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Une personne regarde un smartphone avec le logo de l'application Facebook affiché en arrière-plan, le 17 août 2021 à Arlington, en Virginie.
Une personne regarde un smartphone avec le logo de l'application Facebook affiché en arrière-plan, le 17 août 2021 à Arlington, en Virginie.
©OLIVIER DOULIERY / AFP

Addiction

La panne géante de Facebook devrait-elle nous alerter sur notre dépendance systémique à la technologie (et non, on ne parle pas de votre addiction aux likes) ?

Les applications Facebook, Instagram et WhatsApp sont tombées en panne pendant plusieurs heures ce lundi. Cet incident interroge sur notre rapport à la technologie. Sommes-nous devenus totalement dépendants des réseaux sociaux ?

Jean-Paul Pinte

Jean-Paul Pinte

Jean-Paul Pinte est docteur en information scientifique et technique. Maître de conférences à l'Université Catholique de Lille et expert  en cybercriminalité, il intervient en tant qu'expert au Collège Européen de la Police (CEPOL) et dans de nombreux colloques en France et à l'International.

Titulaire d'un DEA en Veille et Intelligence Compétitive, il enseigne la veille stratégique dans plusieurs Masters depuis 2003 et est spécialiste de l'Intelligence économique.

Certifié par l'Edhec et l'Inhesj  en management des risques criminels et terroristes des entreprises en 2010, il a écrit de nombreux articles et ouvrages dans ces domaines.

Il est enfin l'auteur du blog Cybercriminalite.blog créé en 2005, Lieutenant colonel de la réserve citoyenne de la Gendarmerie Nationale et réserviste citoyen de l'Education Nationale.

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Atlantico : Les applications Facebook, Instagram et WhatsApp, toutes appartenant au même groupe, sont tombées en panne pendant plusieurs heures ce lundi. Comment peut-on expliquer qu’une panne puisse toucher les trois en même temps ? Qu’est-ce que cela nous dit de la logique de fonctionnement des réseaux sociaux ? 

Jean-Paul Pinte : Peu avant 18 heures ce lundi 4 octobre, les chemins menant aux serveurs de Facebook ont été purement et simplement effacés de l’équivalent de la carte du Web. Plus aucun internaute dans le monde ne pouvait accéder à Facebook ni à tous les services utilisant ses infrastructures, en premier lieu Instagram, WhatsApp et Messenger, qui appartiennent tous au géant de la Silicon Valley.

La raison en est le protocole nécessaire au fonctionnement d’Internet : le Border Gateway Protocol, ou BGP, voire encore le GPS d’Internet qui permet de déterminer à tout moment le meilleur chemin pour aller d’un point A (votre smartphone ou votre ordinateur, par exemple) à un point B (ici, Facebook).

Cela signifie que la nature même d’Internet, constituée de millions de serveurs et de réseaux (fournisseurs d’accès, comme Orange, grands réseaux sociaux, comme Facebook, fournisseurs de contenus, comme Netflix…) connectés les uns aux autres et formant un gigantesque labyrinthe. C’est ce que précise un article du Journal Le Monde du 5 octobre 2021 quand il dit que « ces réseaux ont à charge de mettre à jour en permanence, pour permettre aux données de se frayer un chemin dans le grand écheveau ».

Un article du 4 octobre par le vice-président de Facebook en charge de l’infrastructure, Santosh Janardh, sur le blog dédié à l’ingénierie donne aussi plusieurs éléments cruciaux pour éclairer la situation. Ainsi, il apparaît bien que « la cause première de cette panne est un changement de configuration défectueux », qui s’est propagé dans la totalité de l’écosystème de Facebook.

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Les premiers messages d’erreur laissaient entendre qu’il y avait un problème avec les systèmes de noms de domaine (« Domain Name Systems » ou DNS). Le rôle des DNS, c’est de traduire un nom de domaine fait de lettres (par exemple, « www.facebook.com ») en adresse IP (Internet Protocol), c’est-à-dire l’identifiant technique et unique d’un serveur sur le réseau (par exemple, « 210.239.32.107 ») afin de le rendre compréhensible par une machine. C’est ce qui vous permet de vous connecter à votre site préféré, sans avoir à mémoriser la pénible suite de chiffres correspondant à son adresse. Un peu comme un annuaire vous permet, avec le nom d’une personne, de retrouver son adresse postale afin de lui rendre visite rappelle ce même article du Journal Le Monde.

