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Les parlementaires s’offrent quinze jours de vacances de printemps.
Les parlementaires s’offrent quinze jours de vacances de printemps.
©Reuters

Second souffle

La trêve des vacances parlementaires sera-t-elle la bouffée d’oxygène qui sauvera le gouvernement ou l’appel d’air qui alimentera l’incendie de la crise politique ?

Le Parlement, dont le calendrier est arrêté à la rentrée officielle d’octobre, s’offre quinze jours de vacances de printemps.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Le Parlement, dont le calendrier est arrêté  à la rentrée officielle d’octobre, s’offre quinze jours  de vacances de printemps. Une pause qui va permettre aux élus de reprendre le pouls de leur base. Pas de pause en revanche pour l’exécutif, qui va s’efforcer de reprendre la main et de replacer le débat sur le terrain économique après les interminables palabres sur le mariage gay, qui ont plombé les  messages positifs qu’il tente de faire passer en direction des patrons depuis quelque temps. François Hollande et Jean-Marc Ayrault veulent  faire comprendre, avec des gestes appropriés, comme ces mesures pratiques qui doivent être annoncées ce lundi aux Assises de l’entreprise, que l’emploi est bien la première préoccupation du gouvernement.

Cela sera-t-il suffisant pour "plomber" la manifestation pour la 6e République, mais surtout contre le gouvernement, que Jean-Luc Mélenchon organise le 5 mai prochain à Paris ? Sera-ce le signe que  François Hollande "tire les leçons" de cette première année de l’ère Hollande et que l’on entre dans "nouveau temps du quinquennat", comme le réclame Claude Bartolone et bien d’autres autres à Gauche ? Pour amplifier ce message, ne conviendrait-il pas de donner un signal plus fort et procéder à un remaniement ministériel, réclamé de toutes parts, presque de manière incantatoire ?  Comme si le changement de quelques têtes du gouvernement allait calmer les esprits, car en privé, des responsables politiques de gauche mais aussi de droite l’admettent : "On est sur un baril de poudre". Au PS, les élus les plus anciens et souvent les plus silencieux regrettent l’époque Jospin, "où l’action était structurée, où on savait où on allait".

Tous se sentent  désemparés et impuissants face à  la crise économique ; d’aucuns  voient dans le succès des manifestations contre le mariage homosexuels l’expression de l’exaspération générale d’une partie des Français. Alors, faut-il accompagner ce mécontentement, de crainte d’être débordé le Front National ou par l’émergence d’une nouvelles force politique de droite qui ressemblerait au "tea party américain" ? C’est  le débat qui fait rage à l’UMP ( où certains seraient en train de préparer un atterrissage de Frijide Barjot sur une liste aux prochaines élections européennes ). "Ma place de député n’est pas dans la rue", a déclaré Bruno Le Maire au dernier bureau politique, sous les applaudissements.

Mais Jean-François Copé, qui appelle les militants et sympathisants à manifester le 5 mai, et le 26 (à l’appel des "anti-mariage Gay"), est également applaudi. L’appel à participer à la manifestation du 26 mai prochain (alors que le mariage gay aura vraisemblablement été validé par le Conseil Constitutionnel, voire promulgué au Journal Officiel), crée un véritable clivage à l’UMP, où certains, à l’instar de Dominique Bussereau, parlent même de "divorce". Après les promesses d’abrogation de la loi en cas de retour au pouvoir (affirmation d’autant moins crédible que les mêmes avaient promis l’abrogation des 35H !),  les dirigeants de Droite reconnaissent qu’ils ne pourraient pas revenir en arrière ; tout au plus affirment-ils vouloir  être en mesure de "réécrire" le texte à propos de l’adoption d’enfants par les couples homosexuels. Ce débat autour de l’attitude à adopter dans la contestation du pouvoir  en place est à l’image de la division née des élections internes de novembre dernier.  Aujourd’hui, le parti "populaire" se trouve dans une situation ubuesque : il a adopté le principe de primaires pour la présidentielle de 2017, mais, faute de statuts toujours à l’étude, n’a pas  résolu la question de la direction du mouvement.

A l’Assemblée, les frictions se multiplient entre partisans de François Fillon et de Jean-François Copé . Le principe d’un nouveau  vote en septembre n’est ni acté, ni annulé : "On ne pourra pas rester dans cette dyarchie", prévient l’ancien président du Sénat, Gérard Larcher, qui reconnait que  l’"on est dans la quadrature du cercle : le président n’est pas légitimé et les militants ne veulent pas revoter". Jérôme Chartier, le porte-parole de François Fillon, note que "le temps est suspendu" .Il voudrait  croire (- sans le dire ), que François Fillon finira par se déclarer à nouveau candidat à la présidence du mouvement .Mais pour l’heure, l’intéressé reste silencieux et préfère  voyager à l’étranger ( il vient d’effectuer un déplacement aux Etats-Unis, et un autre en Allemagne).  "Pas de nouveau vote en septembre,  la gravité de la situation exige que l’UMP soit rassemblée et pense que la préparation des municipales va ressouder les troupes, car "rien ne rassemble autant qu’un combat politique externe".

L’ancien Ministre des Affaires Européennes veut aussi se concentrer sur la préparation de l’avenir. Il a pris conscience qu’ "à part les Institutions de la 5e République, tout est obsolète, il faut changer le système de A à Z : retrouver la compétitivité, revoir le coût du travail, la protection sociale, le régime des retraites avec un régime unique et une système par points, en finir avec le collège unique, revaloriser la formation en alternance … » Mais l’avenir, c’est dans quatre ans, ou avant si une dissolution venait perturber le temps politique.

Et l’avenir proche, personne ne sait de quoi il sera fait : de querelles d’anciens et de jeunes, de sociaux-démocrates qui s’opposent à tenants d’une ligne de  gauche radicale au Parti Socialiste, à coup de tribunes  dans la presse ? De copéistes et fillonnistes qui  s’affrontent  dans les instances de l’UMP au risque de voir les électeurs leur tourner le dos ? "La 5e république a une grande capacité d’absorption des  crises. Elle assure une forme de stabilité  au pays : elle a absorbé 68, Mitterrand a été battu en 86" (instituant la cohabitation entre la Droite et la Gauche), veut croire Gérard Larcher. Un optimisme que ne partage tous les "Sages" de l’UMP, qui comparent la situation actuelle de la France à celle de la fin de la 4e République … et redoutent qu’elle profite surtout à l’extrême droite. Des sujets de réflexion pour parlementaires "en vacances".

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