Le tribut que les automobilistes ont payé à la crise des finances publiques | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Une catégorie de contribuables est particulièrement exposée : les automobilistes parisiens.
Une catégorie de contribuables est particulièrement exposée : les automobilistes parisiens.
©Reuters

Pression fiscale

Le tribut que les automobilistes ont payé à la crise des finances publiques

Les impôts locaux constituent la principale préoccupation des électeurs. Et une catégorie de contribuables est particulièrement exposée : les automobilistes parisiens font les frais de taxes, de procès-verbaux de stationnement et de frais d'enlèvement de plus en plus chers.

Laurent Meriaux

Laurent Meriaux

Laurent Meriaux est cadre dans le business development. Depuis maintenant plus de dix ans, il accompagne les sociétés de haute technologie dans leur développement à l'international.

Voir la bio »

A Paris comme ailleurs, tous les sondages le disent, les impôts locaux constituent la principale préoccupation des électeurs. A tel point que la réponse apportée par les candidats à cette question brûlante pourrait bien s'avérer décisive, alors que la campagne municipale bat son plein. Une catégorie de contribuables est particulièrement exposée à une forme d'impôt direct devenue, dans la capitale, incontournable. Les automobilistes parisiens font en effet les frais de taxes, procès-verbaux de stationnement, frais d'enlèvement de plus en plus fréquents, mais aussi de plus en plus chers.

« Derrière le sourire… la facture », l’affiche de Nicolas Miguet mettant en cause la gestion socialiste de la ville de Paris et les hausses d’impôts qui viendraient couronner une victoire d’Anne Hidalgo a fait couler beaucoup d’encre. La formule n'est pas creuse. Elle cache une vérité inquiétante : la gestion de la capitale par l’équipe sortante se solde par une explosion de la dette. Près de 4 milliards de dette début 2014 alors que Bertrand Delanoë avait pris la tête d’une municipalité endettée « seulement » à hauteur de 1,39 milliard d’euros en 2001.

Dans le même temps, les impôts locaux ont augmenté de 40 %. Paradoxe ? Pas tant, si l'on veut bien se pencher d'un peu plus près sur les dépenses de l'administration Delanoë. Le Maire sortant a embauché 10 000 agents supplémentaires, portant à 73 000 le nombre de fonctionnaires gérant la capitale, soit plus que pour le grand Londres (60 000 pour 8M d'habitants) ou l'Union européenne. Parmi eux, Delanoë s'est doté de 36 adjoints au Maire, à 500 000 euros l'unité, mais a aussi équipé la Mairie de Paris d'un arsenal de véhicules de fonction (68) et d'une armée de chauffeurs (75).

On l'aura compris, l'administration dépense, et il faut bien que quelqu'un trinque. Ce quelqu'un, c'est l'automobiliste parisien, véritable vache à lait traite jusqu'à ce que dessèchement s'en suive. Même pas pour renflouer les caisses de la ville, puisque la dette continue de se creuser, simplement pour rémunérer des fonctionnaires dont le nombre toujours croissant laisse songeur.

Ainsi, le journal Le Parisien annonce que la Mairie de Paris serait en train de réfléchir à une augmentation des tarifs de fourrière. De 126 euros actuellement, les frais d'enlèvement d'une voiture pourraient passer à 150 euros, auxquels viendraient s'ajouter 25 euros quotidiens de frais de garde, contre 10 euros à l'heure actuelle. Motos et scooters ne seraient pas non plus épargnés, l'enlèvement passant à 55 euros et les frais de garde à 10 euros par jour, contre 45,70 euros et 3 euros pour le moment. Raison officielle ? Les 250 000 enlèvements annuels effectués à Paris coûteraient plus cher qu'ils ne rapportent.

A la limite, pourquoi pas. Cette nouvelle, si elle était isolée, pourrait passer. Le problème, c'est qu'elle vient s'ajouter en queue d'un long cortège d'augmentations des tarifs liés à l'utilisation d'une voiture, confinant au matraquage.

Mi-juin 2011, la Marie de Paris, pour « inciter les Parisiens à se garer dans les parkings souterrains », revoit le découpage des zones tarifaires dans la capitale. Résultat : dans un certain nombre d'arrondissements parisiens, il faut désormais débourser 3,60 euros par heure de stationnement, contre 2,40 auparavant. Dans d'autres arrondissements plus périphériques, les tarifs passent du simple au double, d'1,20 euros l'heure, on passe à 2,40 euros.

Et puis, quand on « oublie » de payer, les choses se corsent. Passé de 11 à 17 euros en 2011, le prix du PV pourrait encore grimper en flèche. Des pistes sont explorées, des chiffres sont avancés : 30, voire 35 euros. A moins que l'infraction de stationnement non payé soit dépénalisée et devienne une redevance forfaitaire, donnant lieu à une tarification à la carte laissée à la discrétion des villes. La possible hausse à 35 euros le PV est jugée « scandaleuse » par l'association 40 Millions d'automobilistes. Qu'en serait-il d'une redevance forfaitaire laissée à l'appréciation des villes ? On est en droit d'avoir peur, quand on connaît la propension de la capitale à siphonner ses automobilistes. Parisiens, tremblez.

Pour tenter de colmater les brèches de la gestion socialiste de la ville, même la droite veut se mettre à délester les automobilistes. Sous couvert de « transition énergétique », de « développement durable », de « transport écologique » etc., Nathalie Kociusko-Morizet, candidate UMP à la Mairie de Paris, veut mettre en place un péage vert, qui « permettrait de circuler autrement à Paris », sans qu'il soit précisé en quoi exactement.

Le mécanisme de « péage vert » proposé par Kociusko-Morizet, s'il n'interviendrait après tout que pour tenter d'éponger en partie la dette laissée par l'équipe de Delanoë, reprend à son compte et illustre bien la logique de l'équipe socialo-écologiste en place. Tout se passe exactement comme si, dans une ville ayant érigé la doxa bobo-écolo au rang de parole d'évangile, la voiture était devenue le bouc-émissaire idéal, le symbole de la décadence du monde moderne, sur lequel l'administration tombe à bras raccourcis sans aucun scrupule. Autrement dit, on vous laisse conduire vos « chariottes du diable », responsables de la pollution de la ville, alors ne venez pas vous plaindre si ça vous coûte un bras.

Le biais écologiste constitue un formidable mobile, permettant à la commune de racketter les automobilistes à loisir, en gardant bonne conscience. Et tant pis si nombre de ces automobilistes n'ont pas d'autre choix que de se déplacer en voiture. Tant pis si le rêve d'un Paris sans autos, séduisant certes et affiché de plus en plus explicitement par les élus écolos, est totalement illusoire. Hypocrisie, quand tu nous tiens.

On l'aura compris, le tribut que les automobilistes payent à la crise des finances publiques parisiennes n'est pas près de s'alléger. Pour ceux qui ne veulent pas s'avouer vaincus, des recours existent toutefois. L'un d'eux consiste à s'adresser aux francs-tireurs de l'Automobile club des avocats (ACDA), qui s'est fait une spécialité de déceler les failles juridiques permettant d'échapper à ses amendes. Maigre consolation, en attendant qu'on arrête un jour, peut-être, de diaboliser les automobilistes ?

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !