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L'extrême-gauche vaut-elle mieux que l'extrême-droite ?
L'extrême-gauche vaut-elle mieux que l'extrême-droite ?
©REUTERS/Gonzalo Fuentes

L'hôpital qui se moque de la charité

Le “ni, ni”, “une faute morale et politique” ? Ce que le PS découvrirait s’il était aussi exigeant sur sa gauche que vis-à-vis du FN

Selon Manuel Valls, la position de l'UMP portée par Nicolas Sarkozy, "ni front républicain, ni Front national", constitue "une faute morale et politique". Le Premier ministre devrait, cependant, regarder à deux fois sur ses propres extrêmes, et se demander pourquoi, aux yeux d'un sympathisant UMP, il est inconcevable de voter communiste.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Yves Roucaute

Yves Roucaute

Yves Roucaute est philosophe, épistémologue et logicien. Professeur des universités, agrégé de philosophie et de sciences politiques, docteur d’État en science politique, docteur en philosophie (épistémologie), conférencier pour de grands groupes sur les nouvelles technologies et les relations internationales, il a été conseiller dans 4 cabinets ministériels, Président du conseil scientifique l’Institut National des Hautes Etudes et de Sécurité, Directeur national de France Télévision et journaliste. 

Il combat pour les droits de l’Homme. Emprisonné à Cuba pour son soutien aux opposants, engagé auprès du Commandant Massoud, seul intellectuel au monde invité avec Alain Madelin à Kaboul par l’Alliance du Nord pour fêter la victoire contre les Talibans, condamné par le Vietnam pour sa défense des bonzes.

Auteur de nombreux ouvrages dont « Le Bel Avenir de l’Humanité » (Calmann-Lévy),  « Éloge du monde de vie à la française » (Contemporary Bookstore), « La Puissance de la Liberté« (PUF),  « La Puissance d’Humanité » (de Guilbert), « La République contre la démocratie » (Plon), les Démagogues (Plon).

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Cet article n'a pas pour vocation de défendre le Front national contre les reproches qui lui sont faits, mais de rappeler que mise à l'épreuve des faits, l'extrême-gauche, que Manuel Valls range dans le camp des "républicains", n'est pas irréprochable non plus.

Hors contexte, c'est parfois à s'y méprendre : "tous les salaires jusqu’à 1.500 € bénéficieront d’une augmentation de 200 € nets. Cette mesure sera notamment financée par l’instauration d’une Contribution sociale aux importations de 3 % sur la valeur des biens importés". Cette proposition n'est pas tirée du programme du Front de gauche, mais de l'autre Front, "national", celui-là. A la gauche de la gauche on tire les salaires un peu plus vers le haut, avec un Smic à 1.700 euros brut par mois pour 35 heures, mais l'esprit reste le même. Le FN se propose de baisser immédiatement de 5 % les tarifs du gaz, de l'électricité et du train. La gauche n'a a priori rien à redire à l'idée que l'Etat impose au marché la bonne marche à suivre, sans penser que cela aura forcément des incidences incontrôlées et déplaisantes à l'arrivée. Pour l'essence, le FN compte aussi baisser de 20 % la taxe sur le carburant, ce qui diminuera selon lui de 12 % le prix à la pompe. Une mesure qui sera financée "par une taxation des grandes entreprises pétrolières et gazières." Dans ce programme ambitieux, tout semble pouvoir se régler par l'impôt, quand ce n'est pas la dette : "la revalorisation des pensions de retraite sera effectuée, de même que les pensions de réversion versées au conjoint de la personne décédée, et actuellement fixées à 18.720 € par an, seront rehaussées à 30.000 €. Le point d’indice sera revalorisé pour les petits salaires de la fonction publique." Le Front de gauche, lui, propose "la titularisation immédiate des 800.000 précaires de le fonction publique". Alors même que certains socialistes ne sont pas loin d'admettre qu'un assouplissement de la fonction publique serait souhaitable pour soulager les finances publiques, les deux Fronts proposent, de concert, l'exact inverse. Concernant les banques aussi, le discours FN est résolument anti-marché : "le monopole des banques sera supprimé en déprivatisant l’argent public. La Banque de France pourra ainsi prêter au Trésor public sans intérêts. En 40 ans, la France a versé 1.400 milliards d’euros d’intérêts aux marchés financiers alors que nous avons 1.700 milliards d’euros de dette." Même son de cloche au Front de gauche : "Nous mettrons en place une nouvelle réglementation bloquant la spéculation et la financiarisation de toute l’économie et placerons sous contrôle social les banques privées qui la violeraient. Nous agirons pour changer les missions de la Banque centrale européenne et créerons en France un pôle public bancaire et financier qui agira pour l’emploi et les salaires, contre les délocalisations et la spéculation."

