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"La France a d'abord besoin d'un choc politique. Notre démocratie représentative ne fonctionne plus."
"La France a d'abord besoin d'un choc politique. Notre démocratie représentative ne fonctionne plus."
©Reuters

Traitement de choc

Les 3 chocs dont la France a besoin après 40 ans d'immobilisme

Les Français ont longtemps vécu dans l’espoir d'échapper à des réformes épineuses par des demi-mesures. Mais face à la crise, cette stratégie atteint ses limites : si la France ne parvient pas à réduire drastiquement son déficit public, elle s’expose à une vraie crise de confiance.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Depuis une trentaine d’années, la France est atteinte du syndrome d’Emma Bovary : elle vit dans la douce illusion d’un bonheur (au demeurant relatif) à l’abri du temps, et elle repousse sans cesse le moment où elle devra affronter les réalités qui l’entourent.

Parmi celles-ci, on compte son endettement de moins en moins soutenable, qui ne sert pas à investir, mais à financer ses illusions ; la domination des intérêts particuliers, à commencer par ceux de l’aristocratie parisienne qui étouffe la démocratie et des corps intermédiaires le plus souvent auto-proclamés représentatifs; l’implosion de son système éducatif totalement déconnecté du savoir contemporain; l’étouffement rampant des forces vives du pays au profit des rentes de situation.

Depuis une trentaine d’années, les Français vivent dans l’espérance qu’ils pourront échapper à des réformes épineuses par des demi-mesures, par des brassages d’air, voire par l’immobilisme intégral. Chacun se souvient de l’adage si tentant pour les professionnels de la politique: il n’est de problème qu’une absence de solution ne permette tôt ou tard de résoudre.

Il semble toutefois que cette stratégie de l’illusion atteigne ses limites. De façon assez simple, soit la France trouve, pour 2013, de quoi honorer ses engagements, c’est-à-dire un retour à un déficit public de 3%, autrement dit la bagatelle de 30 milliards au moins, soit elle s’expose à une vraie crise de confiance, à la fois financière et politique. En particulier, on imagine mal que maman Merkel laisse passer une pareille pilule sans broncher, après avoir tancé si vertement les vilains garnements du club Med pour leurs écarts de conduite budgétaire.

Pourquoi faut-il une stratégie du choc?

Parce que, après 30 ans de bisous, de pensée politique héritée des télétubbies, et d’injonctions paradoxales où l’on prétend que l’on peut tout à la fois réduire les impôts, augmenter le nombre de fonctionnaires, perfuser des services publics déficients dans des campagnes perdues et tenir nos engagements financiers, force est de constater que nous sommes presque ruinés, et que la qualité du service public ne cesse de baisser.

Et qu’à moins d’émigrer vers des latitudes plus accueillantes, nos jeunes n’auront qu’une raison d’être: payer, et encore payer, et payer toujours, pour rembourser les dettes contractées par des générations qui ne voulaient pas se sacrifier.

Seul un choc salutaire peut nous permettre de sortir de cette spirale dépressive. Un choc ou des chocs. Quels sont-ils?

Un choc politique d’abord. Notre démocratie représentative ne fonctionne plus. Elle ne règle aucun des problèmes auquel la société française est confrontée. Elle interdit le débat, soit en l’escamotant, comme nous le voyons avec le traité européen qui sera adopté sans consultation populaire, soit en le phagocytant.

De ce point de vue, les partis politiques, dont la Constitution nous dit qu’ils participent de la démocratie, constituent une formidable machine de caporalisation des idées.

Sans un renouvellement en profondeur non seulement des personnels politiques (aucun député de l’Assemblée nationale n’a voté un budget à l’équilibre au cours de sa carrière!), mais des règles du jeu elles-mêmes, la France s’expose à des aventures dangereuses.

Un choc économique ensuite, avec une nécessaire mise à plat des dépenses publiques et de la ponction qu’elles exercent sur les forces productives. Si personne ne conteste l’importance d’une réduction des inégalités, celle-ci ne doit pas être confondue avec une incitation à ne plus prospérer. De fait, le poids de la dépense publique est tel aujourd’hui qu’il existe de moins en moins d’intérêt à innover et à entreprendre.

Je ne parle pas ici des grandes entreprises dénationalisées, qui vivent sur les rentes que leur procurent les divers réseaux concédés par l’Etat : carburant, fluides, communications. Je pense aux petites et moyennes entreprises qui sont soumises à un lourd impôt sur les sociétés, à des cotisations sociales importantes, et des procédures administratives dont la seule utilité est de justifier l’emploi des fonctionnaires qui les ont inventés.

Un choc social enfin, avec une détermination à pratiquer la vérité des prix. Peut-on tout à la fois préserver un haut niveau de protection sociale et ne jamais endosser les changements qu’il suppose? Peut-on déplorer la baisse du pouvoir d’achat des salariés et faire indéfiniment financer par ceux-ci la protection sociale des inactifs? Peut-on vouloir des hôpitaux performants, capables de soigner de plus en plus efficacement, tout en saupoudrant les moyens par complaisance vis-à-vis des élus locaux qui cumulent leurs mandats? Peut-on vouloir protéger tous les Français et ne donner la parole qu’à une fraction de leurs représentants?

Sur tous ces points, il est indispensable que la France passe à l’heure des choix et accepte, enfin, d’ouvrir calmement et sereinement, les débats qui, demain, feront sa force.

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