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Les Brics sont-ils le plus grand mirage économique de ces dix dernières années ?
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Les Brics sont-ils le plus grand mirage économique de ces dix dernières années ?

Comme les pays développés, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) subissent un net ralentissement. Celui-ci est dû à une conjoncture mondiale morose mais aussi à des difficultés propres.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico : Les économies des BRICS sont dans une phase très nette de ralentissement. Celui-ci est-il uniquement dû à une conjoncture mondiale morose ou peut-il s'expliquer par des difficultés spécifiques ? Lesquelles ?

Jean-Paul Betbèze : Il faut faire très attention à ce qui se passe actuellement : nous sommes à la confluence de la remontée des taux longs américains (qui "énerve" les marches financiers) plus les effets du ralentissement américain plus ceux de la récession européenne. La piste de croissance des émergents ne peut donc plus être celle qui était "prévue". Les marchés financiers avaient en effet l'idée d'une croissance mondiale à trois vitesses, émergents, puis États-Unis puis Europe, avec l'idée que les émergents se stabiliseraient à haut niveau et que les autres régions iraient graduellement mieux. Ce n'est pas ce qui se passe. La hausse des taux longs américains change la donne pour tous.

En ce qui concerne la Chine, le pays peine à maintenir son taux de croissance élevé. Elle a fait beaucoup de crédits, trop ? Il y a de la nervosité dans l'air. L'Inde se débat dans ces travers administratifs. Le Brésil ralentit, avant même ses troubles, en liaison avec la montée de son change. Et en ce qui concerne la Russie, le pays souffre de la baisse du prix des matières premières. Enfin l'Afrique du sud est en ralentissement, avec des problèmes de compétitivité et une baisse de son change.

Au fond, chaque BRICS a ses problèmes plus ceux qui viennent de la montée des taux longs de la FED !

Avons-nous surestimé ces dix dernières années les performances économiques des BRICS (en parlant de "miracle brésilien", "locomotive indienne") ? Quelles faiblesses avons-nous préféré ignorer ? Quels atouts avons-nous surestimés ?

Jean-Paul Betbèze : Ce qui faisait le succès des BRICS outre la demande des pays industrialisés qui importaient ainsi du travail à moindre coût, c'était bien sûr leur avantage économique en termes de coûts salariaux mais aussi cet avantage idéologique qu'était le "rattrapage". Ces pays allaient plus vite parce qu'ils savaient où ils allaient : rattraper les autres. C'était dynamisant... Peut-être trop, avec des gâchis, des investissements insuffisants en infrastructure particulièrement : il fallait aller vite !

Les rapprocher avait-il même un sens ?

Jean-Paul Betbèze : Le rapprochement BRIC puis BRICS vient du chef économiste de la Bank of America qui voulait montrer... Aux américains que le monde se déplaçait ailleurs. Bien sûr c'est une simplification, et les BRICS eux-mêmes se sont pris au jeu et échangent entre eux. Nous avons vu la dynamique, pas assez ses limites. 

Pourquoi avons-nous fait preuve d'un tel aveuglement ?Quelle va-t-elle la trajectoire probable de ces pays à l'avenir ?

Jean-Paul Betbèze : Nous ne pouvons continuer ainsi avec des taux longs qui montent et des émergents qui baissent : c'est une configuration de crise, alors que notre économie va à peine mieux. Ceci veut dire qu'il faut que le G20 se réunisse autrement : les industrialisés et les grands émergents pour esquisser les modalités de cette étape de la sortie de crise. La passe que nous vivons est dangereuse. Et la zone euro, et la France, doivent en tenir compte ! 

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