L'une des grandes différences se trouve dans le statut réservé à l'immigration, qui au Front de gauche, "n'est pas un problème". Le FN, lui, veut en finir avec la régularisation des clandestins, le regroupement familial ainsi que le droit du sol.

Atlantico : En se prononçant pour le "ni-ni", Nicolas Sarkozy commet "une faute morale et politique" selon Manuel Valls. Quelle efficacité le Premier ministre peut-il attendre de cette posture récurrente et moralisatrice ? De même que l'on parle de chantage affectif, dans quelle mesure peut-on parler de "chantage au ni-ni" ?

Yves Roucaute : Manuel Valls utilise ce levier pour mobiliser la gauche d'une part, et casser le lien entre une partie de la droite et du centre d'autre part. Cette union a bien fonctionné pour le premier tour des départementales, cependant des dirigeants de l'UDI, du Modem et de l'UMP ne sont pas favorables à cette politique du ni-ni, préférant voter socialiste contre le FN. Sur le plan tactique, c'était une carte que Manuel Valls avait intérêt à jouer face à un camp bien plus soudé que le sien. La gauche divisée, il cherche à la mobiliser, en incluant l'extrême-gauche et les Verts, contre le FN. "Face au fascisme, unissons-nous", pourrait-il presque dire !

C'est un chantage, dans la mesure où Manuel Valls utilise ce moyen pour instiller la discorde au sein de la droite, dont l'union n'est pas si solide que cela. Et ce faisant, il s'efforce aussi de renouer avec une unité inscrite sur de profonds malentendus. Car oui, la gauche s'est unie sur une fiction, et aujourd'hui les socialistes essayent de reproduire une sorte de simulacre, comme si la menace fasciste frappait à nos portes.

Christophe Bouillaud : Dans l’immédiat, sur les électeurs de droite ou du centre décidés à voter FN, faute de mieux, au second tour pour battre le candidat de gauche resté en lice, il est probable que l’impact d’un tel appel soit nul. Les électeurs de l’opposition ne changent pas d’idées sur l’opportunité ou non de voter FN dans un tel cas simplement à cause de l'appel d’un Premier ministre. En revanche, l’idée exprimée par Manuel Valls que le "ni-ni" serait une "faute morale et politique" de la part de N. Sarkozy permet de rejeter sur la droite une part de la responsabilité liée à l’élection de candidats frontistes face à des candidats de gauche. Cela permet, dans une certaine mesure, d’exonérer le PS de ses propres responsabilités, et d’expliquer devant ses propres électeurs de gauche l’étendue à venir du désastre du prochain tour. Quant au chantage au "ni-ni", il n’existe pas, puisque le PS se présente comme le parti "anti-FN" par excellence. Il est donc obligé de faire appel à ses électeurs pour "faire barrage" au FN, y compris en appelant à voter pour un candidat UMP.

En face, les alliances entre socialistes et gauche radicale (Front de gauche, EELV) ne posent pas de problèmes moraux aux dirigeants PS. Or, on se souvient que la "peur de l'immigré", pour ne prendre que cet exemple, était largement reprise par les élus communistes, Georges Marchais en tête. Historiquement, quelle contradictions cela fait-il naître ?

