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Photo prise le 14 décembre 2021 montrant le colonel français Faivre (C) offrant la clé symbolique du camp Barkhane au colonel malien lors de la cérémonie de remise de la base militaire de Barkhane à l'armée malienne à Tombouctou.
Photo prise le 14 décembre 2021 montrant le colonel français Faivre (C) offrant la clé symbolique du camp Barkhane au colonel malien lors de la cérémonie de remise de la base militaire de Barkhane à l'armée malienne à Tombouctou.
©FLORENT VERGNES / AFP

Opération Barkhane

Le retrait du Mali marque la refondation des relations franco-africaine

L’annonce officielle du retrait des forces françaises et européennes du Mali était attendue. Si Barkhane a rempli son rôle en empêchant l’effondrement d’une région vaste comme l’Europe, le temps était venu d’adapter le dispositif à un nouveau contexte. Un nouveau chapitre des relations franco-africaines s’ouvre. Prometteur, il devrait prendre à contrepied aussi bien les Russes que les putschistes au pouvoir à Bamako.

Raphaël Chauvancy

Raphaël Chauvancy

Raphaël Chauvancy est officier supérieur dans l'infanterie de marine, détaché depuis 3 ans au sein des UK Commando forces - Royal Marines. Il est également chargé du module "intelligence stratégique et politiques de puissance" à l'école de guerre économique (Paris). Il a publié une dizaine d'ouvrages, et collabore régulièrement à différentes revues (Conflits, Diplomatie, Marine et Océans...) et sites internets (Theatrum Belli, geopoweb...).

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Aucune réponse militaire ne peut pallier les insuffisances d’un Etat failli. Peut-être grisée par les remarquables succès tactiques de ses troupes, la France a mis du temps à voir la partie malsaine qu’une élite corrompue jouait contre elle. Tout en se reposant sur Paris pour verser son or et son sang, les dirigeants maliens l’ont en sous-main désigné comme responsables des maux du pays, s’exonérant ainsi de leur incurie et de leur corruption. La vieille ficelle de l’oppression néocoloniale tient toujours avec une population désespérée et prompte à la colère. 

A rebours de tous ses engagements, la junte militaire parvenue au pouvoir après le coup d’Etat de 2021 à Bamako a reporté les élections de… cinq ans. La communauté internationale ne pouvait rester sans réagir, entraînant la mise au ban du pays. Son nouvel homme fort, le colonel Assimi Goïta, a notamment très mal accepté les exhortations françaises à respecter l’Etat de droit.

C’est alors que la Russie est entrée dans le jeu, trop heureuse de mettre ce qu’elle pensait être une pierre dans le jardin militaire de la France, en se livrant à des opérations de désinformations massives contre la France et en proposant aux putschistes le déploiement de mercenaires de la société Wagner.  Dans un sursaut d’orgueil blessé et en espérant faire perdurer leur régime, ils ont accepté, croyant trouver ainsi une alternative au soutien des français, décidément trop démocrates à leur goût.

Il fallait beaucoup d’aveuglement pour croire que les « affreux » qui se sont plus illustrés par leurs exactions en Centrafrique que par leur aptitude au combat feraient aussi bien que les marsouins et légionnaires. Ils sont de surcroît dépourvus de capteurs pour collecter le renseignement indispensable à toute action et n’ont pas de force aérienne. La poudre aux yeux militaire de Wagner risque de se dissiper très vite. Or, sans un soutien extérieur solide, l’armée malienne est absolument incapable de faire face aux groupes djihadistes. La junte court le risque d’un échec majeur dans le seul domaine susceptible de lui conférer une certaine légitimité : la sécurité.

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Comme un malheur n’arrive jamais seul, la Russie n’a que des ressources limitées et le Mali ne figure pas parmi ses priorités. Elle a des capacités de nuisance certaines, mais elle est d’autant plus incapable d’y jouer un rôle de premier plan qu’un des principaux handicaps du pays est le sous-développement économique.

Le départ français va laisser Moscou et Bamako face à leurs responsabilités. Les Russes n’auront d’autre choix que de fournir un effort rédhibitoire pour leurs faibles ressources ou de voir afficher publiquement leur faiblesse. Ils feront beaucoup moins bien que la France sur le terrain des armes et seront inconsistants en termes d’aide au développement. Le piège se referme, mais pas sur les Français.

La nouvelle stratégie française permettra en revanche de recentrer les forces disponibles et de mettre davantage en avant les forces armées locales en suivant la vieille leçon de Lawrence d’Arabie : il vaut mieux laisser les autochtones « faire les choses de manière acceptable que de les faire vous-même à la perfection. C’est leur guerre, et vous êtes là pour leur venir en aide, pas pour la gagner à leur place ». L’essors du partenariat militaire opérationnel devrait faciliter la montée en gamme des forces africaines, les forces spéciales et conventionnelles alliées se concentrant sur les indispensables missions coup de poing dont elles maîtrisent les procédés.

La volonté affichée de porter l’effort sur l’amélioration des conditions de vie des populations civiles devrait également produire des résultats à terme. Il s’agit d’un nouveau partenariat stratégique qui rompt définitivement avec les derniers souvenirs de la Françafrique. Le paternalisme condescendant des Français, qui étaient prêts à avaler toutes les couleuvres de la part de leurs anciens colonisés sous prétexte de « devoir historique » ou pour conserver leur « influence » dans une perspective territoriale dépassée, touche à sa fin. L’infantilisme de certains pays africains, trop heureux de faire faire payer la note de leurs errements à Paris, s’achève simultanément. Le repli de l’armée française du Mali est à cet égard un tournant majeur. Les promesses d’un renouveau des relations bilatérales entre la France et l’Afrique sur la base du respect mutuel et de la prise de responsabilité de chacun offre une voie prometteuse, même si le chemin sera encore long et parsemé d’embuches.

En tout état de cause, la situation du Mali dans les mois à venir devrait servir de répulsif et de contre-exemple pour les Etats de la région. Non seulement Paris reste impliqué au Sahel mais la modernisation des formes de son engagement devrait même donner un nouvel élan à sa politique africaine.

Pendant ce temps, le colonel Goïta s’apprête à verser 10 millions d’euros par mois aux mercenaires de Wagner. C’est-à-dire le prix de près de sept millions de bouteilles de lait dans un pays où 10% des nourrissons souffrent de malnutrition aigüe et où 82% des enfants sont victimes de carences alimentaires. L’amitié russe a un prix.

Raphaël Chauvancy, enseignant en intelligence stratégique à l’Ecole de guerre économique et auteur des Nouveaux visages de la guerre (VA éditions 2021).

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