » (Camilla, la Duchesse de Cornwall, incite d’ailleurs les producteurs locaux à trouver un nom plus adapté). Il s’agit de vins effervescents produits en méthode traditionnelle. Si vous prenez par exemple le domaine Ridgeview, entre Brighton et Crawley, celui-ci produit d’excellents vins effervescents, avec une méthode de production tout à fait semblable à ce qui se fait en Champagne et en utilisant les mêmes cépages. J’ai vu certains de ces vins dans l’oenothèque du Globus en Suisse, les prix avoisinaient les 40 francs (32,5 euros) pour des cuvées dites de base.

Vu la qualité de leur sol et de leur climat, quel type de vin les Anglais peuvent-ils produire ?

C’est vraiment la question cruciale. A l’instar des pays nordiques, les Britanniques peuvent planter soit des cépages septentrionaux, en gros les cépages de la Champagne et de la Bourgogne (chardonnay et pinot noir), soit des cépages dits « interspécifiques ». Il s’agit de cépages dont un des ancêtres n’est pas strictement vitis vinifera mais qui sont autorisés pour la production de vin (en général, les cépages interspécifiques ont plus de 75% de gênes de type vitis vinifera). Ces cépages sont souvent mis au point à l’Institut pour l’élevage de la vigne de Geilweilerhof en Allemagne. Ils sont adaptés à des climats plus froids et plus humides : débourrement tardif, cycle végétatif plus court, rendements assez conséquents. Ils portent des noms poétiques comme Hélios, Solaris, Régent, …

Ceci concernant les cépages. Et concernant les vins ?

Grâce au procédé technologique de la deuxième fermentation en bouteille, la fameuse prise de mousse, les vins effervescents sont particulièrement adaptés à un climat moins clément. On peut ainsi, jusqu’à un certain point, utiliser des vins tranquilles qui ont un certain excès d’acidité ou un certain manque de sucre, tout en produisant un vin effervescent de qualité.

Comment expliquer que ce type de vin remporte un succès en Angleterre ?

Historiquement, les Anglais ont toujours été de grands amateurs de vins effervescents. Il n’est qu’à penser au bar à champagne qui se trouve au premier étage de la gare Saint-Pancras, où s’arrête l’Eurostar. Ce bar a été placé à la gare de Londres et non à celle de Paris. Bien entendu, les Anglais ont aussi un fort sentiment d’appartenance national. Le côté insulaire n’y est pas pour rien. Le fait de pouvoir profiter d’un produit national, et qui par ailleurs soit exactement le type de vin dont ils raffolent, a sans-doute joué. Maintenant, il faut relativiser. Si on prend seulement les expéditions de Champagne, le Royaume-Uni en absorbe bon an mal an plus de 34 millions de bouteilles ! Ceci sans compter les crémants des autres régions vinicoles françaises, ni les vins effervescents des autres pays. Les quelques 2 millions de bouteilles de vins effervescents anglais sont donc une goutte d’eau dans l’océan des vins effervescents consommés au Royaume-Uni.

Quelles sont les raisons de l'augmentation du marché du vin anglais ? Ce marché peut- il concurrencer le marché espagnol voire français ?

A ce stade, sûrement pas. Comme on l’a vu, les grandes masses des volumes produits sont totalement en faveur des producteurs hexagonaux. Les « English sparkling wines » constituent vraiment un marché de niche, dont le produit est relativement cher d’ailleurs, même pour un portefeuille anglais. Ce type de produit pourra servir utilement à certains événements ou soirées de prestige où il sera de bon ton de « boire anglais » tout en montrant que la qualité n’a rien à envier à ce qui se produit sur le continent. Si l’on veut trouver un véritable concurrent sérieux aux vins français dans les année futures, je miserais plutôt sur le Chine.

Propos recueillis par Manon Hombourger

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !