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Le problème avec les chiens policiers renifleurs
©Reuters

Extension du domaine de la snif

Le problème avec les chiens policiers renifleurs

Les brigades canines américaines se sont dotées de cette nouvelle arme dans la lutte contre la pédopornographie. Mais leur efficacité ne fait pas consensus.

Des chiens à la poursuite des puces (électroniques) : nous vivons une époque pleine de surprises. Car s'il est concevable qu'un chien renifle du cannabis, il peut aussi détecter une tumeur cancéreuse naissante, récupérer une bière au frigo, vous remplacer le jour de votre mariage, et dénicher des disques durs remplis de pédopornographie.

Cette nouvelle espèce de détective avait déjà fait les gros titres en juillet 2015 quand Bear, un labrador noir de la police de Seattle, avait permis aux enquêteurs de mettre la main sur un disque dur externe contenant plusieurs centaines de vidéos pornographiques impliquant des enfants, et appartenant à Jared Fogle, l'ancien porte-parole de l'entreprise de fast-food Subway.

La taille des objets de stockage électroniques diminue chaque année, et chercher une carte micro SD dans un appartement semble encore plus compliqué que de retrouver une aiguille dans une botte de foin.

C'est ici qu'interviennent les chiens renifleurs : leur habileté olfactive donne un vrai coup de pouce aux unités de police. L'odeur précise qu'ils flairent reste un secret de dressage (afin de ne pas donner toutes les informations aux criminels qui nous liraient), mais il est probable que ce soit celle de la colle utilisée entre les composants.

Mais quelle qu'elle soit, cette odeur est si fine qu'elle requiert entre six à neuf mois d'entraînement – période plus longue que pour le dressage d'un renifleur de cannabis. Par conséquent, ces chiens coûtent cher : Bear, par exemple, a été acheté $9 500 (8 500€) par la police. Conséquence de leur efficacité, neuf d'entre eux sont aujourd'hui en activité. Le dernier né, URL, a été récupéré dans un refuge alors qu'il n'était qu'un chiot, et il peut aujourd'hui flairer des disques durs, des tablettes, des téléphones portables, des cartes SD, des cartes SIM et d'autres choses encore.

L'action de la police se démultiplie grâce à ces chiens, et gagne en efficacité. Ainsi, la Motion Pictures Association of America a financé des dresseurs pour permettre à deux labradors, Flo et Lucky, de sentir le polycarbonate des DVD : depuis 2008, ces deux-là ont participé à plus de 35 raids, permettant la saisie de 1,9 million de DVD pirates.

Le meilleur ami de l'agent, en effet, possède un odorat dix à cent mille fois plus développé que celui des humains. Non seulement leurs cavités nasales sont proportionnellement plus grandes, mais le nombre de leurs cellules olfactives est également astronomique. Un dresseur donne l'analogie suivante au Washington Post : si l'on étalait tous les récepteurs olfactifs humains avec un couteau à beurre, on couvrirait à peine un timbre-poste ; ceux du chien recouvrent un torchon.

Contestation croissante

Pourtant, le rôle des chiens policiers subit une contestation croissante. En effet, vous connaissez l'animal : il n'aime rien tant qu'à plaire à son maître. Par conséquent, à moins que son dressage n'ait clairement tenté d'atténuer ce désir, il arrive que le chien alerte sa brigade sans autre raison que celle de vouloir montrer son efficacité en confirmant les soupçons des policiers. Comprenant le langage non-verbal du dresseur, l'animal en vient à aboyer pour le plaisir de se voir récompenser.

Et aux États-Unis, les juges ont statué à plusieurs reprises que l'alerte d'un chien suffit à justifier une fouille approfondie des effets du suspect. Or, si l'on considère que la police peut manipuler la réaction de ses chiens – ou, simplement, si elle n'a pas pris les mesures nécessaires pour que la manipulation soit impossible –, il n'y a qu'un pas jusqu'à considérer qu'ils procèdent à des fouilles illégales. Dans un cas qui a fait couler beaucoup d'encre, U.S. vs. Bentley, le chien renifleur nommé Lex avait un taux d'alerte de 93%. C'est-à-dire qu'il alertait son maître dans 93% des cas où il était appelé. Mais son taux de succès n'était qu'à 59% : autrement dit, quatre fois sur dix, il justifiait la fouille d'un innocent. Les juges ont d'ailleurs appris qu'à chaque fois qu'il alertait, son maître le récompensait. Il est donc tout à fait concevable que le chien n'alerte que pour le plaisir de son maître.

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