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Les Arvernes : Emmanuel Macron ou le lourd héritage socialiste en matière de sécurité
©Reuters

Tribune

Les Arvernes : Emmanuel Macron ou le lourd héritage socialiste en matière de sécurité

Les récentes attaques terroristes à Londres et Stockholm illustrent à nouveau le risque terroriste en Europe, et notamment en France, ainsi que les liens croissant entre "l’islamo-délinquance" et "l’islamo-terrorisme". Et on peut se demander si les vieilles recette socialistes sont la solution à tous ces nouveaux dangers.

Les Arvernes

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Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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Les récentes attaques terroristes à Londres et Stockholm illustrent à nouveau le risque terroriste en Europe, et notamment en France, ainsi que les liens croissant entre "l’islamo-délinquance" et "l’islamo-terrorisme"

Emmanuel Macron a présenté récemment son projet pour la sécurité intérieure avec trois idées force : créer 10.000 postes supplémentaires dans la police et la gendarmerie ; orienter les forces de sécurité vers une police de la sécurité quotidienne qui serait dotée d'un pouvoir d’amende sur les infractions du quotidien ; la lutte anti-terroriste serait renforcée par la création d’un état-major anti-terroriste placé auprès du Président de la République

Comme sur de nombreux autres sujets, Emmanuel Macron conçoit sa politique de sécurité à l’image des quinquennats socialistes de Lionel Jospin et François Hollande en remettant au goût du jour la police de proximité et en recrutant massivement des effectifs. La politique anti-terroriste, quant à elle, se limite à la création d’une nouvelle structure à l’Elysée qui n’est pas administrativement en charge de la conduite opérationnelle de la sécurité intérieure. En réalité, le programme sécuritaire d’Emmanuel Macron est doublement classique et socialiste, sans idées neuves et concrètes pour améliorer la sécurité du quotidien et lutter efficacement contre le terrorisme.

Cet amateurisme dans la réflexion sur un sujet stratégique doit susciter de l’indignation, mais aussi de l’inquiétude car le principal candidat à l’élection présidentielle n’a jamais assuré aucune fonction régalienne, ni tenu aucune responsabilité pour assurer la sécurité du pays.

La question des moyens juridiques en matière de lutte anti-terroriste n’est ainsi pas abordée par le candidat d’En Marche. Or, l’état d’urgence a été reconduit jusqu’en juillet 2017, date à laquelle la question de la prolongation se posera à nouveau. Or, aucune sortie « sèche » ne peut être envisagée, sans que lui soit substitué un régime de pouvoirs juridiques renforcés pour la lutte anti-terroriste. De nombreux magistrats, au premier rang desquels le vice-président du Conseil d’Etat en novembre 2016, ont appelé à mettre fin à l’état d’urgence au principe qu’un tel contexte juridique, lié à un régime d’exception, ne peut se concevoir dans la durée dans une démocratie. Certes, mais encore faut-il garantir l’obtention de moyens juridiques aux forces de sécurité pour lutter efficacement contre le terrorisme ! 

Sur ce sujet, Emmanuel Macron ne propose aucune idée, se contentant d’appeler à la création d’une nouvelle structure de coordination à l’Elysée. Encore une fois, le candidat d’En Marche se présente dans la filiation « hollandienne », assumant que les lois votées par la majorité socialiste (la loi sur le renseignement de juillet 2015, celle contre le terrorisme du mois de juin 2016 et, plus récemment, celle sur la sécurité publique de février 2017) suffisent en termes d’arsenal législatif. 

Or, les lois du quinquennat de François Hollande sont loin de suffire en raison du niveau élevé de la menace car ces diverses dispositions ne remplacent pas les mesures que l’état d’urgence met à disposition des autorités : assignations à résidence, perquisitions administratives, contrôles d'identité et fouilles de véhicules, fermetures des lieux de réunion, et contrôle systématique aux frontières. La menace va considérablement s’accroître dans les prochains mois en raison du retour probable, en France, d’une partie des 700 djihadistes Français partis en Syrie, ainsi que des premières sorties de prison d’individus radicalisés sur notre territoire. Plus largement, ce sont près de 5.000 Européens, actuellement en Syrie, qui pourraient revenir sur le territoire européen, appelant plus largement à une réponse sécuritaire de Bruxelles sur laquelle le candidat Macron est également absent.

Quant à la sécurité du quotidien, Emmanuel Macron défend le retour à la police de proximité, conçue par Lionel Jospin en 1997, soit il y a vingt ans, et qui eût pour effet de faire augmenter la délinquance de près de 17% en cinq ans.

A une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, dans une campagne confisquée par la multiplication des « affaires », les Français seraient en droit d’obtenir un vrai débat sur la politique de sécurité du pays. Il faut concevoir prioritairement une politique anti-terroriste d’ampleur avec les moyens juridiques adaptés, c’est-à-dire en grande partie ceux liés à l’état d’urgence (perquisitions administratives notamment). A ce titre, il faut disposer d’une garde à vue d’un mois pour évaluer la dangerosité des individus radicalisés. Quant à la sécurité du quotidien, alors qu’Emmanuel Macron retrouve les accents de l’assouplissement pénal défendu par François Hollande et Christiane Taubira, la droite doit défendre un vrai projet de réarmement pénal, notamment par le rétablissement des peines plancher et la majorité pénale à 16 ans.

Pour l’heure, alors que le logiciel proposé par Emmanuel Macron est la reprise de la politique de sécurité de Lionel Jospin, il est temps que la droite retrouve le chemin de la campagne pour faire entendre ses idées et sa différence sur un sujet aussi stratégique que la sécurité et la lutte contre le terrorisme.

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