Ce n’est qu’une fois muni de cette adresse IP que le smartphone ou l’ordinateur qui cherche à se connecter à un site est capable, avec le BGP, de trouver le serveur correspondant et d’en afficher les contenus (une messagerie, un réseau social, une vidéo…) comme le résume Cloud fare, entreprise spécialisée dans l’infrastructure d’Internet, le DNS vous indique où vous rendre, et BGP vous précise comment.

La cause exacte on ne la connait pas encore et l’enchaînement des faits n’est pas encore totalement connu à ce stade, mais peu avant 18 heures, lundi, Facebook a procédé à une mise à jour BGP (la « carte collaborative », donc) en expliquant que certains chemins menant à ses DNS n’étaient plus valides. Il a été soudainement très difficile de joindre ces serveurs, ce qui a bloquéune grande partie des connexions. Facebook a aussi, plus largement, déclaré comme inutilisables l’ensemble des chemins informatiques menant à ses serveurs, se coupant de fait du reste de l’Internet.

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Tout ceci ne peut nous inciter qu’à croire que toutes ces applications lient nos données sur les serveurs de ces grands du NET et qu’Instagram comme Whatsapp et Messenger ne vont pas  pas l’un sans l’autre et qu’ils se situent sur la même carte pour situer nos données.

Dans son malheur, Facebook peut toutefois avoir un motif de satisfaction nous rappelle cet article sur Numerama : a priori, il n’y a pas eu dans le même temps une compromission de données personnelles appartenant aux membres du réseau social (hasard du calendrier, une prétendue fuite qui affecterait 1,5 milliard de profils a émergé au même moment, mais celle-ci est excessivement douteuse et il ne s’agirait en fait d’une tentative d’escroquerie).

C’est par un très court message sans fioritures ni explications, que Mark Zuckerberg a annoncé ce que beaucoup avaient déjà pu constater dans la nuit du 4 au 5 octobre  : « Facebook, Instagram, WhatsApp et Messenger sont de nouveau en ligne », a déclaré le fondateur et grand patron du réseau social, après une panne historique de l’ensemble de l’écosystème Facebook qui aura duré plus de 6 heures.

Notons enfin une autre illustration de l’étendue de la catastrophe qui a été donnée par la journaliste Sheera Frenkel, du New York Times : « j’étais au téléphone avec quelqu’un qui travaille pour Facebook et qui a décrit des employés incapables d’entrer dans les bâtiments ce matin pour commencer à évaluer l’étendue de la panne parce que leurs badges ne fonctionnaient pas pour accéder aux portes. »

Pendant que les applications du groupe Facebook étaient hors service, Twitter et Reddit, par exemple, ont vu leur nombre de membres augmenter. Sommes-nous devenus totalement dépendants aux réseaux sociaux dans les actes de notre vie quotidienne ?

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On peut dire que cette situation presque inédite a provoqué une vaste inquiétude chez les internautes comme chez les entreprises qui aujourd’hui utilisent les applications couplées à Facebook dans leurs activités quotidiennes. C’est comme si l’on perdait son Smartphone et qu’on faisait le point de tout ce qu’il y avait dessus et de tout ce que l’on faisait avec !

Les habitués ont très vite cherché à trouver leurs équivalents pour ne pas perdre le contact et continuer à communiquer de manière dynamique.

Facebook serait le premier geste du matin pour 48% des 18-34 ans et chaque jour, un utilisateur passe en moyenne 1h45 sur les réseaux sociaux. Pourquoi cette dépendance ? 

Parce que les réseaux sociaux - qui découlent sur des activités sociales - nous flattent et nous font nous sentir vivants. Les notifications stimulent un système de récompense et nous rendent dépendants. De plus, on est addict à notre e-réputation et les smartphones n'ont rien arrangé...

