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Le bel âge du cerveau : pourquoi les personnes âgées ont une plus grande stabilité émotionnelle
©Reuters

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Le bel âge du cerveau : pourquoi les personnes âgées ont une plus grande stabilité émotionnelle

À contre-courant des idées reçues, le professeur de neuropsychiatrie André Aleman démontre, preuves à l'appui, que les personnes âgées jouissent d'une plus grande stabilité émotionnelle, d'une gestion plus efficace des situations de stress et d'une meilleure capacité à faire des choix. Extrait de "Le bel âge du cerveau", publié aux éditions Autrement (1/2).

André  Aleman

André Aleman

André Aleman est professeur de neuropsychiatrie cognitive au centre médical de l'université de Groningue, aux Pays-Bas, depuis 2006. Membre de l'académie royale des sciences néerlandaise, il étudie l'aspect neuronal des dysfonctions congnitives et affectives. Il a écrit plusieurs essais à succès de vulgarisation scientifiqque.

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Les scientifiques avancent divers arguments pour expliquer la plus grande stabilité émotionnelle des personnes âgées. Celles- ci ayant par exemple déjà traversé de nombreuses situations difficiles, elles sont moins atteintes quand l’une d’elles se produit. Une hypothèse intéressante consiste à dire que, comparés aux jeunes, les seniors ne sont plus autant tournés vers le futur et que, par conséquent, ils se fixent moins sur les choses restant à atteindre, mais davantage sur l’expérience du lieu et du moment présents. Cette attitude procure une plus grande sérénité et permet de mieux apprécier les petites choses qui rendent la vie agréable. Les jeunes sont parfois disposés à accepter les situations pénibles (comme un chef tyrannique) pour se rapprocher d’un objectif à long terme (une promotion). Pour les personnes âgées, les objectifs sont devenus moins importants, si bien qu’elles y réfléchissent à deux fois avant de subir telle ou telle situation. Selon une autre explication possible, les personnes âgées sont moins exigeantes et plus vite satisfaites que les jeunes. Peut- être parce qu’elles ont gagné en sagesse et en réalisme, ou, tout simplement, parce qu’elles placent la barre moins haut : elles tiennent compte des limites liées à leur âge. Les résultats de plusieurs enquêtes vont dans ce sens. Il se pourrait aussi que les plus âgés sachent mieux ce qui les rend heureux, cela leur permettrait de faire de meilleurs choix au quotidien. Certaines enquêtes ont notamment montré que les personnes âgées regrettaient moins souvent leurs achats que les jeunes. Cela s’explique par une moindre impulsivité et par une plus grande faculté à retenir les aspects positifs d’un article, une compétence vérifiée par des études sur la mémorisation d’informations relatives aux produits. À d’autres tests de mémoire (lors desquels il s’agissait de retenir une série de mots ou de lieux), on a constaté que, si les plus âgés avaient plus de peine que les jeunes à retenir des mots neutres et sans lien entre eux, ils étaient souvent aussi bons lorsqu’ils devaient mémoriser des combinaisons de mots significatives, investies d’une charge émotionnelle. La combinaison « rue, voile, souris » sera par exemple plus facilement mémorisée par les jeunes, mais ce ne sera pas le cas pour « été, fête, musique ».

Susan Charles et Laura Carstensen, chercheuses à l’université de Californie, ont formulé à ce sujet une hypothèse intéressante. Elles pensent que la perte de rapidité mentale accompagnant le vieillissement pourrait influencer positivement le fonctionnement socioémotionnel ; il est parfois préférable de ne pas réagir trop rapidement. Ainsi, lorsque quelqu’un fait une remarque piquante au détour d’une conversation, il est souvent préférable de peser ses mots plutôt que de répondre du tac- au- tac.

Enfin, la diminution des émotions négatives chez les personnes âgées s’explique par un dernier élément : elles se sont entraînées à gérer leurs émotions. Elles sont en quelque sorte devenues des expertes en ce domaine. Ce sujet vaut la peine d’être examiné plus en détail. Mais au préalable, nous devons en savoir plus sur les émotions en général.

Extrait de "Le bel âge du cerveau",  de André Aleman et Jean-Didier Vincent, publié aux éditions Autrement. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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