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Le Premier ministre tchèque et chef du mouvement ANO, Andrej Babis, lors d'une conférence de presse à Prague le 9 octobre 2021 à la suite des élections en République tchèque.
Le Premier ministre tchèque et chef du mouvement ANO, Andrej Babis, lors d'une conférence de presse à Prague le 9 octobre 2021 à la suite des élections en République tchèque.
©JOE KLAMAR / AFP

Nouveaux visages

Le populisme trébuche en Europe de l’Est et la relève est… conservatrice 

Beaucoup se sont réjouis à l’Ouest de la défaite d’Andrej Babis en République tchèque et de la démission du chancelier autrichien Sebastian Kurz. L’UE se sauvera-t-elle mieux avec ceux qui leur succèdent ?

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Le paradoxe d'une Europe centrale où l'alternance politique se fait au nom du conservatisme

Remplacer des conservateurs détestés... par d'autres conservateurs ! 

Avouons qu'il y a de quoi sourire à la lecture du titre du journal Le Monde consacré au résultat des primaires organisées pour faire émerger un adversaire au Premier ministre que haïssent nos bien-pensants: "En Hongrie, l'opposition choisit un candidat "conservateur et croyant" pour faire face à Vilktor Orban. Effectivement, dans un scrutin au résultat paradoxal, Peter Marki-Zay a été choisi par la coalition des six partis qui, de la droite à la gauche, s'unissent pour essayer de faire perdre Orban. En particulier, le maire écologiste de Budapest, Gergely Karacsony, s'est retiré pour faire élire un homme dont les forces d'une opposition jusque-là émiettée, pensent qu'il est le seul à pouvoir faire battre le Premier ministre qui remettra en jeu son mandat au printemps prochain Les médias ont beau traiter Orban de nationaliste ou d'homme d'extrême-droite, personne ne devrait être dupe: l'actuel Premier ministre hongrois est un conservateur et l'on pense ne pouvoir le faire battre que par un autre conservateur ! 
En République tchèque, le Premier ministre Andrej Babis, homme de centre-droit volontiers qualifié de "populiste" par nos médias, a été battu de justesse par une coalition... de centre-droit, dont le chef, Pietr Fiala, devrait devenir le prochain Premier ministre. En Pologne, ceux qui voudraient déstabiliser la coalition eurosceptique au pouvoir, poussent Donald Tusk, lui aussi un homme de centre-droit. Le Premier ministre croate Andrej Plenkovic, qui est au milieu de son second mandat, semble bien parti pour affronter une opposition émiettée s'il se représentait dans deux ans. 

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Ceux qui se réjouissent à la perspective de faire battre, éventuellement, Viktor Orban ou espèrent faire chuter le PIS au pouvoir en Pologne devraient prendre garde au fait que les électeurs centre-européens, aujourd'hui, ne veulent pas remplacer des eurosceptiques par des partis de gauche mais par des conservateurs. 
Il y a bien des choses à dire sur les conservateurs en question. J'aurais personnellement du mal à voter pour un Marki-Zay, aussi "conservateur et croyant" soit-il, pour parler comme Le Monde, qui préfère s'allier à des sociaux-démocrates et des Verts pour faire battre un autre conservateur - puisque c'est ce qu'Orban est, lui aussi, profondément. Ceux qui passent des alliances paradoxales sont sans doute naïfs quant à leur capacité à manipuler des alliés  de gauche certes minoritaires mai qui ont tout le savoir-faire de la gauche quand il s'agit d'occuper des position de pouvoir. 
Néanmoins, une réalité s'impose; et on la voit dans beaucoup de pays, y compris en Europe occidentale - songeons au fait que le total Marine Le Pen + Zemmour + Xavier Bertrand en France pèse 45% dans les sondages et qu'on peut même y ajouter une bonne moitié de l'électorat d'Emmanuel Macron! Le rapport gauche-droite, en France, est très favorable à la droite en général. Que la droite soit divisée et choisisse quelquefois de se battre elle-même est une autre histoire. La France, l'Europe, sont en train de glisser de plus en plus clairement à droite dès qu'on est dans le cadre d'un vote démocratique. La gauche ne tient plus que par les grandes institutions internationales et supranationales qui donnent une caisse de résonnance démesurée à ses idées. Peut-être, là-aussi, les choses changeront-elles dans la mesure où la nouvelle génération de conservateurs europhiles qu'on veut opposer à leurs frères eurosceptiques pourraient faire bouger les lignes à Bruxelles. On a quelquefois des surprises quand on regarde de plus près: la coalition "Ensemble" qui arrive au pouvoir à Prague, a dans ses rangs l'ODS, dont les quatre députés européens siègent dans le groupe ECR....où siègent aussi les députés européens du PIS polonais. 
On peut donc penser que l'Europe centrale est, au choix, plus compliquée ou plus simple qu'elle n'en a l'air: c'est désormais à droite que se jouent les grands débats politiques.  

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