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Le président de la République, Emmanuel Macron, lors d'une réunion à l'Elysée.
Le président de la République, Emmanuel Macron, lors d'une réunion à l'Elysée.
©ludovic MARIN / POOL / AFP

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Le « quoi qu'il en coûte » a été une bénédiction, mais c’est fini. Voilà pourquoi il va falloir urgemment baisser les dépenses publiques

La France a dépensé des milliards pour soutenir l'économie, mais des milliards qu'elle n'avait pas. Il va donc falloir arrêter le quoi qu’il en coûte et commencer à baisser la dépense publique, si on ne veut pas tomber en dépendance du FMI et de l'Allemagne. C'est possible.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L’argent magique n’existe pas, mais l’argent pas cher va rester abondant. Ce qui veut dire que la France et d’autres pays ont bien fait de s’endetter mais il faudra rembourser cette dette colossale. Contrairement à ce qu’affirme les prophètes de malheur, le remboursement de cet endettement est possible à deux conditions : que la France génère de la croissance à un taux supérieur au prix de l’argent et que l’Etat et l’administration arrêtent de charger les dépenses publiques.

Ça passera d’autant mieux que le taux de croissance sera fort et /ou que les taux d’intérêt de progresseront pas et c’est probable. 

L’équation budgétaire pour les quinze ans à venir est simple : de la croissance mais moins dépenses publiques. Ce qui n’est évidemment pas contradictoire. L’explication tient en 3 points.

1er point : « Le quoi qu’il en coûte » décrété par le président de la République dès que la pandémie a envahi la société française en 2020, a été une aubaine pour le système économique, qui a pu ainsi protéger tous les actifs de production (matériels, fonds de commerce et personnels salariés). A noter que la plupart des pays du monde ont déployé d’immenses efforts pour sauver l’avenir des économies. La France a sans doute été plus généreuse que beaucoup d’autres pays, peut-être parce que ses structures économiques étaient plus fragiles ou plus « addicts » aux protections sociales, mais peu importe. On découvre que l’Etat providence coute cher quand on commence à avoir des difficultés à le payer.

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Ce mécanisme de soutien sans précèdent a néanmoins eu des effets bénéfiques. L’appareil de production est en état de repartir très vite, dès que les conditions sanitaires seront totalement clarifiées et que la confiance sera revenue.

Cela dit, cette situation très protectrice a créé une situation de dépendance à l‘Etat. Pendant plus d’un an, l’Etat a imposé sa loi sur les commerces, les voyages et sur la plupart des activités de production. Plus de 4 millions d’entreprises ont bénéficié des mécanismes offerts (fonds de solidarité, Prêts garantis par l’Etat et allocations de chômage partiel). Ajoutons qu’avec ces perfusions, l’Etat contrôle plus de 63% des richesses françaises par l’ampleur des dépenses publiques. Conséquence : les initiatives de sauvetage ou de réaction ont été laissées à l’Etat et à ses administrations.

Cette situation dont l’Etat est absolument responsable, a, qu'on le veuille ou non, endormi ou anesthésié une grande partie du secteur privé. Le privé a d’ailleurs accepté cette emprise historique.  A noter qu’au même moment, beaucoup d’acteurs du privé ont regretté que l’Etat ne soit pas assez présent, alors qu’il ne l'a jamais été autant que dans la situation actuelle. Situation paradoxale, mais quand l‘Etat a complètement échoué dans ses obligations, ce sont des entreprises privées qui nous ont permis d’éviter la catastrophe. Sur les masques, les tests ou les vaccins, l’Etat n’a pas été bon. Les entreprises privées, elles, ont fait le job.

En général, la dépendance à l’Etat providence n’encourage pas l’initiative et l’imagination.

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2e point :  L’argent dépensé par l'Etat providence a grevé les dépenses publiques dans des proportions importantes, puisque le déficit public a atteint 9 % du PIB. Trois fois la norme habituelle qui marque la limite à ne pas dépasser pour que cet excès soit supportable.

Plus grave, cet argent a été emprunté sur les marchés internationaux à des taux d’intérêt proches de zéro, ce qui fait que la charge financière de l’Etat a baissé alors que la dette a explosé pour atteindre les 120% du PIB. La France n’est pas le pays le plus endetté en Europe, mais la France, comme les autres, aurait eu tort de ne pas emprunter à ce niveau.  La France a emprunté près de 400 milliards d’euros en 2020, dont 200 milliards au titre du soutien à la crise Covid, le fameux « quoi qu‘il en coûte », mais ce qu’on oublie souvent, c’est qu’on a aussi emprunté 200 milliards, au titre de la couverture des dépenses de fonctionnement habituelles.

Cet endettement va d’ailleurs encore continuer de s’accroitre puisqu’en 2021, la France a déjà emprunté plus de 280 milliards d’euros, ce qui fait qu’à la fin de l’année, on aura encore emprunté près de 700 milliards d’euros. Dans ces 700 milliards, on trouve pour plus de la moitié, toujours de l’assistance Covid liée au confinement, on trouve du soutien au titre de la relance digitale, environnementale et industrielle. Le financement de ce type de stratégie industrielle doit bénéficier aux entreprises qui se réimplantent dans l’Hexagone au nom du made in France... Mais sur les 700 milliards d’endettement nouveau en 2021, on trouvera aussi pour la moitié, un financement des dépenses publiques classiques.

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Donc la situation va devenir difficilement supportable parce qu’à ce niveau-là, elle rend le système français très vulnérable et nous met en risque d’avoir à affronter une remontée des taux d’intérêt.

3e point : la situation est théoriquement gérable à des conditions qui, elles aussi, sont acceptables. La dette publique est une dette à long terme (plus de 10 ans) et à taux très bas. Cette dette est donc amortissable sans trop de difficultés, à une condition : que la croissance rebondisse et surtout que la dette ne s’accroisse pas.

Si la croissance revient aux alentours de 3 % alors que le coût des emprunts est de 1%,  la dette se réduit mécaniquement de 2%.

Le problème, c’est que pour réduire le stock de dettes, il faut aussi réduire impérativement le déficit budgétaire de fonctionnement.

Et pour réduire le déficit budgétaire, on peut certes compter sur une augmentation des rentrées fiscales (liées à la croissance), mais il faut surtout maitriser l’évolution des dépenses publiques.

Le gouvernement, quelqu’il soit, ne pourra pas procéder à un matraquage fiscal, la pression fiscale est déjà trop forte et toute augmentation met en risque de ralentissement économique l’appareil de production.

En revanche, n‘importe quel gouvernement, quel qu’il soit, sera obligé de comprimer la dépense publique, un exercice très compliqué dans n’importe quelle situation politique.

Les dépenses de fonctionnement en France sont principalement des dépenses de personnel et des dépenses sociales (assurance maladie, chômage, retraite). Autant dire que de toucher aux dépenses publiques en France revient à ouvrir des dossiers politiques très brulants.

Or, si l’allègement des prélèvements obligatoires ne peut passer que par la baisse des dépenses publiques, il faut évidemment engager des réformes de structure qui réduiraient  le périmètre de l’Etat (le privé est parfaitement capable de réaliser certaines des missions de l’Etat à des conditions moins couteuse et plus efficaces). Mais il faut aussi obtenir de la collectivité un effort collectif pour réduire les dépenses de fonctionnement. Pour l’instant, les conditions politiques ne sont pas réunies. Il ne semble pas qu’il existe sur le marché politique actuel, un courant ou un candidat potentiel qui le propose.

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