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Le mystère du financement de la relance
©DENIS CHARLET / AFP

Le grand flou

Le mystère du financement de la relance

A l'occasion de son interview du 14 juillet, le chef de l'Etat a tenté d'apporter des réponses concrètes face à la crise de la Covid-19 en évoquant un certain nombre de mesures comme le plan de relance, la garantie qu'il n'y aura pas de hausse des impôts ou les aides pour les jeunes sur le marché du travail.

Pierre  Bentata

Pierre Bentata

Pierre Bentata, Fondateur de Rinzen, cabinet de conseil en économie, il enseigne également à l'ESC Troyes et intervient régulièrement dans la presse économique.

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Atlantico.fr : Qu'avez vous pensé de l'interview d'Emmanuel Macron ? Le chef de l'État a-t-il surpris ? 

Pierre Bentata : Indéniablement, l'interview longue face à deux journalistes constitue un exercice dans lequel notre Président excelle. Sur la forme, aucune surprise: il maîtrise parfaitement le tempo et l'ordre des sujets, répond calmement à toutes les questions et sait changer de rythme quand il le faut. Sur le fond, aucune surprise non plus, et là, c'est peut être un peu plus problématique. Nous étions sûrement nombreux à espérer quelques précisions sur les plans de relance, sur le tournant écologique et davantage encore sur la décentralisation annoncée lors de sa dernière allocution. Mais sur ces sujets, le Président est resté très évasif, ne prenant aucun risque en se contentant simplement d'annonces générales, vagues et consensuelles. Pas de surprises donc, car pas d'informations. 

A-t-il apporté des réponses concrètes aux questions économiques post-covid que se posaient les Français ? 

Malheureusement le Président n'a fourni que peu d'informations concrètes, et lorsqu'il l'a fait, les réponses n'étaient pas convaincantes. Ainsi, après avoir répété qu'il y aurait bien un plan de relance, plus important que prévu, et qu'il n'y aurait pas de hausse d'impôt, le Président n'a pas abordé la question du financement de la relance; or, il s'agit d'un sujet d'inquiétude pour une bonne partie des Français qui ont compris qu'à terme, l'endettement devra bien être payé par quelqu'un, et craignent que cela se traduise par des impôts ou une dégradation du pouvoir d'achat, pour eux ou pour leurs enfants.

Dans la même logique, et sur un point plus technique, le Président a précisé que les mesures de chômage partiel s'étendraient sur les mois à venir et que des mesures seraient mises en place pour éviter les plans sociaux et les dépôts de bilan. Sauf que, les économistes savent que cela pose deux problèmes: d'abord, un problème de financement car faire vivre l'économie sous perfusion coûte cher en argent public; ensuite, et c'est le point fondamental, en permettant à toutes les entreprises de survivre, l'Etat va créer une situation de dépendance de toute l'économie à la dépense publique, plongeant l'économie française dans une situation à la japonaise: une économie zombie, dans laquelle une part importante des entreprises ne vivent que de la manne publique, une économie sans croissance, morte vivante. Or, comment le Président compte-t-il endiguer ce phénomène? Rien n'a été dit à ce sujet. D'ailleurs, les seules précisions qu'il a apportées seraient plutôt de nature à inquiéter les entrepreneurs et les investisseurs puisqu'il a rappelé qu'en contrepartie du dispositif "d'activité partielle de longue durée", les entreprises devront mettre en place des procédés d'intéressement des employés aux bénéfices de l'entreprises et verront l'octroi de dividendes encadré, par l'Etat vraisemblablement. 

Dernier sujet important: comment va-t-on prendre en charge l'explosion du chômage qui aura lieu quelles que soient les mesures publiques mises en oeuvre? Rappelons qu'avec une récession de l'ordre de 12%, la France devrait avoir entre 1 et 1,5 millions de chômeurs de plus avant la fin de l'année. Que faire pour faciliter leur réinsertion rapide, comment empêcher qu'une telle explosion du chômage ne se traduise par une spirale dépressionniste? Là encore, pas un mot.

Au fond, le Président a voulu se montrer rassurant en affichant une continuité politique, mais cela a imposé un flou sur les mesures à venir. Flou dont les entreprises n'ont absolument pas besoin en ce moment. 

L'emploi chez les jeunes a été longuement abordé lors de cet entretien. Pensez-vous que ces dispositifs soient suffisants et concluants ?

S'il y a un bien une annonce nouvelle, c'est celle-ci. Le Président a en effet longuement expliqué son projet pour accompagner les jeunes: extension du contrat d'apprentissage, incitation fiscale à l'embauche des apprentis et des alternants, incitation à l'embauche des jeunes diplômés, création de 300 mille contrats d'insertion et de 100 mille places de formation dans le supérieur. 

Sur le plan purement statistique, tout cela est certainement efficace, car ce sont autant de mesures qui vont réduire l'offre de travail des jeunes et donc mécaniquement empêcher une explosion du nombre de chômeurs ou de demandeurs d'emplois.

Pour autant, sur un plan plus économique, ces stratégies sont toujours problématiques car en réduisant le coût relatif d'un jeune par rapport à un moins jeune, elles n'incitent pas à embaucher davantage mais seulement à favoriser un groupe au détriment d'un autre: ici, on cherche à protéger les jeunes, mais cela risque d'augmenter le chômage d'autres catégories, et cela alors que le coût de ces mesures pourraient bien être élevé. Par ailleurs, ces mesures peuvent aussi se traduire par des effets d'aubaine forts: les entreprises décidant de prendre en contrat d'insertion, d'alternance ou d'apprentissage uniquement les jeunes qu'elles auraient embauchés de toutes façons, ce qui creuse les déficits publics sans avoir aucun effet réel. 

Ici encore, on comprend bien que le Président s'est voulu rassurant, mais l'absence de précision sur le sujet a finalement de quoi inquiéter davantage. 

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