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jeunes jeunesse groupe covid-19 coronavirus fête
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©FRANCOIS GUILLOT / AFP

Envie de vivre

La sévérité affichée par le gouvernement face à l’envie de fête des jeunes Français est-elle la meilleure manière de gérer le "danger" sanitaire qu’elle représente ?

42% des 18-24 ans auraient l'intention de faire la fête en cette fin d'année 2020. Comment est-il possible de vivre des moments chaleureux et festifs tout en limitant les risques de contaminations ?

Pascal Neveu

Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Atlantico.fr : 42% des 18-24 ans comptent se lâcher lors de soirées en cette fin d'année. Ce besoin vital d'échanges avec les autres jeunes peut-il être compréhensible après plusieurs mois de restrictions sociales ?

Edouard Husson : C’est un besoin humain, tout simplement. Nos gouvernants désorientés ont attaqué depuis mars les fondements de la vie sociale. Edouard Philippe, il faut s’en souvenir, voulait bannir complètement la participation à des enterrements. Le pouvoir a interdit la participation aux cérémonies religieuses, même en prenant des mesures de précautions. Les personnes âgées ont été coupées de leur famille, enfermées de facto dans leur maison de retraite, avec de nombreux décès à la clé soit pour Covid non soigné, soit par suite d’un esseulement. L’imposition du masque à l’école pour les petits, la fermeture administrative des universités, la fermeture des cafés et restaurants, tout cela converge vers une seule chose: la destruction du lien social. Alors qu’une période d’épidémie devrait être un moment de resserrement des liens sociaux, le gouvernement, imbu de pensée technocratique, atomise le corps social. Cela conduit à dresser les générations les unes contre les autres. Emmanuel Macron sait-il faire autre chose qu’isoler telle ou telle catégorie pour l’intimider et la dresser contre le reste de la société? 

Pascal Neveu : Un sondage organisé fin novembre précisait que la jeunesse est la génération qui souffre le plus du confinement et est la plus pénalisée par l'épidémie.

Pour 57% des 15-30 ans le nouveau confinement est « difficile à vivre » (14 points de plus que depuis mars dernier chez les 18-24 ans), 11 points de plus que pour l'ensemble des Français qui, à 46%, le jugent difficile à vivre.
76% regrettent les soirées entre amis, 69% les sorties dans les bars et restaurants.

Ce chiffre ne m’étonne pas. J’entendais encore cette semaine des témoignages avec une répartition quasi similaire de jeunes qui vont respecter les consignes sanitaires, et d’autres qui ont déjà loué des maisons sans voisinage afin d’organiser une grosse fête, ni vu ni connu.

Mais ne soyons pas dupes. Dès le 1er confinement des soirées, des bars, des restaurants « clandestins », existaient, portes et rideaux baissés.

Mon questionnement repose sur la tolérance à la frustration chez une personne.

Elle est différente en fonction de notre âge, notre éducation, notre vécu, notre défiance face à l’autorité.

Cette frustration est liée à la rupture de la chaîne entre désir et plaisir. Elle engendre au delà d’une déception, l’idée que l’on vient empêcher une satisfaction, provoquant parfois des accès de colère et de défiance.

Il est vrai que l’intolérance à la frustration fait partie de nombreuses observations en pédopsychiatrie depuis une vingtaine d’années, face à une société de consommation, dans un monde en lien avec une interactivité accentuée par les nouveaux réseaux de communication.

Comment peuvent-ils vivre un moment chaleureux tout en limitant le risque de propagation ?

Edouard Husson : Je vous propose de sortir du cadre imposé par le gouvernement et les autorités sanitaires. Le Covid 19 est une épidémie tout à fait maîtrisable à condition de laisser faire les médecins généralistes. Regardez le documentaire « Mal Traités », qui est réussi, à la différence de « Hold Up »: cela commence par l’entretien avec un médecin mosellan expliquant comment il a été rappelé à l’ordre par le Conseil de l’Ordre pour avoir fait savoir dans la presse qu’il avait soigné efficacement le Covid 19 avec un antibiotique bon marché. L’azithromycine est d’ailleurs dans la combinaison médicamenteuse du Professeur Raoult. On se demande même si l’aspirine n’a pas une réelle efficacité contre le virus (ce serait à vérifier, je n’ai qu’une source). Tout cela tend vers l’idée que l’on a commencé par empêché la société de jouer son rôle: l’hypercentralisation du pouvoir a empêché des solutions locales d’émerger. Et puis il faut faire confiance aux gens. Qui va mettre en danger ses grands parents? Qui pourrait refuser de s’isoler le temps d’un traitement pour ne pas contaminer les siens?  

Pascal Neveu : Même si les jeunes privilégient les textos, les réseaux sociaux, ils ont besoin de contacts visuels, physiques, et nous l’observons tous, loin des caméras, ils s’embrassent, sont très tactiles.

Mais qui ne l’a pas connu à quelque période que ce fut ?

L’Organisation Mondiale de la Santé a encore rappelé ce mercredi la nécessité de conserver les gestes barrières et les masques même en famille durant les fêtes.

Ne soyons pas crédules. Combien respecteront ces consignes ? Combien n’ont cessé de livrer des chiffres et des messages non pédagogiques ?

Il est une réalité : la moyenne d'âge des cas contacts confirmés est de 46 ans, en légère augmentation sur les dernières semaines. L'âge moyen des personnes-contacts à risque identifiées est en légère augmentation avec une moyenne de 33 ans.
3% des patients hospitalisés dont 5% en réanimation sont âgés entre 15 et 44 ans.