Yves Roucaute : C'est le grand problème de Manuel Valls aujourd'hui, et du Parti socialiste depuis longtemps. Ce problème, je l'avais déjà soulevé dans une tribune publiée dans Le Monde il y a deux ans : le PS, tel qu'il se conçoit aujourd'hui, est condamné. En effet, son union fictive avec la gauche établie à partir du Congrès d'Epinay, avec la signature du Programme commun, a été maintenue en dépit de l'absence de vrais sous-baissements théoriques et socioculturels. Hollande et Valls ne peuvent pas gagner avec la gauche de la gauche, car historiquement le PS est profondément anticommuniste. Guy Mollet ne disait-il pas "le Parti communiste n'est pas à gauche, il est à l'Est" ? N'oublions pas non plus que Léon Blum, en 1946, a fermé les portes du gouvernement aux communistes, et qu'en 1920 déjà, il avait refusé d'intégrer le PCF. Nous voyons donc qu'au plan national, la séparation entre les deux est historique. Sans oublier qu'au plan international, les pires ennemis des socialistes ont été les communistes : voyez comment ces deniers ont physiquement éliminé les socialistes en Europe de l'Est. Jamais la droite républicaine n'a commis des meurtres. Nous nous trouvons dans la continuité de l'histoire : le PS se trouve face à une extrême gauche dont les orientations démentent la prétendue compatibilité entre les deux : Europe, protectionnisme, isolationnisme, OTAN… Toutes ces questions sont sujettes à discorde.

En appeler à la morale comme le fait Manuel Valls, ce n'est ni plus ni moins qu'un cache-sexe de la crise interne de la gauche. Les socialistes voient la paille dans l'œil du voisin sans voir la poutre qui est dans le leur. Quelqu'un à l'UMP accepterait-il de voter communiste ? Ce serait inacceptable. Les socialistes, pourtant, le font. Mais les républicains n'ont pas à renter dans un tel jeu. Le PS doit se moderniser comme l'on fait les socialistes des autres pays européens. Ils doivent suivre les traces de Tony Blair et d'autres encore !

Christophe Bouillaud : Il ne faut pas exagérer cette prétendue "peur de l’immigré" qui aurait été promue par le PCF au début des années 1980. C’est certes là un lieu commun de l’anticommunisme de la droite française, mais ce sont là des phénomènes marginaux par rapport à la tradition internationaliste des communistes. De fait, dans les années 1970, c’est le plus souvent la CGT, qui constitue indéniablement alors une "courroie de transmission" du PCF, qui organise les mobilisations d’OS d’origine immigrée – non sans provoquer d’ailleurs l’irritation la plus grande de la part du patronat de l’époque. Par contre, il est vrai que, lorsque le PS s’allie au PCF dans les années 1970, ce dernier est organiquement lié à un mouvement communiste international qui parait encore en ascension. L’URSS est derrière le PCF. Et, en 1979, quand l’URSS envahit l’Afghanistan peu de gens imaginent que la fin de cette dernière aura lieu 12 ans plus tard. La droite, le RPR et l’UDF de l’époque, ont alors beau jeu de dénoncer dans le PCF une "cinquième colonne" au service de Moscou. Tout l’art de François Mitterrand sera de circonscrire cette "peur du rouge", d’un PCF qui, une fois aux affaires du pays, mènerait les chars soviétiques sur les Champs Elysées. Aujourd’hui, aucun des partis situés à la gauche du PS ne lui pose un tel problème, même si la droite veut faire comme si nous étions encore en 1975 : en plus de son écroulement électoral depuis 1981, le PCF n’a plus un centre soviétique auquel rendre compte ; le Parti de gauche n’est jamais qu’un rejeton de la gauche du PS, et EELV, fondé entre autre par un Daniel Cohn-Bendit très recentré depuis ses années à la Sorbonne, n’est pas vraiment un parti révolutionnaire. Il est donc logique que le PS ne voie guère de problèmes à s’allier à sa gauche, c’est bien plutôt le contraire : certains partis à sa gauche le voient lui comme un parti infréquentable parce qu’il est devenu un "parti de droite complexé" pour reprendre une expression en vogue à la gauche de la gauche.

En outre, l'hostilité à l'égard d'Israël est largement répandue au sein de la gauche radicale. Or Manuel Valls est un fervent soutien de l'Etat hébreu, et s'est régulièrement montré comme un pourfendeur de l'antisémitisme. Avant de donner des leçons de morale sur la posture que la droite devrait adopter vis-à-vis du FN, la gauche aurait-elle intérêt à procéder à un "audit interne" ?

