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Le drone iranien Shahed 129 exposé lors des célébrations à Téhéran pour marquer le 37e anniversaire de la révolution islamique, le 11 février 2016.
Le drone iranien Shahed 129 exposé lors des célébrations à Téhéran pour marquer le 37e anniversaire de la révolution islamique, le 11 février 2016.
©ATTA KENARE / AFP

Moscou serait à court de drones

La Russie pourrait acquérir des drones auprès de l'Iran

Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale du président Joe Biden a annoncé à la presse le 11 juillet que la Russie cherchait à acquérir des centaines de drones - dont certains armés – auprès de l’Iran afin de les utiliser dans la guerre en Ukraine. Il a toutefois dit ne pas savoir si Téhéran avait déjà livré des drones. Les renseignements recueillis concerneraient le fait que des instructeurs iraniens se prépareraient à recevoir dès le mois de juillet militaires russes pour les former au maniement de ces armements.

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Sullivan a émis l’hypothèse comme quoi les Russes commenceraient à court pour ce type d’arme (qui ne faisait pas partie de leurs priorités) et qu’ils manqueraient de pièces sensibles  nécessaires à leur fabrication d’autant que leurs importations (les semi-conducteurs ou des composants informatique) auraient baissé de 90% ces derniers temps du fait des contrôles exercés sur les transferts vers Moscou.

Sur le plan purement technique, l’Iran développe des drones (UAV, Unmanned Aerial Vehicle) depuis de longues années. Téhéran en distribue à ses alliés pour les utiliser sur le terrain : Hezbollah en Israël, milices chiites en Syrie et en Irak, Houthis au Yémen qui ciblent l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

La divulgation de ce type d’information juste avant que le voyage officiel du président Biden en Israël les 13 et 14 juillet puis en Arabie saoudite  pour participer au sommet annuel du Conseil de coopération du Golfe (CCG+3) avec les dirigeants des Émirats arabes unis, du Bahreïn, du Koweït, d’Oman et du Qatar, en plus de l’Égypte, de l’Irak et de la Jordanie, n’est vraisemblablement pas innocente. En effet, le programme nucléaire et les intentions « malignes » de Téhéran vont être au centre des débats. Mettre en avant l’« axe du mal Russie-Iran » devrait permettre à la diplomatie américaine de placer Israël, l’Arabie saoudite et ses alliés en face de leurs responsabilités vis-à-vis de Moscou. Aucun de ces pays n’a établi jusqu’ici un système de sanction malgré les demandes pressantes de la Maison-Blanche. De plus la rumeur dit que de nombreux oligarques russes et leurs capitaux sont les bienvenus en Israël et aux EAU…

Le Tadjikistan pourrait servir d’intermédiaire

Il est intéressant de constater que le 28 juin, le président Poutine a effectué son premier déplacement à l’étranger depuis le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine en se rendant au Tadjikistan. Ce pays est membres de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), une alliance militaire (Russie, Biélorussie, Arménie, Kazakhstan, Kirghizstan et Tadjikistan) qui est dirigée par Moscou. 

Or, une usine de montage de drones iraniens Ababil 2 a été inaugurée  le 17 mai en présence du major général Mohammad Bagheri, le chef d'état-major général des forces armées de la République islamique d'Iran et du général Sherali Mirzo, le ministre de la Défense du Tadjikistan à Douchanbé. 

Le général Bagheri a alors souligné qu’: « aujourd'hui, nous sommes en mesure d’exporter du matériel militaire pour répondre aux besoins intérieurs des pays alliés et amis afin d'accroître ensemble la sécurité et une paix durable. »

Le président Vladimir Poutine se rendra en Iran le 19 juillet sans doute où il rencontrera le président Ebrahim Raïssi juste après que le président américain ne soit rentré de sa visite en Israël puis en Arabie saoudite. Les deux dirigeants devraient être rejoints par le président turc Recep Tayyip Erdoğan pour discuter de la situation en Syrie. Les relations avec l’Occident suite à l’invasion russe de l’Ukraine devraient aussi être abordées. Ce sommet est à l’évidence une « réponse » à la tournée du président Biden au Proche-Orient.

Comme on le voit, il est vraisemblable que l’information fournie par la Maison-Blanche concernant la livraison de drones iraniens à la Russie est très probable. Mais pour un camp comme pour l’autre, même s’ils ont de l’importance, ce ne sont pas les matériels qui gagnent les guerres mais les hommes qui la font.

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