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Les banques européennes sont-elles vraiment sous capitalisées ? La réponse est non
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Les banques européennes sont-elles vraiment sous capitalisées ? La réponse est non

Selon une étude controversée de l'OCDE, les banques européennes auraient une insuffisance de fonds propres de près de 84 milliards d'euros au total.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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La réponse est non. Les banques européennes se renforcent et, pour l’essentiel, elles sont et seront dans les clous en fin d’année 2014 par rapport aux demandes de la Banque centrale européenne et du système de supervision qui vient de se mettre en place. Il n’y a donc pas lieu de s’angoisser devant les milliards d’euros qui manqueraient ici ou là dans les grandes banques de la zone euro, selon des textes qui sortent. Ce n’est pas le cas.

>>>>>>> A lire également : Pourquoi les banques françaises sont dans une situation particulièrement délicate

Pour commencer, de quoi s’agit-il ? L’idée de départ est bonne : pour renforcer les banques (et l’économie), il faut surveiller les crédits bancaires en général, faire en sorte aussi que les banques aient assez de fonds propres et qu’elles restent liquides. Pour bien répondre à ces demandes, il faut donc des analyses, des normes et des experts, suite à des discussions et des débats. Tout ceci est fait, sauf un ratio de liquidité qui est encore à affiner, mais on peut dire que l’essentiel de l’arsenal de vérification dit « de Bâle III » est au point, les équipes installées et les données bientôt réunies. Viennent et viendront donc des analyses plus fines, les premiers calculs, puis les tests de résistance que les banques devront subir (en fonction de cas de stress qui ne sont pas encore connus).

En même temps, toutes les banques se préparent à ce qui leur est demandé. Elles augmentent leurs fonds propres, réduisent la taille de leurs bilans, en diminuant notamment l’importance des produits dérivés et en renforçant des accords de crédits suivis de titrisations. Les derniers chiffres de la zone euro montrent ainsi que les crédits aux entreprises continuent de diminuer, mais qu’ils sont en train de se stabiliser, tandis que les financements par marché sont en forte remontée, compensant la baisse des crédits. Ce qu’on voit donc, c’est que le financement de l’économie épouse la faiblesse de l’activité et que les banques intègrent les nouvelles demandes qui leur sont faites, mais que les octrois de crédits seront mieux servis qu’avant – ce qui est l’essentiel.

C’est dans ce contexte qu’interviennent de nombreux travaux alertant sur le manque de fonds propres de banques européennes, notamment de grandes banques. Ces travaux doivent être examinés avec soin. D’abord, ils ne prennent pas en compte, par construction, les réductions de crédits et les dénouements récents de produits dérivés. Les banques avancent à marche forcée pour se renforcer en fonction de ce qu’on leur demande et pour passer sans problème les tests. Ensuite, les calculs faits de l’extérieur ont de vraies difficultés à intégrer les banques coopératives (très importantes en zone euro, Allemagne, France, Italie notamment) et plus encore à comprendre certaines structures mixtes, où des groupes coopératifs ont une part de leur activité cotée, l’autre étant coopérative (Crédit Agricole par exemple).

Dans ce contexte, il est donc important d’être aussi précis que possible, chaque groupe bancaire et financier répondant aux demandes des régulateurs, sachant que les régulateurs ont plus de moyens d’investigation et de comparaison, étant désormais pilotés depuis Francfort, siège de la BCE. Il ne sert pas à grand-chose d’annoncer des chiffres à l’évidence erronés par méconnaissance des structures internes des groupes. D’ailleurs, les cours de bourse montrent bien, avec leur remontée, que la confiance revient dans les banques.

Le temps est donc à un travail plus précis des régulateurs, dans une situation économique fragile. Les derniers propos de Mario Draghi montrent bien que la consolidation du canal bancaire est décisive pour la reprise en zone euro et qu’elle est en bonne voie.

(NB: Pour que tout soit clair, l’auteur de ces lignes a travaillé plusieurs années comme Chef économiste du Crédit agricole. On peut toujours dire que ses analyses comportent un biais, mais il sait peut-être aussi ce dont il parle). 

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