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Légalisation du cannabis : 59% des Français y demeurent opposés (mais c'est un peu moins qu'avant)
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Légalisation du cannabis : 59% des Français y demeurent opposés (mais c'est un peu moins qu'avant)

Débat presque éternel de la société française, la dépénalisation du cannabis a été ramenée sur le tapis par le secrétaire d'Etat en charge des relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen ce mardi 12 avril. Ce qui n'empêche pas une majorité de Français de s'opposer encore et toujours à sa légalisation.

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann est Directeur en charge des études d'opinion de l'Institut CSA.
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Atlantico : Le débat de la dépénalisation du cannabis a été remis à jour par Jean-Marie Le Guen ce mardi 12 avril. Pour aller au-delà du débat, qu'est-il possible de dire sur la question de la légalisation ? La population Française est-elle favorable à cette idée ?

Yves-Marie Cann : Dépénalisation, légalisation, libéralisation… beaucoup de Français se sentent sans doute un peu perdus dans le débat qui agite régulièrement la classe politique française autour de la question du cannabis. Suite aux déclarations de Jean-Marie Le Guen sur BFMTV, les réactions ont d’ailleurs été nombreuses de part et d’autre de l’échiquier politique, raison pour laquelle avec Atlantico nous avons souhaité interroger un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus à ce sujet. De notre sondage, il ressort que l’opposition à la légalisation du cannabis, c’est-à-dire à l’autorisation de la consommation et de la vente de cannabis avec un contrôle de l’Etat (comme pour l’alcool et le tabac), reste majoritaire au sein de la population puisqu’elle atteint 59% parmi les personnes interrogées. Pour autant, cette opposition est loin d’être massive étant donné qu’une minorité non négligeable (41%) s’y déclare favorable. Notons toutefois que l’opposition à la légalisation du cannabis est nettement plus intense que l’approbation puisque nous recensons 36% de sondés "tout à fait opposés" à cette mesure, contre 12% de personnes "tout à fait favorables".

Qui sont ceux favorable à une légalisation et qui sont les opposants ? La fracture est-elle réelle ? Que dit-elle des éventuels clivages qui scindent notre société ?

L’analyse détaillée des résultats par grandes catégories sociodémographiques et professionnelles composant la population fait apparaître sur cette question un double clivage, à la fois générationnel et politique. L’adhésion à la légalisation du cannabis atteint son plus haut niveau parmi les jeunes âgés de 18 à 24 ans (50%) sans pour autant emporter l’assentiment d’une majorité claire. Le différentiel s’avère toutefois saisissant avec les plus âgés puisque seuls 29% des personnes âgées de 65 ans et plus soutiennent cette proposition, 71% y étant opposés.

Au-delà des effets liés à l’âge, les réponses diffèrent assez sensiblement selon la sensibilité politique des personnes interrogées. Ainsi, 51% des sympathisants de gauche se disent favorables à la légalisation du cannabis contre "seulement" 36% des sympathisants de la droite et du centre et 38% de ceux du Front national. Des chiffres non négligeables mais qui n’en demeurent pas moins clairement minoritaires. De plus, il est intéressant d’observer que cette question suscite un clivage au sein même de la gauche : alors que 63% des sympathisants du Front de gauche et 64% de ceux d’Europe Ecologie / Les Verts sont favorables à la légalisation du cannabis, ils ne sont plus "que" 42% parmi ceux du Parti socialiste. En grossissant le trait, une gauche "libertaire" semble s’opposer ici à une gauche plus conservatrice incarnée par les sympathisants socialistes qui sur cette question apparaissent assez proches des sympathisants de droite.

Ces résultats s'ancrent-ils dans la durée ; ou l'avis général est-il en train de changer ? Quels sont, au regard de l'évolution de l'opinion, les arguments et les positions qui ont le plus de poids ?

L’opposition majoritaire à la dépénalisation ou à la légalisation de la consommation et de la vente de cannabis, ou des drogues dites "douces" en général n’est pas chose nouvelle, nous la mesurons régulièrement dans les enquêtes d’opinion. De toute évidence, les risques sanitaires, notamment en termes d’addiction mais aussi concernant les possibles conséquences psychiques, l’emportent dans l’esprit d’une majorité de Français et font barrage à l’évolution de la législation sur cette question.

Toutefois, les résultats de notre sondage démontrent que l’opposition à la légalisation est loin d’être massive, ce qui pourrait permettre à moyen ou long terme une évolution du rapport de force sur le sujet au sein de la société française. D’abord parce que la France et les Français ne vivent pas en vase clos et peuvent constater que la situation évolue à ce sujet dans des pays peu réputés pour leur permissivité, comme les Etats-Unis ou le Canada par exemple. Les phénomènes d’insécurité favorisés par le trafic et la vente de cannabis pourraient eux aussi influer sur les jugements des Français sur cette question, la demande d’ordre et les impératifs de lutte contre les insécurités prenant alors le pas sur les arguments d’ordre sanitaires. Dans cette hypothèse, la légalisation pourrait s’imposer comme une solution permettant de remettre de l’ordre. Ce basculement n’est sans doute pas pour demain mais la possibilité d’une évolution sur le sujet ne peut pas être écartée.

Faut-il voir dans l'opposition majoritaire des Français un refus du débat sur cette question ? Qu'en est-il pour la dépénalisation ?

Sur ce sujet comme beaucoup d’autres, les Français sont ouverts au débat. Encore faudrait-il que ce débat ait lieu sur des bases claires du point de vue du grand public. Ainsi, la confusion est sans doute forte dans l’esprit de beaucoup de Français entre les termes dépénalisation, légalisation et libéralisation dont les conséquences pratiques diffèrent sensiblement. Qui dit dépénaliser ne dit pas mettre un terme à la lutte contre le trafic et la vente de cannabis, qui dit légaliser ne dit pas permettre à chacun de cultiver des plants de cannabis pour sa consommation personnelle ou les revendre. Dans un cas comme dans l’autre, le cadre législatif resterait particulièrement contraignant mais les passions qui enflamment régulièrement les débats à ce sujet contribuent surtout à brouiller les esprits et à favoriser le statu quo en la matière.

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