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Contrairement aux idées reçues, le vieillissement de la population pourrait être un important levier économique pour le pays.
Contrairement aux idées reçues, le vieillissement de la population pourrait être un important levier économique pour le pays.
©Reuters

Supers mamies

Le vieillissement de la population peut-il être un levier de croissance économique ?

Dans son rapport sur l'accompagnement de la dépendance, le conseiller général PS de Goussainville Luc Broussy défend l'idée que, contrairement aux idées reçues, le vieillissement de la population pourrait être un important levier économique pour le pays.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : Dans son rapport sur l’accompagnement de la dépendance, Luc Broussy et son équipe défendent l’idée que contrairement aux idées reçues, le vieillissement de la population française pourrait être un important levier économique pour le pays. Par quel moyen le vieillissement de la population pourrait-il être un levier économique ?

Philippe Crevel : Le vieillissement de la population n’est jamais en soi un facteur de croissance. En effet, un retraité, par définition, ne travaille plus sauf en cas de cumul emploi-retraite, mais en revanche consomme des biens et des services. Ses ressources sont, dans le système français, issues à plus de 85 % des pensions versées par les caisses de retraite dont le fonctionnement repose  sur le principe de la répartition. Ce sont par le jeu de la redistribution que les retraités consomment. Ce jeu peut-il être générateur de croissance ? Il ne faut pas croire que toute activité est source de croissance sinon il suffit de rouvrir les ateliers nationaux… Les retraités ont besoin et auront de plus en plus besoin de services à la personnes ce qui créera dans les prochaines années de nombreux emplois. Il faut souligner que ces services se caractérisent par leurs faibles gains de productivité et ne sont pas porteur de croissance. Certes, il est possible d’obtenir des gains de productivité en ayant recours à des robots. Cette pratique est en cours au Japon mais sera certainement plus difficile à accepter en France.

L’idée de mobiliser l’agent des retraités pour créer de la croissance est donc un peu illusoire. Il s’agit plutôt d’un recyclage interne qui suppose, par ailleurs, de trouver une solution au financement des retraites.

Le vieillissement peut, certes, avoir un impact économique positif car l’augmentation du nombre de retraités à l’échelle mondiale devrait s’accompagner d’un développement important du tourisme. Compte tenu des atouts de la France en la matière, nous pourrions améliorer notre balance des paiements courants et créer des emplois. Nous avons à cette fin tout intérêt à accroître notre attractivité touristique auprès des seniors des pays étrangers. De manière cynique, il faut encourager le tourisme haut de gamme pourvoyeur de devises afin de financer justement nos retraites.

Il faut  également citer comme facteur résiduel de croissance la participation forte des personnes à la vie sociale et culturelle à travers des associations. Pour  des raisons humaines et économiques il convient sans nul doute d’encourager cette participation. Sinon, le cumul emploi / retraite et la retraite progressive constituent des leviers économiques qui permettent le transfert des savoirs et des compétences et réduisent le coût des retraites.

Encourager le secteur des services à la personne peut-il être suffisant pour que ce phénomène devienne un bienfait sachant que les gens vieillissent de mieux en mieux ?

Si l’espérance de vie à la naissance plafonne depuis quelques années, en revanche, l’espérance de vie en bonne santé, sans handicap physique, majeur progresse fortement. Elle est de plus de 63 ans en France. Les problèmes liés à la dépendance se posent désormais au-delà de 80 ans. Avec la diminution des aidants familiaux pour des raisons démographiques et du fait de la déstructurations des familles, le maintien à domicile deviendra compliquer à gérer. En effet, d’ici une quinzaine d’années, il y a un véritable risque de pénurie de personnels pour l’aide aux personnes âgées. Ce type d’emplois peu qualifiés et peu rémunérés est peu attractif. L’Allemagne qui, du fait d’une pyramide des âges un peu en avance par rapport à la notre, est confrontée à ce problème. Ce pays est contraint de construire de nombreux établissements pour personnes âgées dépendantes afin de traiter la question de la dépendance. Il faut souligner que pour des personnes âgées très dépendantes, le maintien à domicile est très difficile et peut s’avérer plus coûteux que l’hébergement en établissements spécialisés.

Maintenir les gens actifs plus longtemps est-il le seul moyen de limiter les dégâts du vieillissement ? Quels sont les autres ?  

Face au risque des maladies liées à la dégénérescence du cerveau, le maintien en activité est certainement le meilleur acte de prévention. Qui dit activité ne signifie pas obligatoirement travail. Le développement des liens sociaux, les voyages, la participation à es activités culturelles sont essentiels. En matière de santé, des progrès peuvent être réalisés en matière de prévention et d’accompagnement. La canicule de 2003 qui a abouti aux décès prématurés de plus de 15 000 personnes a démontré qu’à travers une vigilance plus forte des professionnels en charge des personnes âgées, il était possible de gagner plusieurs mois d’espérance de vie. Il y a une réflexion globale sur la gestion des âges pour éviter la cassure entre activité et retraite. Le président de l’Etat d’Israël, Shimon Pérez, à 90 ans, Clint Eastwood à 82 ans, Jean Rochefort à 83 ans ou Charles Aznavour à 89 ans et bien d’autres sont les preuves vivantes des bienfaits de l’activité

Le système social actuel peut-il supporter ce vieillissement de la population qui donnera lieu à la présence de 11,9 millions de plus de 75 ans en France en 2060 ? Comment le modifier pour que ce soit le cas ? 

La gestion du vieillissement de la population est un défi pour tous les pays, occidentaux comme émergents. Il faudra réaliser des progrès en termes de santé ainsi qu’en termes d’organisation pour éviter que cette chance, l’augmentation de l’espérance de vie, ne se termine pas en cauchemar pour nos sociétés. Aujourd’hui, la répartition de la charge incombe aux actifs à travers un processus de solidarité intergénérationnelle qui atteint ses limites. A défaut de retrouver les sentiers de la croissance assez rapidement, entre les dépenses d’assurance-vieillesse, d’assurance-santé et  celles liées à la dépendance, la France risque rapidement d’être confrontée à un mur. Il est estimé que le vieillissement, au sens large du terme, pourrait accaparer, en 2035, 30 % du PIB. Pour échapper à cette fatalité, il est urgent de favoriser une rupture technologique nous ouvrant un nouveau champ de croissance et de réfléchir à une allocation plus efficace de nos richesses et de nos patrimoines.


Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

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