Yves Roucaute : Là aussi, c'est toujours pareil. La SFIO de Blum et Mollet a toujours lutté contre l'antisémitisme. Si Blum a adhéré au parti, c'est en partie à cause de l'affaire Dreyfus. Les socialistes ont toujours été amis d'Israël. Le Parti communiste, lui, a changé de position au moment de la Guerre froide en devenant anti israélien. A côté, il existe une France d'extrême+gauche antisémite, qui se cache derrière l'appellation "antisioniste". Ce sont ses membres qui nourrissent l'antisémitisme dans les banlieues. C'est pourquoi Manuel Valls fait face à un grave problème identitaire. L'union dont il se prévaut est faite de bric et de broc, et ne sert qu'à récupérer des postes électifs.

Christophe Bouillaud : Il faut ici distinguer soigneusement ce que l’on appelle "hostilité à Israël" à l’extrême gauche et "fervent soutien de l’Etat hébreu" de la part de Manuel Valls. A l’extrême-gauche, il s’agit essentiellement d’une hostilité à la vision politique portée par les gouvernements israéliens successifs depuis que le processus de paix d’Oslo s’est enlisé, en particulier celle des derniers en date dirigés par le très droitier Benjamin Netanyahu. La politique des gouvernements Netanyahu, très marquée à droite sur le plan de la stratégie face aux Palestiniens mais aussi en matière économique et sociale, est critiquée en Israël même par la gauche israélienne. Inversement, il ne me semble pas que Manuel Valls veuille rompre avec la position traditionnelle de la France qui consiste depuis toujours  à préconiser une solution du conflit israélo-palestinien à deux Etats, Israël et la Palestine – ainsi la déclaration de Benjamin Netanyahu à la fin de sa récente campagne électorale sur l’impossibilité d’avoir un Etat palestinien ne reçoit en rien son approbation à ma connaissance. De même, en janvier dernier, Manuel Valls n’avait pas vraiment apprécié les appels de Netanyahu en faveur de l’immigration des juifs de France vers Israël. Bref, au niveau des dirigeants de la gauche dans son ensemble, il ne faut pas exagérer les divisions sur la question israélienne. Personne ou presque ne nie le droit d’Israël à exister, mais personne non plus ne l’encourage à annexer toute la Palestine.

Sur le plan programmatique, beaucoup de convergences sont observables entre FN et Front de gauche, au point de faire douter de la pertinence de qualificatif "extrême-droite" pour le FN. Si les programmes de l'un comme de l'autre étaient appliqués, les conséquences seraient-elles similaires pour la France ?

Yves Roucaute : Globalement, ce serait catastrophique dans les deux cas. Sauf que le Front de gauche, lui, n'a pas les moyens de faire pression. Sur le plan économique, on relève beaucoup de ressemblances, sur le plan social, c'est la même démagogie qui est à l'œuvre. Sur l'immigration, en revanche, ils diffèrent : la force du FN consiste justement dans sa capacité à lier cette thématique à l'emploi et au social, même si cela relève de l'imaginaire. Dans ce domaine, on peut dire que le PCF a abandonné le terrain de la défense des travailleurs français, il a manifesté des sympathies envers les immigrés clandestins qui ne sont pas passées auprès de son électorat. Le PCF a trahi sa base sociale.

