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Image d'illustration.
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©Edar / Pixabay

Travail

Les pros de la rupture conventionnelle

Pendant que nous avons 3 millions de chômeurs dont des jeunes entre 18 et 30 ans sans formation, sans éducation, sans emploi, notre état providence encourage les nantis du système.

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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Il est vrai que la rupture conventionnelle a été un progrès considérable pour tous ces cas de départs et de licenciements qui engendraient un très mauvais climat social dans l’entreprise et encourageaient les luttes inutiles et les faux procès. Le véritable avantage est d’éviter l’épée de Damoclès qui menaçait tout licenciement contesté, et c’est une véritable avancée voulue par le MEDEF.

Et voici que s’ouvrirent les portes du paradis :  grâce à la « rupture conventionnelle » il suffit de s’entendre : un salarié veut partir ou l’on veut se séparer de lui, la discussion s’engage, cool !  Il suffit qu’il soit prêt à exercer un autre emploi, et qu’il réside en France (quand même) tout est préétabli, délai de présence dans l’entreprise, montant des indemnités dues par l’entreprise au prorata de la présence, etc.…  Et on s’inscrit à Pole emploi, en d’autres termes au chômage. Il faut avoir travaillé 6 mois dans les 24 mois qui précèdent la rupture conventionnelle, la durée du chômage dépend du nombre de mois travaillés (plus de 6 mois, on a droit à 182 jours minimum, et 730 jours maximum). Tout le monde est content surtout dans les grandes entreprises, dans les PME c’est un autre sujet…

 La rupture conventionnelle en fait coûte cher à l’entreprise et c’est particulièrement vrai lorsque c’est le salarié qui veut partir. L’investissement pour le recruter et le former est perdu, toutes les questions se posent alors, comment le remplacer et combler le vide laissé par un collaborateur dont on était satisfait, l’agacement des autres qui voient un collège partir avec un gain financier « injustifié » tout en déstabilisant l’équipe.

Nous voyons arriver toute une classe d’âge de jeunes entre 25 et 35 ans qui consomment l’entreprise comme un produit, ils sont friands de ce type de rupture non sentimentale pour eux ! les motifs qu’ils donnent et qu’ils assument lorsqu’on leur demande pourquoi ils ont quitté leur précédent poste nous laisse les bras ballants , ils sont de cet ordre « j’avais fait le tour de l’entreprise ... » , « J’ai envie de voir autre chose », « je veux faire un bilan  du marché », « je pense partir à l’étranger », «  je me cherche encore… » « je n’avais pas  le loisir d’exprimer mes compétences ...»« Je vais en profiter pour prendre mon temps et explorer d’autres secteurs » « je vais prendre un petit congé sabbatique » « je vais faire un peu d’humanitaire »

Les chefs d’entreprises sont mis devant le fait accompli lorsque le salarié veut partir, pas question de leur refuser une rupture conventionnelle, le chantage est implicite : arrêt maladie, démotivation complète, un coût psychologique et une perte d’efficacité garantie, tout ça pour finir comment ?  Et évidemment ce sont les salariés les plus appréciés que l’on voudrait garder qui partent. On objectera : il n’y a qu’à mieux les payer pour qu’ils restent ou reviennent ? certes ,   pas sur et c’est ne pas  prendre en considération un cout du travail qui ne fait qu’augmenter pour l’employeur et le salarié, ce qui reste dans sa poche n’a rien à voir avec ce qu’il coute . … n’est-ce pas un des problèmes à la base de la révolte des gilets jaunes ?

 Toute une mentalité : je ne dois rien à l’entreprise, elle est au service de mon épanouissement personnel.  Parce que je le vaux bien !

Le chômage me permet de profiter de la vie car sur les mois rémunérés par l’État, beaucoup en profitent pour prendre des vacances, voyager etc. dans les métiers à tension de préférence.

Il est particulièrement inquiétant dans cette période si difficile pour entrepreneurs et entreprises de constater que l’on n’arrive pas à recruter. Les réponses aux offres d’emploi sont rares, y compris pour les demandes de stages alors qu’on nous explique que le chômage est toujours aussi présent ?

La distorsion entre les nantis de l’emploi qui se sentent très protégés et à l’abri pour leur avenir et ceux qui veulent bosser est insupportable.

Bien sur il ne s’agit pas, loin de là de la majorité des cas mais le phénomène est suffisamment représentatif pour que l’on s’en inquiète. Difficile de faire des statistiques sur le sujet, mais les chefs d’entreprises sont quasi unanimes à se plaindre de ce « droit de tirage » institutionnalisé et sans aucun contrôle possible par définition.

Défendre les salariés : oui ! mais le balancier n’est-il pas aller un peu loin trop loin ?  Qui paie ?!

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