Les confinements n’ont rien arrangé non plus à cette situation.

Il faut croire qu’il y a quelque chose de plus fort que nous qui dicte et conditionne nos actions sur les réseaux sociaux. Un je-ne-sais-quoi qui fait que nous nous connectons compulsivement, tous les jours (voire toutes les heures), et que nous réagissons à coups de clics à certains contenus.

Publier sur les réseaux sociaux est souvent décrit comme le summum du nombrilisme. Pourtant, la première raison pour laquelle nous aimons et partageons du contenu sur ces plateformes est pour être utile aux autres. C’est ce que révèle une étude conduite par le New York Times Customer Insight Group : 84 % des gens appuient sur le bouton « Partage » (ou « Retweet ») pour soutenir une cause et 78 % le font pour maintenir un contact avec leur communauté. Ces motivations « altruistes » gagnent haut la main, puisque seulement 49 % des sondés déclarent utiliser les réseaux pour passer le temps.

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Un article de WIX évoque certaines études psychologiques et sociologiques qui nous amènent à croire que si l’on appartient à ses réseaux c’est aussi pour affirmer son identité, pour acquiescer ou liker les choses que l’on aime et que cela procure du plaisir à le faire.

On a aussi pour la plupart d’entre nous la peur de manquer quelque chose, une information, un lien, …

Et enfin d’être le champion des followers sur votre compte, ce qui vous rend connu et donne la sensation de plus exister encore.

De plus en plus d’applications externes utilisent des mécanismes tels que le Facebook Connect, ce qui étend encore la sphère d’influence du réseau social. Peut-on imaginer qu’une panne massive et prolongée fasse courir un risque plus systémique, en raison de notre utilisation actuelle ?

Facebook est le plus grand réseau social sur Internet avec ses milliards d’utilisateurs et sa couverture mondiale. Certes, il est bloqué dans certains pays mais les utilisateurs arrivent toujours à contourner cette restriction en utilisant un vpn. Vous êtes inscrit sur facebook ? Alors vous connaissez sans doute le service Facebook Connect qu’il propose. C’est un système qui vous permettra d’utiliser vos logs facebook pour ouvrir une application ou un site web. Très pratique, il est cependant très dangereux pour le respect de la vie privée de l’utilisateur.

On imagine aisément ce qui pourrait arriver si une panne venait à nouveau se produire de manière durable quand on sait que Facebook Connect est une fonctionnalité qui permet à un utilisateur inscrit sur facebook de se connecter sur d’autres sites ou applications en ligne. Pour cela, il n’aura pas à saisir ou à créer de nouveaux identifiants pour le site qu’il visite mais il utilisera son compte facebook pour se connecter.

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C’est tout un réseau d’applications qui pourrait se voir paralyser dans ce cas et l’internaute devra être conscient qu’en utilisant son compte facebook sur ce site, il accepte que ce site en question aie accès à ses informations personnelles comme son nom complet, sa photo de profil, son âge, son sexe et aussi sa liste d’amis. 

Les pirates, après avoir obtenu auparavant d’autres informations personnelles vous concernant, pourront vous vider votre compte bancaire en quelques clics nous rappelle le site SERVICEVPN Sinon, les entreprises qui vendent les informations personnelles en aussi besoin de ces types d’informations pour mettre en place des publicités ciblées. Ne soyez donc pas étonné si après avoir utilisé Facebook Connect, vous recevez ensuite des publicités relatives à des choses que vous avez cherché sur Internet.

Est-ce le début des problèmes pour Facebook ? En tout cas moins d’une heure après la panne générale, le New York Timespubliait un article intitulé « Facebook est plus faible que ce que nous pensions » où l’auteur passe en revue les problèmes internes d’une entreprise qui a de plus en plus de mal à recruter et à capter une audience toujours plus jeune, l’exemple du report de l’ouverture d’Instagram aux adolescents de 13 ans en étant l’exemple.

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