Le risque n’est donc pas nul et surtout celui de contaminer dans les jours à suivre des personnes que l’on sait plus vulnérables que les jeunes.

Sans en arriver à une pensée culpabilisatrice, il faut tenter de rester raisonnable, même si l’esprit de fête, la musique, l’alcool, la joie de se revoir vont désinhiber les comportements sanitaires.

Je pense qu’il ne faut pas infantiliser les jeunes, mais les responsabiliser.

Car ils ne sont pas dupes. Ils savent parfaitement qu’un test effectué 48h avant la soirée, s’avérant négatif, ne signifiera pas être contaminé dans les heures qui suivent le test…

Je ne dis pas qu’il ne faut pas passer de test, et que les cas positifs devront dans ces cas là ne pas se rendre à une fête et s’isoler. La frustration en se pensant protéger autrui sera d’ailleurs plus facile à supporter.

Mais plusieurs cas de personnes confirmées positives ne se sont pas isolées, des adolescents sont déjà morts, et pas toujours avec des comorbidités expliquant les complications, car nous ne réagissons pas tous de la même manière en immunité.

Il faut parvenir à concilier le principe de plaisir (je suis confiné et frustré depuis des mois, ce sont les fêtes de fin d’année…) avec le principe de réalité (il y a ce coronavirus… et je connais le discours scientifique…), ce qui n’est un exercice évident pour personne, peu importe l’âge.

Mais ne pensons pas que les jeunes sont tous si insouciants que cela.

Gérald Darmanin a promis d'être "particulièrement sévère" avec les fêtes sauvages. Est-ce la bonne façon de parler aux jeunes ? Ne faudrait-il pas leur tenir un discours plus compréhensif pour les convaincre de ne pas prendre de risques inutiles ?

Edouard Husson : Ce sont des postures. Nous avons affaire à un gouvernement qui est incapable (encore plus que ses prédécesseurs) d’assurer la sécurité d’un certain nombre de territoire. Un gouvernement qui n’est même pas capable de défendre le nom d’une loi sur le séparatisme parce que quelques associations protestent. La police dispose de moyens insuffisants, elle reçoit l’ordre de laisser les Black Blocks casser comme ils veulent - sans doute pour effrayer le bourgeois et permettre à Macron de gagner au centre droit. Donc tout cela n’est pas très sérieux. Ce qui me surprend c’est la capacité de ce gouvernement à décourager des catégories qui pourraient voter pour lui - qu’il s’agisse des plus jeunes ou des personnes âgées, pour des raisons différentes. Je pense qu’on n’est plus dans une configuration politique à l’ancienne où le gouvernement se préoccupe d’acheter les suffrages de tel ou tel groupe. Mais dans une manipulation de pouvoir où l’on s’appuie sur l’idée d’une gouvernance mondiale, dont on espère qu’elle facilitera les grandes opérations de déstabilisation nécessaires à une réélection. Quant aux électeurs, il s’agit de dépendre d’eux le moins possibles et l’on cherche à définir qui est le moins utile pour taper sur lui de manière préférentielle et susciter une adhésion par défaut. 

Pascal Neveu : Nous avons presque l’impression de vivre la période de la prohibition, à Chicago, avec Al Capone.

Or n’oublions pas que la transgression a toujours titillé nos esprits.

Plus que savoir comment parler aux jeunes, il s’agirait déjà de ne plus être confus dans la communication concernant la Covid, les risques encourus qui ne concernent pas que les séniors.

Lorsque je travaillais à l’ex Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé, j’observais combien la France menait des campagnes dont le message ne parvenait pas à la population et encore aux moins jeunes.

Un effort considérable est à mener.

Et je ne pense pas que la menace de l’amende ou de la « matraque » parle aux jeunes… bien au contraire, surtout dans un contexte très chaud contre les forces de l’ordre et dans des âges de contestation de l’autorité.

Les jeunes, mais également les adultes, ont besoin d’avoir un référent, une image reconnue, qui explique clairement les choses de manière attractive et scientifique. Sans les infantiliser, mais en les rendant curieux de la recherche, des fonctionnements du corps humain.

A cet âge il existe un déni de la mort, et les jeunes saturent face au nombre de décès, d’hospitalisés…

Rappelez-vous le succès de la série « Il était une fois la vie » ou d’autres émissions comme Le magazine de la Santé… Les enfants et séniors ne sont pas les seuls vers lesquels nous pouvons nous adresser.

L’exercice n’est pas évident, et j’aimerais savoir celui qui possède la recette car nos voisins européens subissent les mêmes problématiques.

Un 31 décembre 2020 « blanc » est-il préférable pour un meilleur 31 décembre 2021 ?
La promesse d’un vaccin vient-elle atténuer les principes de précautions, malgré une forte méfiance ?
Les jeunes vont-ils être les seuls à incriminer alors que j’ai des témoignages de personnes plus à risque qui ont également organisé leur soirée clandestine ?

Les forces de l’ordre ne pourront pas tout surveiller.
Mais des voisins « amis » n’hésiteront pas à appeler le standard.

Reste la solidarité collective dont nous pouvons penser que nous ne sommes pas encore dépourvus… Et nous dire que nous devons prendre le maximum de précautions.

Qui n’a pas depuis quasi 1 an connu un proche tombé malade, un autre décédé.

Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais nous étions plusieurs collègues à réfléchir sur l’impact de pouvoir être, sans le savoir, un être humain et de cœur qui peut tuer… et comment le vivre par la suite.

Mais j’insiste sur le fait de ne pas sous-estimer les jeunes.

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