Christophe Bouillaud : Cette convergence programmatique, essentiellement sur des thèmes économiques, ne doit pas faire douter pour autant que le FN soit d’extrême-droite et le Front de gauche d’extrême-gauche. En effet, le statut conféré aux étrangers, aux immigrés, ou aux descendants d’immigrés, dans la vision des uns et des autres diffère fondamentalement. Même si le FN ne le dit plus aussi clairement qu’avant, qu’il n’a plus même besoin de le dire tant sa réputation est faite sur ce point, il y a pour lui des habitants de la France qui sont plus importants que d’autres. Cela n’est bien sûr pas le cas au FG, et d’ailleurs certains auteurs y voient la cause principale de l’écart de force électorale entre les deux forces. Par ailleurs,  au moins sur le papier, le programme du FN est désormais bien plus révolutionnaire que celui du FG. Le FN condamne en effet résolument l’Union européenne et l’Euro. Le FG lui pense possible de changer les choses de l’intérieur de l’UE. Il soutient par exemple l’action d’Alexis Tsipras en Grèce qui pense pouvoir changer le sort des Grecs en restant dans le cadre, pourtant dénoncé à l’extrême gauche comme "néo-libéral" de la zone Euro. Le programme du FG, quand il veut lutter contre l’évasion fiscale des multinationales ou qu’il critique le "dumping social" par exemple, se rapproche en fait d’un programme de gauche fédéraliste et social-démocrate à l’échelle de l’UE. Le programme économique du FN, en ce qu’il décide de mettre la seule France en avant, apparait de fait bien plus radical. Cela fait sans doute d’ailleurs son attrait pour ses propres électeurs. Il présente du coup beaucoup plus d’inconnues pour juger de ses conséquences : sortir de la zone Euro va ainsi être vu comme les économistes les plus officiels comme un suicide économique et par d’autres plus prêts à envisager d’autres hypothèses de travail comme une voie de salut pour l’économie française. En tout cas, le rétablissement des contrôles physiques aux frontières du pays telle que prôné par le FN consisterait sans doute un choc pour bien des gens, y compris par exemple des électeurs alsaciens du FN contraints de faire la queue pour passer de l’autre côté du Rhin faire leurs courses.

On remarque que là où des candidats FN l'ont emporté lors des municipales, les candidats aux cantonales ont également rencontré un certain succès, ce qui laisse à penser que leur gestion n'a pas déçu. Sur le terrain, entre les élus de la gauche radicale et ceux du FN, un camp l'emporte-t-il en matière de respectabilité ?

Yves Roucaute : L'ancrage territorial du FN est la première leçon à retenir des municipales de 2014. Ses victoires ne sont plus accidentelles, ni épisodiques. Mais c'est aussi cela qui l'amènera à connaître une crise de croissance. L'extrême gauche non-communiste s'est toujours montrée incompétente au niveau territorial, tout comme les Verts, ce dont Daniel Cohn-Bendit s'est très bien rendu compte ; le PC avait son ancrage bien à lui, mais l'a perdu. Le FN fait aujourd'hui de la gestion dans les villes, presque de "l'assurance sociale", et récupère ainsi dans son électorat des gens qui votent sur le fait qu'ils se sentent enfin soutenus. Car les gens votent rarement pour un programme. Mitterrand, en 1981, n'a pas gagné sur son Programme commun, ni sur ses 110 propositions. Tout cela est marginal. Les gens qui votaient communiste dans les années d'après-guerre ne le faisaient pas par adhésion à l'Union soviétique, mais parce que c'était dans ce parti qu'ils trouvaient ceux qui les aidaient dans les villes et les villages. Ce qui est préoccupant actuellement, c'est que le FN soit ancré dans les campagnes. Avant, ce n'était qu'un parti de cadres. Aujourd'hui, Marine Le Pen en a fait un parti de masse.

Christophe Bouillaud :La vraie différence entre les deux camps, c’est que l’extrême gauche, en particulier le PCF, a des élus locaux en nombre depuis les années 1920 ! Ces élus ont largement eu le temps de montrer toutes les nuances possibles dans leur action politique, du meilleur, du moins bon et du pire. En tout cas, depuis les années 1980, c’est essentiellement grâce à la qualité de ses élus locaux, de ses maires en particulier, que le PCF existe encore dans la vie politique française. L’extrême-gauche a amplement démontré qu’elle sait gérer des collectivités locales et qu’elle peut se faire réélire pour cela. Le FN a tenté dans les années 1990 d’avoir un réseau d’élus locaux. Cela a disparu rapidement en raison des mauvais choix de personnes opérés alors par la direction du FN. Il n’en reste que Jacques Bompard à Orange, mais qui est un dissident de longue date du FN, et qui a créé son propre parti, la Ligue du sud. La nouvelle direction du FN essaye désormais de se doter d’un réseau d’élus de meilleure qualité. Les premiers maires importants de cette nouvelle vague FN ont été élus en 2014. A en juger par les réactions des électeurs au niveau des départementales, ces élus ne provoquent pas de rejet. C’est un indice plutôt encourageant pour ce parti. Mais le vrai test viendra pour le FN le jour où la réélection de ces élus de 2014 se jouera : auront-ils réussi à se construire un fief électoral ou pas ? Nul ne peut le savoir à ce jour.

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