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Les 3 scénarios par lesquels l'explosion de l'Union européenne pourrait se faire (plus vite qu'on croit)
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Les 3 scénarios par lesquels l'explosion de l'Union européenne pourrait se faire (plus vite qu'on croit)

Après le Brexit, on aurait tort de considérer que tout est terminé et que l'Europe va aller mieux sans le Royaume-Uni, comme un corps après un régime. Les menaces qui pèsent sur l'UE sont nombreuses, mais on peut dès lors les classer en trois catégories.

Philippe Legrain

Philippe Legrain

Philippe Legrain est chargé de cours à l'institut Européen de la London School of Economics. Entre 2001 et 2014, il a conseillé le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso. Son dernier livre : European Spring: Why Our Economies and Politics are in a Mess – and How to Put Them Right.

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Atlantico : Vous considérez que le remous provoqué par le Brexit a ouvert la voie à trois scénarios catastrophes pour l'Union européenne : la première d'entre elles étant évidemment celle de nouvelles sorties de l'Union européenne par des Etats membres. En quoi est-ce que le Brexit a-t-il rendu ce scénario plus envisageable aujourd'hui ?

Philippe Legrain : Pour une fois, Marine Le Pen risque d'avoir raison. Elle a déclaré que le Brexit était le plus grand choc politique qu'avait subi l'Europe depuis la chute du mur de Berlin. En effet, il risque d'accélérer la désintégration européenne qui avance depuis quelques années.

L'effet immédiat du vote a été d'augmenter la popularité de l'Union européenne mais je ne pense pas que cela va durer. Le Brexit aura un effet négatif sur l'économie déjà faible de la zone euro, ce qui augmentera l'insécurité économique et la polarisation politique. Sans la Grande-Bretagne, l'Allemagne dominera plus l'UE, comme elle le fait sur la zone euro, ce qui provoquera une réaction anti-allemande dans d'autres pays. Et la montée du nationalisme et l'incapacité d'une UE faible et divisée à affronter les crises de croissance, de réfugiés, d'insécurité, etc., renforceront la désintégration.

Jusqu'alors, quitter l'Union européenne semblait inconcevable : aucun pays ne l'avait fait et seuls les extrémistes le proposaient. Mais maintenant, cela paraît faisable et, pour certains, raisonnable. Aux Pays-Bas, Geert Wilders, le leader du PVV, d'extrême-droite, a immédiatement demandé un référendum sur le "Nexit". Le Parti populaire danois, qui est le plus grand parti au Parlement danois mais ne participe pas au gouvernement, a fait une demande similaire. Idem pour Mme Le Pen ici en France.

Pour l'instant, il semble probable que Le Pen perde au deuxième tour des présidentielles. Mais il n'est pas exclu qu'elle gagne, surtout si le terrorisme s'aggrave. Sa politique économique et anti-UE pourrait attirer beaucoup d'électeurs de gauche au deuxième tour. Et bien que la victoire de Le Pen demeure peu probable, Nicolas Sarkozy est un tel opportuniste qu'il pourrait bien lui aussi promettre un référendum sur le Frexit. Et selon une enquête récente de Pew, l'UE est encore moins populaire en France qu'en Grande-Bretagne.

Le deuxième danger viendrait de la façon dont les pays membres pourraient se mettre à ignorer les directives européennes dans les années à venir. Pourquoi ce risque de désunion est-il particulièrement élevé aujourd'hui ? Quels en pourraient être les effets ?

En effet, la désintégration européenne ne requiert pas le départ d'autres pays membres. Ils peuvent aussi se mettre à ignorer ses règles. Le premier ministre italien, Matteo Renzi, menace d'ignorer les nouvelles règles européennes sur la restructuration des banques pour utiliser l'argent public pour renflouer les banques italiennes. Ici en France, Manuel Valls a menacé d'ignorer la directive sur les travailleurs détachés si la Commission européenne ne la réformait pas.

L'Allemagne accuse la Commission de ne pas appliquer le Pacte de stabilité en France. Et bien que la Commission ait menacé de donner des amendes à l'Espagne et le Portugal, elle ne l'a pas fait.

La Commission a aussi approuvé les décisions unilatérales des gouvernements qui ont rétabli les contrôles de frontières nationaux dans la zone Schengen.

Et le premier ministre hongrois, Viktor Orban, se permet de violer les normes démocratiques de l'UE sans subir de conséquences. La Hongrie ainsi que beaucoup d'autres pays refusent d'accepter les réfugiés relocalisés par l'UE ; Orban a même convoqué un référendum en octobre pour renforcer sa position.

Si la situation continue de s'aggraver, l'UE ressemblera à la Ligue des Nations des années 1930 : une institution dont les règles et les normes n'avaient plus de force.


Enfin, le dernier risque est l'émergence de gouvernements nationalistes et anti-establishment au sein de l'Union européenne. Pensez-vous que Viktor Orban puisse faire des émules ? Que deviendrait l'Union européenne si les nationalismes devenaient influents au sein de son appareil politique ?

Selon le European Council on Foreign Relations (ECFR), les partis insurgents participent déjà aux gouvernements de 8 des 28 pays membres de l'UE. Le nouveau gouvernement polonais émule Orban, ainsi que le gouvernement slovaque.

Matteo Renzi a promis de démissionner s'il perdait son référendum constitutionnel en automne. Le Mouvement 5 étoiles, qui a promis un référendum sur l'euro, pourrait alors gagner des élections anticipées.

La montée du nationalisme contraint les politiques européennes et nationales. Même quand ils n'arrivent pas au pouvoir, les nationalistes influencent les partis establishment pro-européeens. En France par exemple, Alain Juppé a suggéré que l'on devrait repenser la libre circulation des personnes dans l'UE.

Comment est-ce que l'Union européenne peut aujourd'hui éviter de devoir faire face à ces trois situations dans les années à venir ?

L'UE doit faire moins de choses, et mieux. La priorité économique, c'est plus de croissance qui bénéficie tout le monde. Cela ne requiert pas de nouvelles institutions dans la zone euro. On a besoin de meilleures politiques : moins de contraintes fiscales, plus d'investissement, l'allègement des impôts sur le travail.

Pour rétablir la confiance des Européens et relancer la croissance, il faut restructurer les banques en imposant des pertes sur leurs créanciers et non les contribuables.

La priorité politique devrait être la coopération pour lutter contre le terrorisme. Et au lieu d'imposer la relocalisation de réfugiés au sein de l'UE, il faut un système volontaire qui permet leur réinstallation d'une manière ordonnée d'en-dehors de l'UE et qui rassure les Européens qu'ils ne sont pas une menace.

Les dirigeants européens doivent faire face à la montée du nationalisme. S'ils n'ont ni le courage ni la compétence de démontrer que l'UE peut améliorer la vie des gens, la désintégration ne fera que continuer.

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